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LE MAGASIN
PITTORESQUE
REDIGE SOUS LA DIRECTION DE
MM. EURYALE GAZEAUX ET EDOUARD GHARTON.
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y PREMIÈRE AIWÉE.
1855.
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Prix du volume broché ... 6 fr. • relié. ... 7 50
CONDITJOAS D'ABONNEMENT.
PARI.Ç.
riiix :
Pour un an, 6 francs. — l'our sii mois, 3 francs.
DÉPARTEMENTS.
Frtllll-O l'Ait LA l'OSTB.
Pour un an, 1 fr. 00. — Pour sii mois, 3 fr. 80.
PARIS,
AUX BUREAUX D'AKONNKMKNT ET DE VENTE,
RUE JA(Oll, N* 30 , RKis ni LA Kt'B nka rtriT-'^*uuvftTiiis.
M pccc XXX m.
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in 2010 with funding from
University of Ottawa
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31 dccenibre ISS.'î
Nous espérons que ces cinquante-deux livraisons de noire recueil , réunies sous un même titre et dans un seul volume, loin de rien perdre de la faveur qu'elles ont obtenue isolément, seront au contraire généralement mieux appréciées. La variété de tant de sujets frappera plus vivement le regard , et les intentions qui président à notre rédaction , indiquées avec franchise en divers endroits, seront plus aisément comprises par tous les lecteurs.
Un rapide examen des articles suffira pour faire reconnaître que nous avons peu d'am- bition littéraire, et que nous avons moins voulu faire preuve d'un talent ou d'une érudi tion qui cherchent l'éclat , que de variété de connaissances, de goût et de moralité. Ce sont véritablement nos seules prétentions , et bien que d'abord la dernière puisse paraître la moins fondée aux yeux des souscripteurs qu'un simple attrait de curiosité nous a conquis, nous croyons cependant l'avoir entièrement justifiée, et, de plus, nous la regardons comn^e la principale source de nos succès passés et futurs.
Dans notre conviction , en effet, la nouveauté de la forme du M a gasin pittoresque , après avoir attiré l'attention publique, n'a réussi à la fixer que parce qu'elle est au service d'un sentiment moral.
Il n'est personne aujourd'hui qui ne remarque avec surprise ou avec intérêt l'activité extraordinaire de la presse : jamais plus de livres et de recueils n'ont été répandus et offerts au public; mais, en étudiant les résultats de cette singulière fécondité de travail, on re- trouve le phénomène, qui se manifeste à l'occasion de toute espèce de productions mal réparties. Par exemple, les écrivains ne manquent pas à l'imagination , aux passions, aux débats politiques ou religieux , et peut-être même , dans ces directions, quelques Impatiences publiques accusent parfois une sorte de surabondance; mais si, détournant les regards, on prête l'attention à des besoins plus simples et aussi impérieux, si l'on oublie un instant les agitations extérieures de la société, et si l'on cherche ce que la presse produit d'utile et de bienfaisant ^;o«r /« vie intérieure, pour le foyer domestique , riche ou pauvre, on reste étonné de voir que là où tant de connaissances sont à répan- dre, où tant de goût naïf, tant de dispositions, de sentimenshçureux sont à entretenir et à dé- velopper, il n'y a encore, sous le rapport de la (pialité surtout , cpic rareté et disette. Cette vérité importante est déjà vulgaire pour quiconque, observant la puissante impulsion im- primée à l'instruction depuis quelques années, et comprenant que le moment approche où la moindre ville ouvrira sa bibliothèque publique et où chaque village aura son maître de lecture , s'est demandé une seule fois sérieusement quels sont les livres de notre temps cju'on pourrait faire écouler sans danger et avec utilité par cette pente rapide.
C'est à cet ordre de réflexions, nées des tendances actuelles de notre pays, qu'appar- tient la conception générale du Magasin pittoresque ; mais en insistant sur celte pensée intime de notre œuvre, nous devons reconnaître que nous n'avons aucun droit à nous attribuer l'invention de ce qu'il y a d'originalité dans la forme qu'elle a revêtue ; nous croyons même convenable de déclarer, en tète de ce premier volume , que si nous nous sommes hasardés les premiers, sans patronage, sans prospectus, à importer en France l'i- dée de livrer au plus humble prix un lexle varié^ entremêlé de gravures et divisé par li- vraisons, c'est seulement après avoir connu le succès des Magazines en Anglelcrrc , et surtout celui du recueil publié à T^ondres, sous une haute et iligne influence, par M. Cîiar- les Knigltt , écrivain économiste dislingué, cjui , par ses relations bienveillantes avec nous , a contribué à rendre moins décourageanles les premières difficultés de notre entreprise.
Une année d'expérience semble déjà laisser pressentir ce que pourra recevoir de dé-
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vclopncmcns féconds, dans diverses séries, celte importation, qui donne un degré d'utilité encore inconnu jusqu'ici à l'alliance du dessinateur et de l'écrivain. Pour nous résolus à n'être universels que dans un cadre de notre choix , nous avons voulu parliculièrcnient nous rapprocber de cette sphère d'éducation qu'on pourrait presque appeler éducation de luxe, et qui, s'adressant au cœur, à l'imagination et au goût, a pour but principal d'enrichir de distractions pures et instructives les loisirs de la vie intérieure, et du foyer domestique, riche ou pauvre. 'La nombre de nos lecteurs, la popularité de notre litre, que d'autres entreprises se partagent aujourd'hui comme une recommandation auprès du public ; les encouragemens et les conseils affectueux de nos correspondans; enfin , notre conscience elle-même^ nous autorisent à croire que nous avons réussi.
La timidité de notre début a fait place à une confiance active. L'émulation heureuse qu'a provoquée notre succès a réagi sur noas-mémes; et c'est avec plus d'assurance dans notre marche, avec des désirs plus ambitieux d'approbation , que nous nous préparons à commencer une nouvelle année.
Il est trop rarement donné à un homme, quelle que soit la carrière qu'il poursuit, de réunir, une seule fois dans sa vie, des témoignages aussi positifs de la valeur réelle de l'une de ses actions , pour que nous ne regardions pas désormais ces humbles travaux, consacrés par tant de suffrages , comme un titre précieux à la considération de nos concitojens et à notre propre estime.
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MAGASIN PITTORESQUE,
A DEUX SOUS PAR LIVRAISON.
PREMIÈRE LIVRAISON. — 1833.
A TOUT LE MONDE.
C'est un vrai Magasin que uoiis nous sommes proposé d'ouvrir à toutes les ciuiosilés, ù toutes les bourses. Nous voulons ((u'on y trouve des objets de toute valeur, de tout choix : choses anciennes , choses modernes, animées, inanimées, monumentales, naturelles, civilisées, sauvages, appartenant à la terre , à la mer , au ciel , à tous les temps , venai\t de tous les pays, de l'Indostan et de la Chine, aussi bien que de l'Islande , de la Laponie , de Tombouctou , de Rome ou de Paris ; nous voulons , en un mot , imiter dans nos graviues, décrire dans nos articles tout ce qui mérite de Rxer l'attention et les regards , tout ce qui offre un sujet in- téressant de rêveiie , de conversation , ou d'étude.
Lorsqu'on vit appaiaitre , il y a quelques années , dans Pa- ris , ces longues voilures à huit et dix fenêtres , diligences des rues, s'arrètant patiemment de minute eu minute, pour laisser monter et descendre à loisir hommes et femmes , ou- vriers et bourgeois , grands et petits , moyennant quelques gros sous, on se récria, et l'on trouva d'abord l'invention bizarre, d'iui usage trop commun, et presque ridicule pour cette raison même que l'accès était à vil prix. D'ailleurs, di- sait-on , il n'y avait déjà que trop de moyens de transport sur la place. Mais, malgré ces critiques , tous ceux dont le pavé fatiguait depuis long-temps les pieds , et qui avaient trouvé jusque là fort coûteux de se faire rouler en carrosse, se sont montrés moins scrupuleux. Le vil prix ne les a pas effrayés ; les moyens de transport ne leur ont point paru trop nom- breux. Ils ont estimé que l'invention était agréable et utile, et l'invention a réussi. De plus riehes qu'eux ont à la fin partagé lein- opinion. Maintenant on ne s'étonne plus de voir toutes ces machines à trois et quatre roues traverser la ville en tous sens , et s'avancer de loin , de conserve et en bonne intelligence , au milieu des tilburys, des landaux , des fiacres, et des cabriolets.
De même , notre Magasin ù deux sous , dans un ordre d'eiitie[uisebien différent, se recommande à Unttlemonde; mais il est plus [larticulièrement destiné à tous ceux (jui ne peuvent consacrer qu'une humble somme à leurs menus- plaisirs.
Notre grande ambition .sera d'intéresser, de distraire; nous laisserons l'instruction venir à la suite sans la violenter , et nous ne craignons pas que jamais elle reste bien loin en ar- rière ; elle évitera seulement de revêtir les formes arrêtées , sévères , de l'en.seignenient spécial et mélhodicpie , et son Inlluence s'exercera à la manière de cette éducation générale que les classes de la .société riches en loisirs doivent à des re- lations habituelles avec les honunes distingués, à des lectu- res variées, choisies, et aux souvenirs des voyages.
Ces relations, ces lectures, ces voyages, interdits au grand nombre, notre recueil aura pour but constant de chercher à en tenir lieu. Nous aurons bien du malheur si , devant ce tableau lonjoins changeant du monde entier, que nous déroulerons continuellement sous les yeux do nos lec- teurs, ils ont des pensées, des désirs tpjo nous ne puissions satisfaire. A toute (pieslion nous espérons avoir une réponse prête, en nous tenant attentivement à la hauteur des con- naissances , des découvertes, des productions des beaux-arts, en appelant lonr à tour nos artistes, nos écrivains, à repré- senter, à dire ce «pii est vrai, ce (|ui est beau, ce (pu est utile, sans mélange d'exagération ou d'imaginations men- songères . Ces promesses faites , résolus ù leji tenir avec coû- tons I.
science , nous n'aurons garde de faire subir de longs pro- grammes et de dévoiler ce qui doit rester notre secre', c'est-à-dire les diflicultes que nous avons à vaincre, nos labeurs, nos veilles; à nous seuls la peine que nous ta- cherons de rendre fructueuse , au public tout ce que l'œuv:* pourra donner de plaisir utile à l'esprit et au regaid.
MONUMENS.
On rencontrera, épars dans la suite de nos livraisons, Ici plus remarquables des monumeiis anciens, des monumeits du moijen âge, des vionumeiis modernes. Les gravures en reproduiront fidèlement le caractère , l'effet d'ensemble , et très souvent les détails; les articles exposeront leur origine, leur usage, leurs diverses transformations, les évèiieraens historiques dont ils auront clé le théâtre ou les -nuels specta- teurs, et tout ce qtie leur aspect pourra évoquer de souve- nirs.
FONTAINE DES INNOCENS.
KECONSTUUCTION DE LA FONTAINE DES IN.NOCE.NS. — 1,B CIMETIÈ:RE. — LE PASSAGE DES ClIAKMERS. — L'ÉGLISB ET LES RECLUSES. — TRANSLATION U'OSSEMRKS AUX CATACOMBES.
( Foutaine des Iudoc«ui. )
Cette fontaine n'avait autrefois que trois cotés, et était adossée à l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers. Sa première construction datait du .viir siècle; en <S50elle fut réparée : les travaux d'architecture en furent alors con- fiés à Pierre Lescot , abbé de Clagny , et le.s sculptures à no- tre célèbre Jean (ioiijon, tué le jour delà Saint-Harlbeleniy.
Dans le mois de mars 1788, sur la proposition d'un ingé- nieur nommé Six , toutes les parties de ce inoimment dignes d'être conservées furent tran.>iporlees au milieu du mar- ché des Innocens, (pi'on commen(;ait à établir, et la fon- taine fut reoilifiee d'après mi plan nouveau. Comme il fallait l'agrandir et lui donner quatre faces pour pouvoir l'isoler au centre d'ime place carrée, on fut obligé de compléter l'ar- chiteclure. Jean Goujon avait .sculiilé cinq naïades, on eut soin de les laisser entre les pilastre* des arcades, oè k* trtis-
MAGASIN PITTORESQUE.
ta» aUjuirenl encore ces fiitnies d'im caractère si naïf et si gracieux; mais ciiK) naïades ne suffisaient plus : la régularité en exigeait huit. Pajou fut chargé d'eu sculpter trois nou- velles : i'inie d'elles est placée sur la face occidentale, et les deux autres sur la face méridionale.
L'effet de cette fontaine , avec ses cascades scintillantes an soleil d'été , ou glacées el immohiles oomme un marbre blanc en hi\er, est très remarquable : les bruits de voix et l'aciivité du marché sont d'iui singulier contraste, qui n'a cependant riea de désagryible , remplacement étant assez vaste pour que l'industrie puisse bourdoiuier à l'aise el travailler à sa ruche sans nuire à la contemplation de l'art. Pendant toute la nuit, des voitures chargées de légumes, d'œufs, de beurre, sortent à la file de la rue Saint-Honoré , viennent emplir les galeries de bois; et dès le lever du joiu' accourent en foule , pour faire leurs provisions, des revendeuses, des fruitières , des femmes de ménage, et des domestiques de tous les quar- tiers de la capitale.
C'était un tout autre spectacle au moyen âge; ces lieux où règne aujourd'hui tant d'activité , où la consommation de Paris paie un si riche tribut au commerce , offraient un as- pect étrange.
Ce marché était un liideux cimetière : au milieu s'élevait, en forme d'oliélisque, une lanterne de pierre qui, toute la nuit , éclairait les fosses.
On y voyait errer à leur gré les hommes, les animaux.
Depuis le règne de Philippe-Auguste , on avait con^ruit à de longs intervalles une enceinte de pierre qui ne fut ache- vée que très tard. Une partie en avait été bâtie aux frais du maréchal Boucicaut, une autre partie aux frais de ce fameux physicien , Nicolas Flamel , qui de son vivant était réputé sorcier.
Cette enceinte formait une galerie vofllée qu'on appela les Charniers, et où étaient enterrés les morts privilégiés.
Les Parisiens .s'empressaient alors sous ces voi'ites tristes et humides comme aujourd'hui dans les plus brillans passa- ges. Ils marchaient sur des tombes. Des deux côtés, Ils étaient harcelés par les offres de service des modistes , des lingères , des mercières , des écrivains , qui avaient îles frais de loyer très élevés pour le temps à faire supporter aux pratiques. On avait dressé en un cet tain endroit un échafaudage où mon- taient <les prédicateurs pour iiaranguer les [lassans. Dans la partie de la galerie située du côté de la rue de la Ferronne- rie, il y avait une peinture de la danse macabre ou danse des morts , dont un roman du bibliophile Jacob (M. Paul Lacroix) a fait dernièrcruent connaître les détails les plus mtéressans.
Auprès du cimetière était l'église des Innocens : l'histoire rapporte qu'elle avait été fondée à l'occasion d'un assassi- nat, et que plusieurs fois elle fut interdite pour cause de crime.
Un grand tableau deMicbel Corneille élevé sur l'autel re- présentait le massacre des Innocens,
Sur le bas-côté <pii régnait le long dii cimetière, dans l'intérieur de la nef, une petite lucarne obscure à grillages de fer laissait entrevoir la figure pâle, maigre et égarée de la recluse. C'était une femme ipii s'était condamnée par fa- natisme, ou qui avait élé condamnée par jugement à finir ses jours dans tme loge de quelques pieds , minée de toutes parts , el qui ne recevait que par celte fenêtre l'air et la lu- mière obscure de l'église.
Du compte deux recluses volontaires du xV siècle enfer- mées en cet eiuboil : Jeanne la Vodrière, et Alix la Bur- golte; et une recluse condanmce par le parlement, Reme de Veiulomois , femme libertine et voleuse qui avait fait assas- siner son mari, seigneur de Souldai.
L'église, le cimetière, les chainiers, tout fut détruit à la fin du dernier siècle.
Hn arrêt du conseil d'Etat rendu le 0 novembre 1785 or- donna que le cimetière serait converti eu marciié.
On a calculé qu'en sept siècles seulement il a du être en- foui dans cet étroit espace un million deux cent mille cada- vres. Depuis long-temps les h;J)itans des rues voisines se plaignaient de l'odeur pestilentielle qui s'exhalait de ces amas de squelettes et de chairs putréfiées ; plusieurs mar- chands, en ouvrant leurs caves, avaient vu des cadavres éboulés sur leurs tonneaux.
Depuis 1783 jusqu'en 1809, des fouilles successives firent découvrir un grand nombre de couches de cercueils à demi pourris, de crânes et d'ossemens. La plupart de ces dépouil- les funèbres ont été déposées aux catacombes.
S'il reste encore quelques débris de ces sé[)ultures sous le marché, ce ne peut être qu'à de grandes profondeurs.
Il semble toutefois que ce lieu doive toujours conserver quelques signes de sa première destination.
A peu de distance de la fontaine, à l'ouest, du côté de la Halle aux Draps, dans l'intérieur du marché, sont aujour- d'hui les tombes récentes de quelques uns des citoyens tués en combattant pendant la révolution de juillet 1830.
DE L'INFLUENCE DE LA CONVERSATION.
La France est le pays où l'on cause le mieux ; à cet égard toutes les nations lui rendent hommage, se réservant seule- ment le droit de considérer notre besoin de conversation comme une frivolité. Frivolité soit ; mais ce besoin est inq)é- rieux. « La parole , dit M""" de Staël , est chez les Français un instrument dont on aime à jouer, et qui ranime les es- prits , comme la musique chez certains peuples , et les li- queurs fortes chez quelques autres. »
Nous aussi nous attachons à la conversation une grande importance; nous oserions croire que si, en France, les rangs sont moins qu'ailleurs tranchés , si les prétentions sont moins exclusives, cela vient de ce que le besoin de causer a sans cesse agi pour rapprocher les distances ; nous croyons en ou- tre que si ces distances demeurent encore très grandes , cela tient à ce que certaines classes de la société ne possèdent point tous les élémens nécessaires de la conversation. Quel- ques exemples éclairciront notre pensée.
Qu'un riche banquier et un sous-lieutenant à douze cents francs se trouvent dans un lieu public à côté l'un de l'autre , ils causeront fort bien ensemble sans se connaître, parce qu'une éducation générale fournit à leur conversation une multitude d'élémeus communs qui leur servent de lien. Qu'un général en diligence s'accoste au plus humble commis d'administration : ils rouleront de pair, dinerout sans em- barras à la même table , et pourront passer la nuit dans une même chambre, sans éprouver ce malaise bien connu qui attai(ue le nioiisteur le moins fier, au voisinage prolongé d'un riche maçon , par exemple , ou d'un roulier. Pourquoi eu est-il ainsi? c'est que le général et le commis ont un fonds commun de cotmaissances variées qui fournit aux frais de la conversation. Au contraire , qu'un avocat sans fortune tombe amoureux de la riche héritière d'une marchande de pois- sons : « Prenez garde, lui diront ses amis les plus dégagés de préjugés : ne vous mariez pas , car vous épouseriez toute la famille, et ces gens-là (fierté à part) ne possèdent [las au plus petit degré les élémens du commerce habituel de la vie.»
Enfin, prenez le philanirope le plus ardent, le radical le plus consciencieux; chacun d'eux, après avoir distribué sa soupe économique ou payé le tribut poptilaire de son cours gratuit, rei)reudra sou chapeau avec vitesse, déposera en se retirant le visage de circonstance qu'il avait revêtu, et saisira avec un empressement marqué le bras d'une simple connaissance qu'il rencontrera sin- son chemin , pour causer avec elle sur mille choses usuelles de la vie, dont ses cliens ignorent le premier mot-
MAGASIN PITTORESQUE.
La difficulté de causer partage donc en quelque sorte la société en deux classes. Ce n'est pas que l'esprit de charité n'ait toujours cherché à combler cette lacune dans les rela- tions du riche au pauvre. Il y a un formulaire courant de paroles d'intérêt : « Hé bien, mon ami, comment vous va aujourd'hui?... l'ouvrage vient-il bien? — C'est un bon mé- tier que vous avez là. El votre femme, gagne-t-elle quelque chose aussi? — Ah ! tant mieux. — Le petit bonhomme fait son apprentissage ? Allons , c'est bien , mon garçon ! du cou- rage ! il faut devenir chef d'atelier. » Il existe même une in- génieuse pudeur qui, rougis.sant de toujours s'ériger en pé- dagogue , veut fournir ù l'ouvrier l'occasion d'être professeui- à son tour, et s'enquiert de lui, avec une charmante igno- rance , de mille détails particuliers , paraissant apprécier fort délicatement une foule de choses dont , au fond du cœur, on ne se soucie nullement.
Mais toutes ces [jralicpies ne sont que des efforts de déli- catesse, des tours de force passagers qui ne peuvent long- temps résister devant l'ennui et la contrainte. On a beau diie et beau faire, il n'en existe pas moins une ligne de sépara- lion réelle, iudépendanle des préjugés politiques, et qu'on ne peut pas espérer d'effacer entièrement, même par l'en- seignement élémentaire des écoles. On ne la fera disparaître qu'à l'aide d'une certaine diffusion de connaissances variées et d'un intérêt habituel et général , qui rendra insensible- ment les comraimications plus agréables, plus faciles, plus intimes entre toutes les classes de la société.
Or, cette voie nouvelle d'hdluence utile n'avait pas encore été franchement ouverte en France , et nous avons cédé à la conviction que le temps était venu.
CUVIER
SA VIE. — SES TRAVAUX. — HISTOIRE DE L'hOMME FOSSILE.
Cuvier naquit le 25 août 1709, la même année que Napo- léon , Canning et Chateaubriand. De ces quatre hommes , le poète seul a survécu,
Cuvier n'est point né Français; Monlltelliard, sa pairie, appartenait au Wm temberg; mais sii famille est originaire d'un village du Jura qui (lorte encore son nom; du reste, s'il est vrai que les génies de cet ordre ont le monde pour jiatrie , jamais cette vérité ne fut plus éclatante que pour Cuvier : à sa mort, le monde savant a déclaré qu'il se sentait blessé au cœur.
Le caractère essentiel qui distingue Cuvier de Isi plupart des hommes célèbres, c'est .son égale aptitude pour deux ordres de travaux qui semblent d'ordinaire s'exclure, et qui chez luise prêtaient lui mutuel appui. Ainsi, peu d'hommes firent accomplir à la science d'aussi impurtans progrè.< , et peu d'hommes contribuèrent autant à sa [iropagation; ainsi il put devenir secrétaire perpétuel de l'Académie des scien- ces, et président du comité de l'iiuérieiu' dans le conseil d'Etat.
Dès son enftince, il manifesta les qualités qui brillèrent dans l'homme fait. On le voit, à l'àgc de quatorze ans, créer et présider dans le gymnase de Montbelliard une aca- démie d'écoliers ; on le voit à Slutlgard , dans l'académie Ca- roline , s'attacher particulièrement à l'élude de l'administra- tion; ou le voit, A l'âge de douze ans, se prendre d'enlhou- siasme [>our l'histoire naturelle de Uuffon,donl il fait ses lectures, et dont il copie les dessins.
Sou défaut de fortune l'empêcha de porter ses vues vers les fonctions administratives du Wurtemberg, où il pouvait espérer une haute protection; il fut forcé de quitter Stult- gard avanl d'avoir terminé ses études , et d'accepter les fonc-
tions d'instituteur dans une famille de Normandie; c'est
dans cette province qu'il séjourna depuis 1788 jusqu'à 179/1, profitant de sa position pour étudier les animaux marins, et dans ces essais inscrivant déjà à son insu la gloire future de son nom.
Pour donner un aperçu des travaux énormes qu'il a ac- complis, il suffira d'énumérer les fonctiont auxquelles il a été successivement appelé.
Eu 1802, nommé un des six inspecteurs-généraux de l'in- struction publique , il va surveiller rétablissement des lycées de Marseille et de Bordeaux. Pendant sou aliseiice, .ses col- lègues à l'Institut lui donnent la place de secrétaire perpé- tuel pour les sciences naturelles. En 1808, il fait à Napoltnîn le mémorable rai)i)ort sur les progrès de l'histoire naturelle depuis 89; il est nommé conseiller à vie de l'Université. En i 803 el 1 8 1 1 , il est chargé d'organiser des académies en Ita- lie et en Hollande; et ses dispositions réglementaires ont survécu dans quelques villes à la domination française. En 1815, envoyé à Rome, quoique prolestant, pour y éta- blir l'université, il y reçoit la nouvelle de sa nomiuaiion comme mallredes requêles. En 4819 , il reçoit'la présidence de la section de l'intérieur au conseil d'Elat. En 1824, il est grand -maître de l'univeisilé à l'égard des facultés de théo- logie protestante. En 1827, il est chargé de la direction dçs affaires des cultes non catholiques; enfin, en 4851 , il est pair de France.
Le fait le plus intéressant de la vie d'un homme n'est gé- néralement pas celui de son élévation au plus éminent des postes qu'il a occupés; mais c'est celui qui d'un état in- connu le lance sur la scène où il n'y a plus qu'à marcher. Eu 1794, âgé de vingt-cinq ans, Cuvier était encore en Normandie simple instituteur; un ha.sard lui fait faire la connaissance d'un agronome déjà fort connu, l'abbé ïeissier; celui-ci le met en correspondance avec plusieurs savans de Paris; et deux ans après Cuvier était à l'Institut collègue des plus hautes célébrités de l'époque. M. Geoffroy-Saint-lIi- laire, dont les conceptions systématiques, -lifférentes de celles de Cuvier, devaient, trente ans après, donner lieu à de mémorables débats , contribua beaucoup alors à ouvrir la carrière devant son futur antagoniste. «C'est moi, dit ce savant dans une occasion solennelle, c'est moi qui eus le bonheur d'avoir le premier senti et révélé au monde savant la portée d'un génie qui .s'ignorait lui-même. Venez, lui ccrivais-je, venez jouer parmi nous ie rôle d'un antre Linnée, d'un autre législateur de l'histoire naturelle. » • ■ • >
Cuvier a réalisé cette |)rédiclion ; il a reconstruit le mo- nument d'histoire naturelle que Linnée, le premier parmi les hommes, avait osé élever. La classe des vers étant un véritable chaos, c'est par elle qu'il commença la réforme, et c'est dans ces premiers travaux qu'il jeta les fondeniens d'une classification toute nouvelle.
Les leçons de Cuvier sur l'aiinlomie comparée ont pro- duit dans les sciences naturelles une complète révolulion. L'aïuUoniie comparée peut être considérée comme un des faits les plus saillans de l'époque moderne; elle |iéuè(re le mystère de la création en assignant aux difféienles parties qui composent les êtres leurs rapports et leurs attributions, en expliquant leur position et leur forme, eu foiirnissam les moyens de décider, d'après l'inspection d'un os quelconque, d'uii os de pied , par exemple , si l'animal dont provient ce débris se nourrissait de v('gétaux ou de chair. Par cette science, l'houune est armé d'une double vue; il peut deiei- miiuT, sur les plus pelils fiaimens, l'ordre, le genre, l'es- pèce et la laille des individus Cuviera pressenti tout ce qu'il y avait de vérités cachée», defaiis historiques d.ius le.< restes de.s animaux fossiles dont les débris se irouvaieni disséminés dans les enirailles de la terre; il a pu exhumer des généra- tions entières , rapprocher des oiîsemens sans nom . et «rêcr avec ces élémens tennis de»«juadrui)èdesi des reptiles, dont
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les dimensions colossales on les formes bizarres rappellent les ciéalinns faliiilciises de l'antiquité.
Le fait suivant donne une idée du jour nouveau (jiie Cu- vier a pu jeter sur l'histoire des fossiles.
Les partisans du système qui atlriliue tontes les [létrifica- tions an déluge ont toujours cherché avec cnipresseinent quelques ossemens humains parmi les débris d'animaux de toute classe que nous offre le plobe. Ils étaient contrariés de n'en jamais rencontrer, car cela les conduisait û douter de la vériie de leur système , ou bieti à admettre que le dé- luge avait pu arriver dans ini autre but que dans celui de faire dispaiaiire une raced'lionnnes coupables. Aussi é|)rou- vèrenl-ils une grande joie au commencement du siècle der- nier lorsqu'on découvrit, a quelques lieues du lac de Cons- tance, un schiste contenant l'empreinte dont nous donnons ici la gravure à un si.xième de sa grandeur naturelle.
■ — . -*• (Schiste découvert aux environs du lac de Constance.)
Cette empreinte d'abord était loin d'être aussi complèle que le dessin la représente ; on n'y distinguait ni les petits os qui .sont détachés à droite et à gauche de la colonne ver- tébrale, ni les pâtes.
En i'-26, un savant médecin en Ht l'objet d'une disserta- tion particulière, sous le titre de l'Homme témoin du dé- luge. «C'est irrécusable, di.sait-il; voici une moitié, ou peu s'en faut, du .squelette d'un homme; la substance même des os, et, qui plus est, des chairs et des parties encore plus molles (pie les chairs , sont incorporées dans la pierre; en un mot , c'est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevelie sous les eaux. »
Celte opinion hypothétique devait s'évanouir devant l'es- prit ob.servatfur de Cuvier. Ce savant jugea, d'après les grandeurs relatives des os, que le prétendu homme fossile n'était antre chose qu'une salamandre aquatique de taille gigantesque et d'espèce inconnue.
Pour confirmer cette opinion , il fit graver le squelette de la salamandre. Le résultat justifia ses prévisions de la ma- nière la plus éclatante. En 18H, il eut la farulté de creu.ser dans la pierre (pii contenait ce vieux témoin du déluge. L'opération se fit en pié.sence de plusieurs savans distingués. On avait sous les yeux le dessin du squelette de la salaman- dre terrestre , que nous donnons ici à moitié de sa grandeur
naturelle, et, à mesure que le ciseau enlevait un éclat de jiierre, on voyait paraître au jour quelques uns des os (pie ce dessin avait annoncés d'avance.
Cuvier était doué d'une si prodigieuse mé- moire, que les nomen- clatures les plus .sèches , que les listes des .souve- rains et des hommes qui, à un titre ou un autre , ont gouverné les diffé- rentes parties du monde, une fois rangées dans sa tête, ne s'en sontjamais effacées. Il travaillait constamment ; il lisait et écrivait même dans sa voiture; on ne s'en é* tonne pas quand on songe que, dans le con- seil d'Etat seulement, le nombre des affaires qui lui passaient sous les yeux s'élevait quelquefois à dix mille par année.
Dans les réunions officielles il paraissait préoccupé, tou- jours un peu distrait. Quelquefois, pendant qu'il présidait , il lisait quelque ouvrage tout-à-fait étranger aux affaires (pu se traitaient; il ne parlait jamais que le dernier; mais sou- vent il avait écrit dans la .séance le règlement q'ui devait res- ■sortir de la discussion. Dans les réunions intimes, il avait mie naïveté de manières qui répandait un nouveau charme sur sa conversation variée et attachante, dans laquelle il dé- ployait un esprit vraiment universel.
(Sinielctte de la Salamamlrc.)
(Cuvier.)
Lorsqu'il fut frappé. le 10 mai au soir, du premier symp- tfime de la maladie qui devait l'emporter, il eut rapidement jugé (pie tout était fini pour lui. Il exprima quelques regrets de ne pouvoir terminer les travaux qu'il avait commencés; mais , bientôt résigné , il prit quehiiies dispositions pour la publication de ses œuvres, et mourut le 15 mai 1832.
MAGASIN PITTORESQUE.
GALERIE D'ORLÉANS AU PALAIS-ROYAL.
(Vn(> (le l;i gnlerlo d'OHéans , au Palais-Koyal. )
FONDATION DU PAI.AIS-ROTAI.. — DONATION DU CARDINAL RICHELIEU A LOUIS XIII. — HISTOIRE DE LA GALERIE. — SA DESCRIPTION.
Le Palais-Royal est tout inoilerne; en IC-2!, loisinie le cardinal duc de ]\iclielieii acheta le teirain qu'il occupe, on n'y voyait que les deux vieux hôtels de Meicirur et de Uam- bonillet; alors, les rues Ricliclieu, Monlpensier, Beaujolais, n'étaient pas ouvertes, et les jardins étaient encore traversés diagonalenient par les murs de l'ancien Paris. On éprouve quelque regret en songeant qu'il ne reste aucune trace des transformations (]u'a subies celte localité; peut-être les ha- bitués qui dans la l)elle saison savourent leins glaces .sous la fraîcheur parfimiée du jet d'eau , aimeraient à reporter leur imagination au temps où les fossés de Paris traversaient la place sur laquelle leur table est dressée.
A la voix du cardinal , toute cette partie de la capitale prit tm nouvel aspect : les hôtels furent jetés bas, les vieux murs démolis, les fossés comblés, le sol nivelé, la rue Uiclielieu percée. En 1629, l'architecte Lemercier fut chargé des con- structions.
A cette époque, sur le terrain oii est b.Ttie aujourd'hui la Galerie d'Orléans, .s'étendait nue terrasse , soutenue par sept arcades à jour, qui s'élevait au niveau du premier étage , et produisait A peu prés l'effet (pie l'on renianpie auj(uu'd'hui. Les insignes de la charge de surinteiidaut de la marine, dont le cardinal était revêtu, se répelaient entre chaque arcade, sculptés en relief: c'était inic proue de vaisseau et deux an- cres en dessous. OUte (h'coratiou ne se retrouve mainlenant que sur l'aile droile de la cour d'Imiuieur, en face du maga- sin de Chevet.
Ceux (pii dépensent chaque soir leur leinps dans la Ga- lerie d'Orléans ont à peine quelques pas à faire pour aller
jeter un coup d'œil sur ces ornemens, qui seuls rappellent an public le souvenir du cardinal de Richelieu dans ce monument qu'il a fondé. C'est un petit pèlerinage à accomplir.
La magnificence que le cardinal déploya dans ses fêles, la richesse voluptueuse et galante de ses apparleniens, lui eussent bientôt aliéné le cœm- du roi, s'il n'eût fait dispa- raître cette cause de disgrâce, en cédant à .son maître, par donation entre vifs, son hôtel avec plusieurs meubles et bi- joux. Le roi expédia aussitôt au surintendant de.s finances un pouvoir, portant que : « Sa M.ajesté ayant 1res a^Meable la » très humble supplication qui lui a été faite par le cardinal » de Richelieu , d'acre[iter la donation de l'hôtel Riehelien, » sa chapelle de diamant, le grand buffet d'argent ciselé et 11 le grand diamant . Sa Majesté accorde a Claude Bouthillier Il la faculté d'accepter. »
Par cette adroite maiKenvre, le courtisan sut faire excuser toutes les dépenses (pi'il avait faites, et justifier par avance toutes celles qu'il voulait faire encore pendant l'usufruit qu'il s'était réservé.
Imi l(i!>"2, cette demeinc fut définitivement concédée au duc d'Orléans, frère de Louis XIV, à litre d'apanage, et l'é- dilice ne subit aucune rénovation importante jusqu'en 1763, où le signal d'une restauration complète fut donné par un incendie cpii dévora la façade du corps de logis principal.
En 1T8I , le Palais-Royal commence une ère nouvelle; il va devenir le centre le plus actif de Paris pour l'iiuinslrie. L'arehilecte Louis, renommé pour la construction de la U'Ile salle lie spectacle de liordeaux , est mande par le duc de Chartres ; d'après ses plans, on décide qu'une large Iwnde de terrain sera prélevée sur le pourtour du jaiilin pour recevoir les trois grands cor|is lie logis que nous voyous aujouRi'hui. A celte nouvelle, la ei>lère des l\irisiens fut extrême. Cha- I cun de crier : d'alxird, les propriétaires qui avaient des 1er-
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rasses et îles poiies sur le janli» j puis les piomeiieurs et les i!!Hivellisles, ijui pleuraient l'allée de nianonnieis plantée pai- le caulinal. Pour consoler tout ce monde, le prince lit distribuer une gravure rejirésentant les façades projetées , avec un texte qui rassurait les liabitans sur l'avenir de leur promenade. Il stwblait (jue ceux-ci fussent de moitié (^ans la propriclé du Palais.
Mal^'ré ces prévenances, les Parisiens crièrent; nialgrO les cris des Parisiens, les maçons et la coignée allèrent leur train; et en 1787, trois façades furent achevées; mais les troubles survinrent lorsqu'on jetait les fondations de la qua- trième, qui ne devait différer des trois autres que par \\n pe- tit dôme, semblable au pavillon de l'Horloge des Tuileries, et par une colonnade inférieure, à jour. La révolution arrê- tant les travaux, on construisit des hangars en planches, dans lesquels on dis[iosa deux promenoirs et deux rangées de barraqnes. Elles portèrent d'abord le nom de Camps de Tar- inres, qui fut bientôt remplacé par celui de Galerie de fiais , dont la renommée s'est étendiie dans les trois mondes.
Ceux qui peuvent comparer ces Galeries de Bois avec la belle promenade achevée en 1829, s'accorderont à remercier la puissance industrielle qiù transforme un cloaque en mie magnifique bahitalion, mais ils seront unanimes à regretter que cette puissance n'ait pu donner au nouvel édifice la cou- leur pittoresque de l'ancien.
Un pavé de marbre, toujoiu'g brillant de propreté, rem- place la terre battue et fimgeuse sur laquelle on piétinait ; un dôme de cristal multi|ilie les rayons du soleil, là où de pe- tites fenêtres les tamisaient au travers de leur crasse ; des vestibules spacieux elde larges ouvertures appellent les on- dulations de l'air qui croupissait autrefois dans les recoins; des magasins transparens, éclatanl de métal poli, éclairés par un large vitrage, étalant des marchandises variées, ont été substitués alix vilaines barraqnes tout ouvertes que la pous- sière envahissait. Des glaces sont phupiées de haui en bas sur chaque pilastre; les ornemeus, les moulures, sont prodigués; une balustrade à jour règne sur le pourtour au-dessous du toit de verre ; à l'extérieur une colonnade tourne autour de la galerie; elle est couronnée par une terrasse, sur laquelle s'élève symétriquement une enfilade de cylindres surmontés de boules dorées. Une double rangée de vases remplis de fleurs achève la décoration de la promenade supérieure, tan- dis (pi'à l'intérieur ime longue suite de globes de cristal se remplit chaque soir de lumière.
Eh bien! malgré toutes ces belles choses, malgré l'élé- gance du lieu, le Palais-Royal a perdu une partie de son [irestige, de son caractère original. Il n'a plus de couleur lo- cale; c'est un magnifique et riche bazar, mais ce n'est qu'une reproduction en grand des bazars, des passages, des galeries , dont Paris, chaque jour, .se décore. Doit-on s'en plaindre on .s'en réjouir? ce que la moraliié pid)li(pie a gagné compense- t-il la froideur qui règne dans ces lieux autiefois si animés ? — Nous laissons an lecteur le soin de lépondre à celte question.
M. de Chateaubriand dit, en parlant des O-Tahîtiennes si ■' oluptueuses autrefois et puritaines aujourd'hui , qu'elles r\pienl dans un grand ennui la trop grande gaieté de leurs mères. .Si ce principe d'exiiiation était une loi générale, le i'alais-Hoyal aurait pour long-temps à porter le deuil. Mais i:ou.s, qui ne [ileiirons point le vieux temps, nous ne voyons dans tout ceci (|u'une l'poque de repos. L'ancien peuple que les Galeries de Bois avaient enfanté, et qui vivait dans leur obsciu-ité, a dû disparaître et périr sous la lumière d'un ciei pur. Laissons couler (piehpie peu d'années , et la génération actuelle fera les frais d'un peuple nouveau , qiu , sans avoir la licence de l'ancien, en reproduira la verve et l'originalité.
LA SEMAINE.
CALENDUIER HISTORIQUE.
Évènemens. — Foiidutioîis. — Nécrohyies.
9 Février 1596. — On pend sur la place de Grève un jeune honune nommé La Ramée, qui se disait fils de Charles IX , et qui s'était rendu à Reims pour se faire sacrer roi. 11 pré- tendait que la reine-mère, Catherine deMé(licis, l'avait en- levé après .sa naissance, et qu'ayant été exposé comme nii enfant dont on voulait se défaire, il avail été recueilli et élevé par un geniilhomme du Poitou , nommé Gilles La Ra- mée. Pe notre temps, les prétentions de Mathnrin Brnneau et du duc de Normandie ne pouvaient pas avoir une si fatale issue.
9 Février 1 649. — Charles I", roi d'Angleterre, condanmé il mort, est exécuté par un bourreau masqué, devant le palais deWhitehall. Il était âgé de quaranie-neuf ans. Après lui, Croinwell se plaça à la tête du gouvernement, sous le litre de Proleclenr.
9 Février 1751 . — Mort de Henri-François d'Aguesseau , chanceliiT de France, savant et éloquent magistrat. Il éiait né à Limoges, le 27 novembre 1668.
10 Février 1753. — Mort de Montesquieu, président du parlement de Bordeaux, auteur de l'Esprit des Lois, œuvre de génie qui a puissamment influé sur la marche des idées dans toute l'Europe. Montesquieu a encore c(im|)Osé le Traité sur la grandeur et la dicadetwe des Koiiuiiiis, les Lettres persaues, et le Temple de Guide,
10 Février 1806. — Mort de Tronchet, célèbre juriscon- sulte, l'un des rédacteurs du Code civil. Il était déjà presque septuagénaire lorsque, le 12 décembre 1792, il accepta la défense de Louis XVI.
1 1 Février 1650. — Mort de René Descartes , l'un des plus célèbres auteurs philosophiques des temps modernes. Son ouvrage sur la HUthnde est le plus répandu. Il était né dans la Tonraine en 1596, el est mort en Suède, où il avait été appelé par la reine Christine. La Fontaine lui a consacre ces vers :
Descaitcs, ce mortel dont on eut fait un dieu Dans les siècles passés, et qui tient le milieu Eutre l'homme et l'esprit
11 Février 1753. — Mort de Maffeï, poète tragique ila- lien. Mérope est le sujet de sa plus célèbre tragédie. Pendant sa dernière maladie, on fit à Vérone des prières publiques. Après sa mort, le Conseil lui décerna des obsèques solen- nelles, et son oraison funèbre fnt prononcée publiquement dans la cathédrale.
11 Février 1800. — La Banque de France se constitue et entre en exercice. Nous donnerons un article snr cette insti- tution.
12 Février 1032. — Arrêt du Parlement de Paris, portant que le livre de l'/niifofioii de Jésus-Christ ne serait pins imprimé sous le nom de Jean Gersen , mais sous celui de Thomas-à'Kempis. On continue à débattre de nos jours la question de savoir quel en est le véritable auteur
12 Février 1763. — Mort de Marivaux, né à Paris en 1688. On joue encore souvent au Théâtre Français plusieurs de ses pièces. Mademoiselle Mars est très admirée dans les Fausses confidences el dans le Jeu de l'Amour et du Hasard. La Fie de Marianne, roman du même auteur, renferme des observations de mœurs assez remarquables. C'est aux ou- vrages ou aux conversations qui rappellent le genre presque
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constamment maniéré et prétentieux de Marivaux, qu'on applique le mot de marivaudage.
43 Février 1789. — La Société de la Charité Maienielle commence ses travaux. Celle société, qui a son siège prin- cipal à Paris , a des sociélés auxiliaires dans les villes d'An- goulème, Auxerre, Avignon, Bordeaux, Bourg, Bourges, Carcassonne, Dijon, Draguignan, La Rochelle, Le Mans, Lille, Limoges , Lyon , Marseille, Metz , Montauban , Mou- lins, Nantes, Niort, Orléans, Poitiers, Reims, Rennes, Rouen , Strasbourg , Toulon , Toulouse, Tours , Troyes.
Elle a pour but de secourir les pauvres femmes en con- ciles , de les encourager et de les aider à nourrir elles-mê- mes leurs enfiuis , en leur donnant 5 francs par mois pen- dant quinze mois, et en leur fournissant des layettes et du linge.
A Pat-is , les mères qui veulent être adiilises aux secours de la Société, doivent se présenter dans le dernier mois de leur grossesse, rue Coq-Héron, n" S, et présenter, outre les certificats d'indigence et de bonnes mœurs , un extrait de leur acte de mariage. .
H Février 1760. — Mort de Guymond de La Touche, auteur d'une tragédie sans intrigue d'amour qui est restée au lliéàtre : Iphirjénie en Tauride.
iS Février 638. — Le roi Dagobert V meurt d'une dys- senlerie. C'est lui qui lit bâtir l'abbaye de Saint-Denis ; le chœur de l'église fut couvert par ses ordres de lames d'ar- gent.
1S Février 1583. — Henri HI fait publier à son de trotnpe le calendrier réformé jiar le pape Grégoire XIII, avec ordre de s'en servir désormais.
m Février 1794. — La Convention décide que le drapeau national sera formé de trois bandes verticales et égales : rouge, blanche, bleue.
MŒURS DES ANIMAUX.
Nous parlèl'bnsSrtIiVentdesaniniauxdanscetouvrage, parce qu'un iiitérCt vivant s'attache à ces êtres que nous avons dû repous.ser dans les déserts, que nous sommes obligés de cour- ber sous notre fouet , ou de tuer jioiir en faire nos repas, et qui vivent pourtant d'une manière analogue à la nôtre. La iBrre leur fournit, cdnime ii nous, la nourriture; leur in- stlilCl correspond A notre raison, et (|ueliiiie.9 philo.soplics ont pu croire (pie si riiommc disparaissait de la face du globe, les espèces les plus éleVëésdans l'échelle animale prendraient un déveioppemcnl supérieur A celui que nous leur connais- sons. Cette idée est très diflicile à vérifier, car nous n'avons point envie de céder notre place aux animaux; parlant, elle est sans issue; et sans doute on serait plus .sage de penser que si l'homme voulait faire l'éducation de (piel<pies espèces, il les ferait arriver encore plus vile ;i la limile de leur perfec- tionnement et de l'utilité qui leur est dévolue. Quoi (pi'il en soit , il fan! toujours conmiencer par connaître les habitudes et le caractère des animaux ; c'est ù quoi nous nous attache- rons particulièrement, parce (pie c'est le point de vue le plus piquant de l'histoire naturelle, et que l'intérOt qu'il provo- que conduit plus tard à ouvrir la porte de raïuphithéâtrc des sciences.
L'OURS.
DIVERSES ESPÈCES. — SON UTILITÉ. — SA .^OURUITURB. — SA FORCE PRODIGIEUSE.
Nous dirons aujourd'hui d'abord quelipie chose de l'ours; parmi tous les animaux sauvages, certainement c'est le plus connu , et par cela même il semblerait devoir être ocai lé de ce Magasin , comme peu propre à arrêter les regal-ds des curieux ; aussi ne reçôit-ll les htJimeurs de l'adtUissIbli qu'en récompense de sa popularité.
Il y a plusieurs espèces d'oUis ! rdltt-s brun d'BlIlope et l'ours noir d'Amérique, qui oiit à peu près les mêmes mœurs et la même taille, et qui sont les plus cuiumuiis ei les mieux connus; l'ours blanc de met-, qui est géliéralemeiu plus gros que les précédens, qui est a,çsez crahitif lorsqu'il n'est |)as affamé; qui nage, ploiifÇe et pedie fort fldroilement les poissons de loiile taille, vient A bout des phiiques, happe les oiseaux pêcheurs quand il petit, et s'enibaiqiie sans difli- cultés sur une glace lloltanle, iilsoiiciant comrtle un artiste, poi:r voyager sur la haute mer. Il esl peu de gens (jui n'en aient vu dans les ménageries portatives, eiiMmés dans une cage; ce pauvre .-mimai , qui ailile tant le grand air, l'air piquant des plaines de glaces! On le reconnaît, dans ia pri- son , au mouvement continuel de sa tête et de .son cou , qu'il sect)lie d'une façon toute mélancolique, comme sll voulait dire : « Il n'y a plus de bonheur pOui- Moi sur la terre. >*
on distingue aussi un ours gris , qui pârail jiJller dans la famille (Jlit-sllie le rôle de nos géaiis. Sa lotijneiir est d'au moins huit pieds ; il est féroce, et se défait facileiiienl d'un bison. C'est un des animaux tes plus redoutés du nord de l'Amérique ; il inspire la plus grande tcrreilr aux sauvages. On a consigné l'histoire d'un ours de cette espèce, qui, blessé à la fdis par les cOiips de fusil de si.t chasseurs , les poursuivit néanmoins vers une rivière; qui, après avoir es- suyé de nouveau le feu de quatre d'entre eux , ne cessa de leur donner la cha.sse , el les foiçant de se préci[)iler dans l'eau du sommet d'un escarpemenl de vingt pieds de hau- teur, s'élança après eux, et s'apprêtait à faire un mau- vais parti au plus traînard des quatre nageurs, si un de ceux qui étaient restés sur la rive ne lui eût traversé la lôte d'un dernier coup de feu.
Mais , comme il a été dit plus haut , les ours les plus ré- pandus , sont notre ours brun d'Euro|)e et sou comjiagnoii l'ours noir d'Amériipie. Celui qu'on chasse dans le Canada jouit d'une réputation assez avantageuse auprès des perru- quiers , qui composent avec sa graisse une pommade esti- mée pour faire eioiti e les cheveux : leur fourrure tient un rang distingué parmi les fourrures grossières. Les pieds d'ours constituent une friandise qui figure avec honneur sur les tables dans les pays septentrionaux. Les Tartares se ré- galent en mêlant du miel avec la graisse crue qu'il retirent de cet animal ; et dans le nord de r.^mérique, les liaLitaiis emploient à des n.sages domestiques l'huile el le saindoux qu'ils obtiennenl dans leurs échanges avec les naturels.
La nourriture de l'oui-s est liés variée, ce qui peiil faire suppo.ser chez lui une prédisposition naturelle à la civilisation ; ainsi , il mange des racines , de,s fruits , des framlKiises , des châtaignes, et .surtout le miel, ipii l'affriande si leirihle- iiioiit ipril croque même les abeilte ; il mange aussi des fourmis.
L'ours habile les hautes montagnes, mais c'est dans Te nord surtout qu'on le rencontre à l'état le plus sauvage ; là , il s'attaque volo-'iliers à l'hoinrae, el dévore ui» Islandais très pi'omplcmeul. Dans ces pays .<în force est piwiigîcnse , bien qu'inférieure à celle de l'ours gris. Il peut lu.irclier j l'aise sur ses pieds de derrière en portant de pesans fiideaux dans SCS pales de devant. Ou eu a vu un qui traveruii ainsi
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un arbie formant un pont sur un torrent, et qui tenait un jeune cheval mort entre ses bras.
Savoir et sentir, voilà toute l'éducation.
Coiiiiiic. Madame de Staël.
Que ta vie soit douce , simple , et que ton esprit soit dans lescieux! Imite l'alouette, qui pose humblement son nid près de la terre, sur quelques liges de froment, et de cette modeste demeure s'élève en chantant vers le séjour de la lumière. Auguste Lafontaine.
(Ours liaversaul un torrent.)
L'ours dans sa manière de combattre a quelque rapport avec la nôtre. Il se dresse sur ses pieds de derrière et assène des coups de poing, des gourmades d'importance, ne se servant presque jamais de ses dents ; il parait même certain que lorsqu'il est poussé à bout , il s'accule contre un rocher, et tient le chasseur en respect à l'aide de pierres qu'il lui lance avec raideur.
L'ours, quand il est pris jeune, est susceptible de rece- voir une éducation assez brillante. Q)ui n'a pas vu la dan.se de l'ours? En Lithuanie, à Sniorgonié, il y a même une .sorte d'académie ou ce docile quadrupède, enlevé tout mal léché à ses montagnes , reçoit les leçons des meilleurs insti- tuteurs. On doit lui savoir d'autant meilleur gré de cette complaisance, qu'il se plaît dans la solitude, et apprécie les lieux farouches. Le spleen parait être son élat habituel ; car, pendant une partie de l'hiver , il se blottit sans provisions dans une caverne, oii il partage son temps entre le plaisir de dormir et celui de lécher ses pieds, surtout la plante de ceux de devant, ce qui est a.ssez original. On voit qu'il fait carême ; mais il ne résisterait pas à un jeiine rigoureux, .s'il n'avait pris la précaution de s'engraisser solidement dans l'arrière-saison ; cette graisse lui suflil dans les temps de froi- dure et de repos. Après le carnaval vient la pénitence, voilà qui est fort juste.
MOSQUEE D'ACHMET A CONSTANTINOPLE.
Les Mosquées sont les temples des musulmans; les tou- relles élancées qui s'élèvent à côté des dômes de ces édilices religieux se nomment «niiiarefs (en arabesif/imlou faiial), et c'est du haut des galeries qui forment comme les anneaux de ces doigts cpii montrent le ciel , suivant une expression de VVordsworth , que cinq fois par jour, la voix grave et mélancolique du iiiiiejiiii fait entendre au loin Vezaiin, chant solennel qui appelle à prier Dieu , non seulement les (idèles croyans , mais toutes les nations de la terre.
Sainte-Sophie, à Constantinople, est la mosquée la plus célèbre, parce qu'elle a servi de type à toutes les autres : c'était dans l'origine une église chrétienne. IMais la mosquée du sultan Achmet I"' dont nous donnons le plan , pris à vue d'oiseau, est beaucoup plus remarquable. Ce monument, d'une magnilicence merveilleuse, a été construit en 1010. Achmet était si impatient de le voir terminer, que, tous les vendredis, il travaillait lui-même avec les ouvriers. La mosquée est acconqiagnce de six minarets d'une extrême hauteur et d'une grande beauté ; ils sont entourés de trois galeries dans le style maure, et terminés par des aiguilles. La grande cour d'entrée est environnée d'une colonnade en marbre et en porphyre. Au milieu de la cour est une fon- taine de marbre ; les portes en sont de cuivre travaillé. In- térieurement les murs sont peints a fresque; on y voit sus- pendues des tables dorées où sont des inscriptions arabes. Le dôme est supporté par quatre grands pilastres cannelés et partagés dans leur milieu par une astragale; qualiC grands
L'homme qui est tout entier à son métier, s'il a du génie, devient un prodige; s'il n'en a point , une application opi- niâtre l'élève au-dessus de la médiocrité.
Diderot, Mélanges.
(Mosquée d' Achmet.)
demi-dômes sont liés avec le dôme central , et dans les qua- tre coins de l'édifice il y a autant de petites coupoles; enfin les fenêtres sont faites de verres colorés en petit comparti- mens très riches , qui ne laissent pénétrer dans le temple qu'une transparence mystérieuse.
I.is BoRKAnx d'aboshemeht ït d« vkntk sont rue du Colombier, n" 3o, près de la rue des PeiiU-Aujuslius,
Imprimerie de Lachevakdieue, rue du Colombier, n" 30.
2.]
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LE BOA CONSTRICTOR.
(Le r.oa consinci
LE LAPIN ET LE BOA. — FESTIN DU BOA. — SA DEAUTE.— ADORATION DU BOA EN DIVERS PAYS.
Dans le dessin qui précède, la nature a été prise sur le fait, et reproduite par un artiste qui a vu le Iwia dans cette atti- tude pittoresque. Le serpent était sons un grillaç;e ; on lui avait jeté un lapin vers l'éfioque de son repas mensuel, et plusieurs jours s'étaient passés sans accident, de façon que le pauvre petit animal s'était familiarisé avec son ennemi. Tout-à-coup le monstre se dresse, ouvre sa gueule effroyable, et, prompt comme la foudre, se lance vers le lapin!... Puis... était-ce compassion, ou nonchalance d'un ap|iétil mal éveillé? il recule , achève son bâillement énorme , et se rendort. Pau- vre lapin ! la mort vient de l'eflleurer, et dans ton innocence lu recommences à jouer dans les replis écailleu.x de ton dan- gereux camarade ; mais sa miséricorde ne durera qu'un jour, demain tu seras englouti .sans remords.
Le singe, dans un coin du tableau , considère ce spectacle avec une face diaboli(|ue , comme s'il était le mauvais pénie dii lapin ; il ricaiu^ à son aise parce qu'il est A l'abri ; mais dans les for<^ts quelqu'un de .sa famille fournit souvent aux frais du festin. Le boa atteint les branches les plus élevées, en roulant son corps autour de l'arbre avec autant de rapidité qu'une lanière se roule autour des ♦irnesd'ou taureau lors- qu'elle est armée de deux balles de plomb, et lancée avec
'lOHB I.
raideur. Les fleuves ne sont qu'un faible refuge contre le monstre, qui poursuit sa viclnne au milieu des ondes agitées.
Quand il lutte contre un ennemi digne de lui, il l'enveloppe dans mille nœuds, lui fait craquer les os avec un fracas re- tentissant, et l'étouffé. Il se roule ensuite avec sa proie contre un tronc d'arbre duut il se sert comme d'un levier pour tri- turer tout ensemble les os concassés et les chairs meurtries ; il pétrit , il alonge celte mas.se informe , l'inonde de son in- fecte bave, et l'engloutit dans .son gosier dilaté. Quelquefois le festin, trop considérable, ne fcul èire terminé en une séance; le boa n'avale alors, et ne digère que par parties, la gueule horriblement ouverte, et remplie d'une proie à demi dévorée, il demeure dans la torpeur pendant le pénible travail de sa digestion.
On peut suivre au travers de la peau du l>oa les cornes d'un animal englouti , qui parcourt toute la longueur du ser- pent , en marquant successivement sur son passage une iiideuse tuméfaction.
Mais si le Iwa se présente ainsi sous une apparence hor- rible, il est superlie lorsque, plein d'une vie acli<e, il par- court la campagne. On le voit , en .Vfrique. s'aAaucer au milieu des herlios hautes et des broussailles , semblable à un« gigantesque poutre qu'on remuerait avec vitesse ; les piaules s'inclinent sur son passage, et lai.ssent voir le sillon que tra- ccjil les ondulations de son corps ; devant lui fuient des trou-
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peaux de gazelles; et le seul moyen de se garantir de sa voracité est de mettre le fen aux herbes dessécliées , pour se retranclier decrièie le renii)arl d'un vaste incendie.
Le dessous de sou ventre et de sa queue est protégé par une série de plaques transversales boi-déesdes deux côtés par de grandes écailles hexagones j le dessus de son dos est par- semé de belles taches ovales, syractriquenient rangées, tantôt d'un fauve doré, et quelquefois noires et rouges, bordées de blanc. D'espace en espace , resplendissent ces marques bril- lantes qui décoreht la queue du paon ou les ailes des beaux papillons, et qu'on a nommées des yeux parce qu'elles sont formées d'un point noir entouré d'un cercle plus ou moins foncé. Par-dessous sa couleur est cenih-ée ou jaunâtre , mou- chetée de noir.
Sa té te est remarquable par sa forme, et ressemble ù celle de chiens couclians : sa mâchoire, bien garnie de dents cruelles, est i)rivée cependant des crochets à venin; ses ver- tèbres étant plus nombreuses que celles des autres reptiles, sa force de pression est comparativement plus grande.
C'est un consommateiu- vorace , qui dépeuple d'animaux le pays où il a fixé son séjour.
Les naturalistes l'ont appelé le Koi desserpens; tes anciens Mexicains , saisis à sa vue d'une crainte religieuse, l'ont sur- noumié Empereur, et l'ont adoré comme ministre de la di- vinité ; autour des temples , les monceaux de tèles et les ossemens allestent le grand nombre de viclimes humaines qu'on lui a offertes. En Afrique, on en a fait le Dieu lui- même; les Japonais, en Asie, se sont prosternés autrefois devant lui.
PROGRES DE LA MUSIQUE EN FRANCE.
HARMONIE. — LE PREMIER ORGUE.
LE DÉCHANT.
INVENTION DES SIGNES. — PREMlKll DRAME MUSICAL.
FAITS GÉNÉRAUX.
REVUE DES PLUS CÉLÈOHES COMPOSITEURS
DE FRANGÉ.
La musique, à proprement parler, n'existe que depuis la liOeouverle de l'harmonie , que l'on peut définir : accord agréable de dlfférens sons entendus en même temps. C'est à l'urgue que nous le devons. Le premier instnnnentde cette l'.alure fut envoyé à Pépin , père de Charlemagne , en 757 , par Constantin VI , empereur d'Orient. On s'en servit d'a- bord (tour accompagner le chant à l'unisson ; mais la possi- iiilité de faire entendre plusieurs sons à la fois fit inventer une sorte d'harmonie pour accompagner le chant , que l'on appela f/iH/j/toiiie, (lip/ioiiie et té(roy)/io»te en Italie et en AUenwgne, suivant qu'elle était à deux, trois ou quatre parties. Cet accompagnemeiil grossier, et qui serait insup- portable aujourd'hui, reçut en France le nom de dèchant , et jouit long-temps d'une grande faveur. Ce n'est qu'au xvi'' siècle que de notables améliorations furent introduites dans l'harmonie. A celte éjjocpie, Francon, musicien llamand, conçut la division des temps nuisicaux, et inventa des signes pour la désigner. Ce perfectionnement immense fut adopté par les musiciens de tous le.s pays. Les inslrumens anciens acquirent plus d'étendue et de perfection , de nouveaux in- slrumens furent inventés, des écoles de chant furent établies, et nos rois introduisirent d'heureuses réformes dans la mu- sique de leurs chapelles.
Jusqu'à la fin du xvii' siècle, on ne conçut guère en France d'autres musique de chant, outre celle d'église, que des Unjs, romances et chansons, d'abord à une , plus lard à deux , trois et quatre voix. Les plus fameux musiciens de France furent, au xiii' siècle, Adam de la llallc.qui se distingua comme auteur de clianaons et de motets à trois parties ; au x v« siècle.
Josquin Desprez, maître de chapelle de Louis XIII; au xvi* siècle, Jean Mouton, maître de chapelle de François I"; Albert, fameux joueur de luth ; Clément Janncquin ; Claude Guudinel; Ducaurroy, mailre de chapelle de Henri IV, et présumé l'auteur des airs de Charmante GabricUe, Vire Henri IK, etde la plupart de nos Noëls; les frères Couperin, fameux organistes. Les inslrumens le plus en usage au com- mencement du xvii"^ siècle furent le lulli , la viole , le vio- lon et le clavecin.
On avait fail, en 1581 , l'essai d'une espèce de drame musical pour les noces du duc de Joyeuse avec mademoiselle de Vaudemont. Cette pièce, composée par deux musiciens de la chambre de Henri III , nommes Baulieu et Salmon , reçut le nom de Ballet comique de la Jîoyiie. On en a entendu plu- sieurs fragmens au concert liistoii(iue donné à Paris l'année dernière par M. Fétis. Celte pièce, exécutée par les plus grands seigneurs de la cour du roi, protliiisit une vive im- pression; cependant, pendant un siècle, personne n'imagina de tenter un second essai du même genre.
Eu IC7I un nouvel opéra intitulé Pomone, feit à l'instar des opéras italiens qui existaient déjà depuis un siècle , fut joué à Paris. Le public prit gotit à ces sortes d'ouvrages; et Lulli, l'année suivante, conmiença à écrire pour l'opéra, où ses coni|)Ositions occupèrent long- temps le premier rang. Lalande , à la même époque , fut im corapositem- de musique d'église d'im rare mérite. La musique, alors protégée par la faveur royale , fit de très grands progrès sous le règne de Louis XIV; mais ces progrès étaient loin de ceux qu'elle faisait en Italie entre les mains de Carissimi, de Stradella, de Scarlatti, de Corelli, et d'une foule d'autres savana maîtres.
Après la mort de Lidli , la musique décrut sensiblement en France; l'art du chant devint faux, et la mélodie disparut sous les orneraens de mauvais goiH dont les exéculans la sur- chargèrent. Lanuisique était, en un mol, détestable, lorsque Rameau lit représenter à l'Opéra, en 1753, llippolyte et Aricîe; on y remarque une puissance d'harmonie sujié- rieure à ce qu'avaient produit ses prédécesseurs. Il composa et fit exécuter, eu dbc-sept ans, vingt-deux ouvrages, parmi lesquels on dislingue Darrfttiiiis, Z,oroastre, et surtout Castor et PoUux, où l'on trouve des cbœmvs qui produiraient encore un grand effet. Mais si Rameau fut grand harmoniste, il faut avouer qu'il perfeclioima peu les formes mélodiques : ce ne fut qu'eu 1752, c'est-à-dire lorsque la première troupe de chan- teurs italiens vint à Paris, que l'on commença à comprendre ce qu'elles pouvaient être. Il résulta de la comparaison du chant français avec le chant italien une guerre d'opinion qui fit éclore un nombre inmiense de brochures , parmi lesquelles on distingue celles de Rousseau , de Voisenon, de Grimm, de Cazotte, Le public se partagea; les Italiens furent ren- voyés dans leur pays , puis rappelés. Enfin, après ime longue guerre durant laquelle le goût et les progrès de la musique s'accrurent, le mérite des compositions de Pergolèse fut gé- néralement reconnu; l'Opéra -Comique fut fondé, et joua d'abord des ouvrages traduits de l'italien , parmi lesquels la Servante maîtresse obtint un succès qui ne fut démenti à aucune de ses reprises. Duni, Philidor et Monsigny s'essayè- rent dans ce genre , jouirent d'une grande vogue , et furent suivis de Grélry dont les succès prodigieux sont connus de tout le monde.
Tandis que la musique faisait ainsi des progrès à l'Opéra- Comique, le grand Opéra conservait fidèlement les antiques allures. Gluck enlin fut appelé de Vienne par Marie-Antoi- nette, donnaen 1774 son Iphigénieen Aulide, et dès lors son empire fut établi. Il fit représenter successivement Orphée, Alceste, Armide, Iphigénieen Tauride , où l'on trouve un grand nombre de beautés du premier ordre , et qui eurent uu immense succès. Les symplionistes et chanteurs , obligés
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U
de travailler, firent de grands progrès. Piccini survint et éta- blit avec Gluck une rivalité favorable à l'art. L'arrivée de Violli en France, à cette époque, contribua beaucoup au progrès du violon ; la musique instrumentale prit un immense dévelo|)[)ement. De nouveaux Boiiffons vinrent en France en 177!), et firent entendre les meilleurs ouvrages de Cima- rosa, Guglielmi, Sarti, Paësiello.
Cherubini, Méhul, Berton, Lesueur, introduisirent à rOpéra-Comique une manière plus large et plus énergique dans leurs opéras des Deux Journées, Joseph, Montuiio, la Caverne, tandis que, dans des ouvrages d'un ordre moins élevé, ils marcbaient sur les traces de Grétry qu'ils parve- naient à surpasser. Dalayrac produisit un nombre infini de ces petits ouvrages, et Délia Maria, dans le Prisonnier, laissa en mourant si jeune encore, un cbef-tl'œuvre de chant gracieu.'C. Nicolo se distingua parmi tous ces maîtres par la suavité de ses mélodies tout italiennes , et Boïeldieu , son égal , obtint plus qu'eux tous encore la faveur populaire. A l'Opéra, les auteurs qui suivirent Gluck obtinrent de grands succès sans le faire oublier; Saccliini, entre autres, donna des ouvrages oii l'on trouva d'admirables chants, pleins d'une expression noble et touchante ; son opéra d'OErfipe ne vieil- lira jamais. Spontini a donné au commencement de ce siècle deux cliefs-d'œuwe : La Vestale et Fenuind-Cortez.
Mainlenant on distingue parmi les compositeurs qui tra- vaillent pour rOpéra-Gomique, Auber, Halevi, Adam, Fétis, et Hérold dont la perte récente afflige tous les amis de l'art. Rossini, Meyer-Beer et Auber occupent exclusivement la scène du grand Opéra ; le premier a donné trois ouvrages qui seront en tous temps im objet d'admiration : Le siège de Corinihe, Moïse et Guillaume Tell. Parmi les opéras d'Au- ber, il faut distinguer la Muette de Portici , qui a joui d'un snccès mérité. Meyer-Beer n'a encore composé pour l'Acadé- mie Royale de Musique qu'un ouvrage, liobert-le- Diable; celte composition , d'un ordre supérieur , ne sera sans doute pas la seule de cet auteur que nous applaudirons sur la pre- mière scène lyrique de France. Nous ajouterons en termi- nant que ces diverses compositions, d'une exécution fort dif- ficile , ont étendu le domaine de l'art en forçant de nouveau les symphonistes et les chanteurs à travailler. Car c'est ainsi que le progrès des exécutans et le progrès de la musique se sont toujours aidés l'un l'autre, au moyen de cette heureuse et continuelle réaction qu'exercent tour à tour la pratique et la théorie dans les développemens successifs de tous les arts et de toutes les sciences.
HAUTEUR
DE QUELQUES MOPiUMENS REAlAUQUABLIiS.
. Mètre».
La plus liaule des pyramides d'Egypte 4-56
Le clocher de Strasbourg {le Munster) uu-dessus
du pavé \4i
La tour de Saiiit-Etieimede Vienne, en Autriche. 138
Notre-Dame d'Anvers iôti
La coiq)ole de Saint-Pierre de Rome (aii-tlessus
de la place) 132
La to'jr de Saint-Michel à Hambourg 150
Clocher neuf de la catb.édrale de Chartres. . . 123
La tour de Saint-Pierre , à Hambourg i\ù
Tour de la cathédrale de Maiines 113
Clocher vieux de la cathédrale île Chartres. . . 1 U
Saint-Paul de Londres 410
Le dôme de Milan (au-dessus de la place). . . . 109
La tour des Asinelli, à Bologne 407
La flèche des Invalides, à Paris ( au-dessus du
pavé) <0S
la balustradedestoursde la calhédralcde Reims. 82
Pirdl.
4-iO
•Î37 .525 •Î20
•500 •500 378 3(iG 358 342 358 353 32!)
325 255
Le sommet du Panthéon (au-dessus du pavé). 79
La tour de Saint-Ouen de Rouen 78
La nullure d'un vaisseau français de 120 canons ,
au-dessus de la quille 73
La balustrade des tours de Notre-Dame de Paris. 66
Tour de la cathédrale de Troyes 56
Colonne de la place Vendôme 43
243
250
222 203 -572 432
Du crédit particulier. — Les Egyptiens pouvaient ém- prunlerde fortes sommes en déposant le cadavrede leur père entre les mains de leur créancier ; et ils se couvraient d'in- famie s'ils ne retiraient pas au bout d'un certain temps ce gage vénéré.— Dans le moyen âge on a mis sa moustache en dépôt, et l'on a obtenu de l'or sur cette simple garantie. Honte jusqu'à la mort pour celui qui n'eût pas racheté sa mous- tache. — Aujourd'hui il suffit de donner sa signature , c'est- à-dire de tracer quchpies signes bizarres, et l'on est tout aussi engagé que l'était autrefois l'Egyptien , l'homme du moyen âge. On peut mesurer par ces faits' le pas immense qu'a accompli la confiance parmi les hommes. Combien les sentimens d'hoimeur n'ont-ils pas faitde progrès, puisqu'une simple signature , si cbétive en comparaison d'un gag^ reli- gieux tel que le cadavre d'un père , lie invinciblement d'un bout du monde à l'autre un homme à un autre homme ! ?
MARINE.
CE QUE NOUS VOULONS FAIRE.
Dans le désir d'initier le public à une connaissance de la marine plus profonde que celle qui lui a été donnée parles romans, un ancien marin vient de publier trois volumes descriptifs , qu'il a eu l'art de faire lire aux gens du monde en mélangeant le langage du métier d'anecdotes intéres- santes , et en produisant à l'appui d'une définition teclmique une scène maritime qui met eu relief l'objet à faire connaî- tre; mais cet ouvrage, qui remplit une partie du but que nous nous pro|)osons, n'est point à la portée des bourses maigres . et n'a point de gravures : or, c'est par ce dernier point sur- tout <(iie nous comptons nous rendre utiles ; nos définition! seront en grande partie dans le dessin ; c'est lui qui répon- dra des lacunes du texte, et qui remplacera la lecture chez ceux que la lecture fatigue ; c'est lui qui mettra à la portée des petites bourses les choses que les descriptions ne sau- raient rendre, ou dont l'expliaulon demanderait trop de science.
DÉTAILS DU NA^aRE.
La gravure qui se trouve dans la page suivante représente une corvette, navire qiù prend rang après la frégate, et n'en diffère guère que par les dimensions, qui a , comme elle , trois mâts et une batterie intérieure couverte.
Sur les iKilimeiis de guerre , on peint en blanc le pourtour extérieur de la batterie, tandis qu'on noircit les mantclets, espèce de volets (pii ferment les embrasures des canons (ou sabords). Le long cordon blanc et noir qui en résulte forme la inincipale déairation de la coque du bâtiment ; c'est une ceinture mouchetée qui le serre à la taille , et lui donne une physionomie plus dégagée. Les wrsaires changent souvent leurs bariolages pour n'être (ws reconnus ; quelquefois ils peinturent difn.'remmenl leurs deux côtés, afin de mieux donner le change aux croiseurs.
Le màt presque horizontal qui s'élance en avant est le beaupré; dans le mauvais tem|>$, lorsqu'on monte et qu'on descend de vague en vague , il plonge à chaque iostaut dao(
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la iiRT, et se relève 8(isjit<)t en secouant à droite et à gauche «ks nappes d'eati éctiraenses.
Le beaupré joue un rôle capital dans les abordages ; ou devine au premier coup d'oeil qu'il va servir de puiit- vo- lant. En efTet, celui qui veut tenter la Tortune d'une lutte corps à corps essaie généralement d'en- gager dans ses pro- pres haubans le beaupré de l'enne- mi. Les /iHiifcaiis sont les gros corda- ges qui, parlant de divers pointsdu niât, vont se fixer aux deux bords exté- rieurs du navire ; ils
BECT. (.H.C1W-
(Corvelte à la cape sous le petit foc.)
servent d'échelles pour arriver en haut , mais leur fonction essentielle est d'appuyer le niàt latéralement.
Lorsque le bâtiment abordé a son beaupré ainsi engagé , 11 se trouve dans une fâcheuse position , car ses canons sont gênés pour la direction du tir, tandis qu'il est traversé de tête en queue , dans toute la longueur de ses batteries, par les boulets de sou ennemi qui lui enlèvent des fdes d'hom- mes ; il est canonné eu enfilade.
L'imagination ferme les yeux devant les horribles scènes qui se passent alors sur le beaupré, pont étroit jeté au mi- lieu de l'abîme; des hommes s'y élancent et s'y choquent armés de haches, de sabres, de piques et de pistolets. Les haches surtout sont féroces à voir : tranchantes d'un côté , elles entaillent un lioniine et en détachent des tranches, comme elles feraient sauter des éclais d'une poutre; termi- nées de l'autre en pic crochu et long, elles trouent les chairs et entrent daus les os, dans le crâne.
Le mât vertical que l'on voit à la suite du beaupré est le mât de misaine. La violence du vent a cassé celui-ci à sa partie supérieure. Vient ensuite le grand mat qui élève au- dessus de ses voisins sa tète pleine d'orgueil. Enfin le dernier s'appelle le mât d'artimon ; c'est celui qui se trouve dans le logement des officiers ; c'est le mât aristocrate.
Lorsqu'après un travail forcé on accorde à l'éqmpage une ration d'eau-de-vie : « Passe derrière border l'artimon , » commande le maître. Et la face du matelot devient jubi- lante, son cœur s'imbibe de joie ; il est ému , content de lui- même et de son commandant ; il plonge ses doigts dans sa bouche pour en retirer une chique précieuse, dont le parfum ternirait celui de l'eau-de-vie; il se mouche, il crache, il de- vient silencieux, et se prépare ainsi dévotement à vider le boujaron , mesure sobre et suffisante pour les liqueurs spiri- tueuses.
Il fait mauvais temps pour la corvetleqne représente la gra- vure ; elle est presque à sec de voiles , car si elle eût déployé sa (oi(e devant la brise cpii souffle , elle aurait cassé ses mais sous la charge, ou bien elle aurait chaviré. Elle navigue à la cape sous le petit foc (voile triangulaire dont on voit la base s'èlonger vers le milieu du beaupré, et dont le sommet se fixe sur un cordage amarré au mât de misaine).
La cape est une allure qu'on prend dans les mauvais temps ; elle a lieu sous des voilures diverses, mais on ne pourra ex- pliquer nettement le principe sur lequel elle est fondée,
qu'après avoir ajouté quelques notions élémentaires à celles que contient cet article : ce qui se fera dans les livraisons suivantes.
CATHEDRALE DE ROUEN.
DIME.NSIONS UE LA CATHÉDRALE. — LA TOUR DE BEURRE — LA CLOCHE GEORGES- D'aMBOISE. — INCENDIE DU 15 SEPTEMBRE 1822.
L'église cathédrale de Rouen, dont la fondation est très ancienne, n'a été cniièrement achevée ({u'au commencenient
^ 1 Il .
{ Frontail de la cathédrale de Rouen. )
du XIII"' siècle, sous la direction de l'architecte Engiier- rand. Depuis cette époque, des restaurations et des change- mens opérés au-dedaus et au-deliors de cette basilique oui
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singulièrement influé sur sa slructure, qui est mixte, et participe des différens styles gothiques affectés aux monu- niens des xiii', .\iv% xv" et xvi" siècles.
La tour de Saint-Romain dont la hase parait remonter à des temps fort reculés^ a 4|ux cent trente pieds de hauteur. A l'opposite est une autre tour également haute, nommée Tour de Beurre, parce que , dil-on , elle fut bàlie des de- niers payés par les habitans pour obtenir une dispense qui leur permit de faire usage de beurre pendant le carême. Dans cette tour était la fameuse cloche nom- mée Georges-d'Amboise, pesant trenle-cinq mille livres, selon l'astronome Lalande. Le diamè- tre de cette cloche était de huit pieds trois pouces, selon le P. Hier- senne , et la poire de son battant , qui pesait mille huit cent trente- huit livres, se voit encore à la porte d'un serrurier de Déville, près Rouen; elle a dix-sept pou- ces d'épaissem'. Elle fut fondue en 1501, et sonnée en volée, par seize honnnes, le 16 février 1502. On prétend que celle cloche était la seconde de l'Europe : la plus grande, qui était à Moscou, ne fut jamais élevée de terre. La cloche Georges-d'Amboise, fê- lée en 1786, lors de l'entrée de Louis XVI à Rouen , a été brisée pendant la révolution et conver- tie en moraiaie.
Intérieurement, la longueur de l'église , depuis le grand por- tail jusiiu'au fond de la chapelle de la Vierge, est de quatre cent huit pieds ; cette chapelle en a quatre - vingt - huit , le chœur cent dix, et la nef deux cent
dix. La largeur de la nef, sans y conq)rendre les sous-ailes ou collatéraux, est de vingt-,sej)t (lieds, et la hauteur de quatre-vingt-quatre. Les collatéraux, y conq)ris les chapelles, ont chacun vingt-huit pieds de large et quarante-deux pieds de haut. La croisée, depuis le portail des Libraires jusqu'à celui de la Calande, est longue de cent soi.xanle-qualre pieds. A son centre se trouve la laiilerne élevée de cent soixante pieds sous clef de voûte, et soutenue par quatre grands pi- liers, portant chacun treute-hinl jiieds de tour, et composés de trente colonnes, groupées en faisceaux. Il y en a encore trente-quatre autres princiiiaux, savoir : dix de chacpie coté de la nef, à neuf pieds six pouces de distance l'un de l'autre , et ((uatorze pour le chœur. Ceux-ci sont de ligure ronde, el ont un peu moins de diamètre que les autres; en sorte (pie le chœur est d'environ ipiatrc pieds plus large que la nef. Le vaisseau entier est éclairé par cent trente fenêtres.
En 1822, la foudre est tombée sur ce monument et en a incendié la flèche et les combles. Une notice fort remar- quable a été publiée sur cet événement par M. E.-II. Lan- glois.
Dans la soirt^ du samedi 15 septembre, dit cet écrivain, de fréipiens éclairs sillonnaient l'horizon dans nu ciel fort nébuleux, qui, malgré la fraîcheur de l'air, menaçait d'un prochain orage ; |)endant la nuit le tonnerre se lit même en- tendre dans l'éloignement ; mais le matin suivant, à cinq
neures, au milieu d'une détonation épouvantable et d'une lueur extraordinaire, la foudre vint frapper la pointe de la pyramide de Robert Becquet, et, la circonscrivaiit en spi-
(Viie de la cathédrale de Rouen.)
raie avec son impétuosité ordinaire , parut s'abimer dans la partie inférieure des colonnades.
L'incendie se manifesta d'abord vers la base de l'aiguille, el son foyer apparent produisiiit alors à peine à l'extérieur l'effet d'une petite lanterne.
Peu de momens après le coup de foudre, une foule innom- brable d'oiseaux de nuit et de choucas ou corneilles de cUh cher s'échappèrent en grandes colonnes et eu poussanl de grands cris , par toutes les ouvertures des plombages et celles (le la tour de pierre même.
La multitiule des oiseaux (pii avaient leur repaire dans ce clocher était si prodigieuse, cpie l'escalier de pierre qui con- duisait à la flèche était dans sa partie la phisoliscure encom- bré de leurs ossemens et de ceux dont les buses, les einou- cliets, etc., avaient fait leur proie. La chaipeiite itait eu plusieurs endroits tapissée d'aires et de iiiùs, et les plancliei-s et les enrayures regorgeaient de brindilles, de paille, de foin, de coton, de laine, et d'autres matières oimhuslibles qui durent être allumées presque simultanément par la foudre.
Un vent frais soufflait du nord-est, et paraissait acquiTir à une certaine éléralion un cours plus rapide.
Cependant le tocsin avertissait de toutes parts les habitans de Rouen du danjrer de Irtu- metio|>olp. Mais les progrès de l'embraseiiient , la hauteur miinensedu foyer, l'impossibilité
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d'y feire promptement et sûrement arriver des secours, la pyramide voinissanl déjà de toutes parts de longs jets de Oaniines parmi des tourbillons de fumée que l'oxide des plombs en fusion colorait d'un vert livide; tout forçait les assislaiis à rester, malgré leur vive impatience, spectateurs oisifs de ce déploralile événement.
A sept lieures, la flèche entière, longue de cent huit pieds, se renversa vers le sud-ouest , [)oint de son inclinaison na- tiuelle, et, s'arracliant de sa base, tomba sur l'angle de la tour de la Calende, y resta suspendue deux ou trois secondes, puis écrasa une maison de fond en comble avec un fracas éi)0uvantable.
L'incendie présentait alors le plus formidable spectacle, car, à peine celte partie cidiniuanle de la pyramide était-elle tombée, (pie, dégagées d'un obstacle qui réprimait aussi l'ac- tion de l'air, les flannues se déployèrent avec la plus grande fureur; les galeries se déchirèrent, les colonnes armées de fer, les arcades tout entières se détachèrent de toutes parts , r(Eil s'égarait dans leurs traces enflammées ; les voûtes du temple, accablées sous cette grêle horrible, siraidaient par leurs mugisseinens redoublés le bruit d'une violente canon- nade. Entre huit et neuf heures enfin, il ne restait plus lien au-dessus de la tour de pierre qu'un immense bûcher, au milieu duquel bouillonnaient des torrens de métal que les gargouilles vomissaient en ardentes cascades.
Les débris enflammés de la pyramide, qui s'étaient dans leur chute arrêtés sur les galeries et sur les combles de la croisée , avaient propagé l'incendie vers les autres points de ce grand monument, et les flammes dévoraient avec une telle activité les charpentes des comWes, que, vers neuf heures, le toit tout entier du chœur et ceux de la croisée s'é- cronlèrent avec le tiers de celui de la nef.
Le pinceau le plus exercé ne rendrait que faiblement les effets terribles dont la principale crise de ce nouvel embra- sement fut accompagnée. Dès que le toit du rond-point se fut écroulé sur son centre , inie gerbe de flammes dont la base occupait tout le diamètre des voûtes, jaillit dans les airs à une iiauteur prodigieuse, à travers une immense colonne de fu- mée (jui s'élevait vers le zénith en roulant des milliers de spirales des couleurs les plus variées. On y voyait tantôt con- fondus, tantôt successivement dominans, le vert, l'aniaran- the, le jaune le plus brillant et le noir !e plus sombre. Cet affreux et magnifique spectacle se détachait, ainsi que le foyer supérieur de la jiyramide, sur un ciel d'un ton d'ar- doise dont l'obscurité ajoutait à l'éclat pétillant des feux de l'incendie.
On ne parvint qu'après plusieurs jours à réprimer entière- ment l'incendie et à assurer la conservation du corps mutilé d'un des plus beaux édifices gothi(iues de l'Europe.
Depuis cette catastrophe, la ville était en quelque sorte défigurée ; elle avait perdu un de ses traits les plus caiacté- tisliques. La proiwsition de rétablir l'aiguille détruite a été 'adoptée par le conseil municipal, et M. Alavoine, archi- tecte d'un talent très remarquable, a soumis un plan de re- construction dont l'exécution est déjà très avancée. L'ai- guille sera composée de pièces de fonte sorties des fourneaux de MM. Roi et Duval, à Couches (Eure), entre Breteuil et Evreux.
TEMPS EMPLOYE POUR PAYER LES IMPOTS
EN ANGLETEKHE ET EN FKANCE.
Le revenu total des Iles Britanniques, sans leurs colonies, (.'bt estimé à 8 milliards de francs par leurs économistes. Les impôts levés pour les besoins de l'Etal sont de 1 milliard 6()0 millions; les taxes locales, en y c»mpienaiit celle des pauvres, se moulent à 400 millons, ce qui fait 2 milliards que les contribuables anglais doivent fournir. Si un homme, Vcrme moyen , ne peut travailler que huit heures par jour
en raison des maladies ou autres motifs, il en résulte que sur ces huit heures, deux lui sont nécessaires pour payer les contributions, puisqu'il donne !e quart de son revenu au collecteur.
La France, qui procUiit annuellemeqÉto milliards, paye nn budget de l milliard 200 millions, qui forme, avec 500 millions de taxes locales, un total de 1,500 millions. En supposant qu'un Français travaille autant qu'un Anglais, c'est-à-dire huit heures par jour, il n'a qu'un sixième de son temps, ou une heure et vingt minutes, journellement em- ployé pour satisfaire le fisc.
Ainsi, pour acquitter les taxes, l'Anglais travaille deux heures, et le Fiançais seulement un peu plus de moitié, ou une heure et vingt minutes.
Il est vrai que l'Angleterre a , pour payer des sommes si énormes, des facilités que nous n'avons pas. Elle fait un com- merce considérable avec le monde entier, elle |)ossède des colonies qui lui donnent de grands bénéfices; elle connaît mieux que nous le système des banques et l'emploi des ma- chines si favorables à la production; mais il faut ajouter qu'elle entretient largement un clergé très dispendieux , et qu'elle est obligée de soutenir l'opulence de sa fastueuse aris- tocratie, qui, en se chargeant de la gouverner, ne lui rap- porte probablement pas tout ce qu'elle lui coûte.
CRIME
INSPIKÉ PAU UN SENTIMENT DE CHARITÉ AU .\IV"= SIÈCLE.
On attribue le trait suivant à une princesse de Mahaut, comtesse d'Arlois et de Bourgogne, qui mourut vers 1350, et qui s'occupa constamment des pauvres et des mendians avec une active sollicitude. Douée d'une sensibilité profonde, elle ne pouvait voir souffrir un malheureux sans chercher à le secourir. Plus d'une fois elle compromit sa fortune, et s'en- detta pour distribuer des aumônes aux pauvres qui , de tous les points de la France, arrivaient pour prendre part à ses libéralités; et à l'exemple du bon roi Robert, elle était tou- jours suivie par six ou sept cents mendians qu'elle nourris- sait, qu'elle habillait, et qui l'accompagnaient dans tous ses voyages. Or, suivant l'historien Gelhit, qui nous a conservé ces détails, « il plut à Dieu envoyer une très âpre famine en » Bourgogne, de sorte que l'on entendait par les rues piteux «plaincts, piteuses lamentations, et petits enfans crier : Je » me meurs de faim, v L'hiver était d'ailleurs des plus ri- goureux, et le froid faisait périr presque autant de pauvres que le défaut de nourriture. On conçoit sans peine combien le cortège ordinaire de la princesse de Mahaut avait dû aug- menter. Plus d'un millier de mendians l'avaient accom[)a- gnée, cette année, au village de la Châtellenut, sur Artois, où efie faisait volontiers sa demeure; et là, elle fournissait généreusement à tous leurs besoins. Mais quand toutes ses ressources furent épuisées ; quand elle se vit elle-même sur le poijit de manquer de pain ; quand il ne restait plus ni une pièce d'or dans ses coffres, lu un joyau dans son écrin ; après avoir versé d'abondantes larmes, voici le moyen dont elle s'avisa []our ne pas abandonner tant de malheureux au triste sort qui les attendait en temps de si grande et si étrange famine.
Un soir, elle les fit tous enserrer dans une de ses granges; elle lit fermer les portes avec soin ; et quand elle jugea que tout le monde était bien endormi, elle ordonna que le feu fut mis en la grange, ce qui fut fait ainsi; et pas un ne put échapper. L'historien , après avoir raconté ce fait , qui du reste ne {laiail i)as l'étonner, se borne à dire : « O cruelle )) pitié et douceur amère, qui porte avec soi la cruauté des » plus barbares que l'on puisse trouver ! O miséricorde im- » miséricordieuse ! » Seulement, il ne dit pas si la princesse de Mahaut avait à sa suite, l'année suivante, une au.ssi nom- ' breuse clientelle.
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LA SEMAINE.
CALENDRIER HISTORIQUE.
Morts célèbres. — Combat. — SupiiUce.
46 Février iTiO. — Mort de Flécliier, historien et auteur lie plusieurs orai|pns fmièbres remarquables, entre autres celle de Tureniie. Il était fils d'un marcliand de chandelle. Un gentilhomme lui ayant fuit sentir un jour qu'il était par- venu de bien loin au siège épiscopal : — « Avec celte manière » de penser, lui répondit Flécliier, je crains (pie si vous étiez » né ce que je fus , vous n'eussiez toujours fait que des cliaii- » délies. »
16 Février 1722. — Elargissement des grands chemins de France, et plantation d'arbres des deux côtés.
17 Février 1S2-Î. — Le comte de Saint- Valller, père de Diane de Poitiers, condamné à perdre la tête, reçoit sa grâce sur l'échafaud. La frayeur l'avait déjà fiappé de mort. Il est pris d'une violente lièvre, et cesse de vivre en quelques in- slans. Cet événement a donné lieu à un préverbe : la peur de Saint-Vallier. Un des premiers poètes de notre temps, M. Victor Hugo, a mis en scène le comte de Saint-Vallier, qu'il suppose avoir survécu à sa grâce , et être venu repro- cher en pleine cour à François I'''" de ne l'avoir sauvé de la mort que pour déshonorer sa fille. Il a placé dans la bouche du vieillard ces vers :
Oh! mon sclgiïeur le roi, puisqu'ainsi l'on vous nomme,
Croyez-vous qu'un chrétien, un comte, un gentilhomme,
Soit moins décapité, répondez, mon seigneur.
Quand, au lieu de la tcte, il lui manque Ihonneur?...
...Vous êtes roi, moi père, et lage vaut le trône.
Nous avons tous les deux au front une couronne
Où nul ne doit lever des regards insolens ,
Vous de fleuis-de-lis d'or, et moi de cheveux blancs.
Roi , quand un sacrilège ose insulter la vôtre ,
C'est vous qui la vengez ; — c'est Dieu qui venge l'autre I
17 Février 1694. — Mort de madame Deshoulières , au- teur de poésies d'une douce naïveté qu'on lit toujours avec plaisir.
18 Février 1429. — Journée des harengs. C'est le nom que l'histoire a conservé à un combat livré près d'Orléans par les Anglais, qui assiégeaient cette ville, contre les Fran- çais, qui voulaient y faire entrer un convoi de harengs et d'autres provisions de carême. Le comte Dunois fut blessé, et les Anglais, ce jour-là, eiu-ent l'avantage; mais ils furent forcés de lever le siège le 8 mai suivant.
18 Février 1546. — Mort de Martin Luther, moine augus- tiu, né dans le comté de Mansfeld, le 10 novembre 1483, d'un père forgeron. Luther a donné le signal de celte grande réforme religieuse du xvf^ siècle qui a séparé de l'Eglise ro- maine une partie de rEuro])e , et a {)réparé les esprits A la philosophie du xviii"" siècle. Ses écrits avaient été anathé- inatisés par le pai)e Léon X dans une bulle du 20 juin IS20. Luther fit brûler la bulle du pape sur la place publique de Witteinberg. On appela d'abord .ses partisans luthériens ; devenus plus nombreux , ils reçurent le nom général de pro- testans, pour avoir protesté contre le décret de la diète de Spire, qui ordonnait de rester dans la foi catholique.
Charles-Quinl voulut s'opposer par la fiuce aux progrès du protestantisme ; cependant il y eut une éiioquc où il .ac- corda la liberté de religion aux prolestans. Ce fut dans la diète de Nuremberg, en 1532.
19 Février 18(H>. — Bonaparte établit sa résidence au Châ- teau des Tuileries.
20 Février 1CS5. — La première pierre de l'église Saint- Sulpice à Paris est posée par la reine Anne d'Autriche.
20 Février 1084. — Le Pont Royal, nommé alors le Pont Rowje, et pendant la révolution et l'empire le Pont des Ttiileries, est emporté (wr les grandes eaux. L'année sui- vante on le rebâtit en pieiTC d'après les dessbis d'un frère dominicain. Sa longueur est de 72 toises et sa largeur de 8
21 Février 167T. — Mort de Spinosa, l'uri des plus grands génies des temps modernes, né à Amsieidam d'iui mar- chand juif portugais. Il vécut long-temps à La Haye, chez de pauvres gens. Il avait appris, pour gagner sa nouiTiture, à polir des verres de lunette, et il était devenu dans celte pallie un ouvrier trèshal)ile et très renommé. H faisait aussi à la plume des portraits, des ligures de fantaisie, et se re- présentait quelquefois lui-même sous le costimie de Masa- niello. Sa dépensa pour chaque jour ne s'élevait presque ja- mais à plus de cinq à six .sous, tant il vivait sobrement. Il était en correspondance avec im grand nombre d'hommes célèbres. Un de ses amis, étant mort sans enfans, lui léirua toute sa fortune, ([ui était immense; mais Spinosa refusa d'accepter ce legs, et lestilua la successioti à des pareiis éloi- gnés de son ami.
La plus grande partie des œuvTcs de Spinosa, écrites en» latin, n'est pas encore traduite eu français. L'accusation d'athéisme portée contre lui est fausse : Spinosa croyait en Dieu.
22 Février 1 680. — La Voisin et ses complices sontbriilés en place de Grève. Cette mallieureuse s'était associées «ne autre femme, la Vigoureux, et à un ecclésiastique nommé Lesage, pour vendre des poisons composés par l'Italien £j-i/i. Ces poisons sont devenus célèbres sous le uom de Poudre de suc- cession. Un nombre extraordinaire de morts subites dans Paris jetait depuis long-temps l'épouvante dans les esprits: on établit, à l'Arsenal, en 1680, pour rechercher les auteurs de ces crimes, la Chambre des poisons. Après de longues instructions, la Voisin et ses complices furent convaincus d'avoir vendu ces poisons. Leur procès , qui dura quatorze mois, fil sur le public une impre-ision bien plus horrible que de notre temps le procès de Fualdès ; des personnages dis- tingués de la cour y furent gravement compromis, entre autres deux nièces du cardinal Mazarin, la duchesse de Bouillon , la comtesse de Soissons , mère du prince Eugène , et même l'illustre maréchal de Luxembourg, qui demeura quelques mois eu prison. Toute la faute de ces persoimes parait n'avoir été toutefois qu'une curiosité fâcheuse qui les avait conduites à consulter la Voisin connr.e devineresse.
22 Février 1 731 . — Mort de Ruysch, célèbre anatomisle , né à La Haye en 1638 ; il avait trouvé le moyen de conserver les corps morts avec toute rap|)arenre de la vie. sans de.^sè- cheiuent apjjarent, sans ride, avec nu teinl tleuri et des niend)ros souples, en sorte qu'ils ne paraisaient qu'endor- mis. Le czar Pierre lui acheta son cabinet eu 1717.
AGRICULTURE.
CHARRUES PRIMITIVES. — OHARRIK PERFECTIONNÉE.
Les modifications qu'a subies la charme en divers temp* et en diveiN lieux sont intimement liée-< aux progrès qu'a faits l'agricidiuie elle-niOme. Il y a, en effet, cuire le rameau d'arbie ou le crochet de bois giussièrement façonné avec le- quel les indigènes de l'Amérique rcnuicnt à peine la terre (/!g. I], et les uudUmcs cuiui)liquees auxquelles les culliTa-
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MAGASIN PITTORESQUE.
leurs de l'Europe actuelle ajoutent sans cesse de nouvelles pièces, la même différence qu'entre les produits que les uns CI les autres savent obtenir de la terre. Au.ssi, de même que l'art agricole avance lentement vers la perfection, de même les outils (|ui servent aux travaux des champs ne modifient leiu' structure qu'à de louffs intervalles : il s'est écoule bien des siècles avant qu'on .ndaplât à l'informe crochet de Iwis nue pointe ou une armure en fer (pii s'usât moins rapide- ment , et ([ui lui domiât plus de solidité sous un moindre vo- lume. Il fallait qu'on eut, auparavant, découvert les pré- cieuses propriétés des métaux , et appris à distinguer ces métaux eux-mêmes au milieu des substances qui eu mas- quent ou en changent l'aspect, à les fondre et à les travailler. Il est donc certain que les hommes, avant d'appliquer le fer ù la cultiue, avaient déjà poussé un peu loin certaines pro- fessions industrielles ; et quand on songe aux ressources qu'ils trouvaient pour leur subsistance dans les fruits spon- taïu's d'un sol vierge encore, dans le .soin des troupeaux, la pêche et la chasse, oji admeilra sans peine qu'ils n'ont échangé que tard les mœurs patriarcales et nomades, pour les habitudes sédentaires que suppose la vie industrielle et agricole.
( Charrue des Sauvages. )
'l'ont nous porte à croire que long-temps on se contenta du soc en fer adapté à luie espèce de crochet, et que là seu- lement où la population prit beaucoup d'accioisseinent, on songea à rendre cl t informe instrument plus connnode , et aussi plus susceptible d'exécuter un travail régulier. Ce fut cette dernière considération qui y fit ajouter des roues dont un ancien monument grec nous représente la première applica- tion à la charme (/((/. 2). Mais connue, avec un peu d'adresse, le laboureur peut tracer un sillon uniforme sans appuyer son instrument sur des roues, on ne sentit pas partout le besoin de cette complication, et l'araire chez les Romains, ainsi que chez bien d'autres peuples tant anciens que motlernes, y resta étranger. Auparavant, et plus généralement, on avait trouvé l'usage d'un manche, soit simple, soit bifurqué, au moyen duquel le conducteur pût diriger la chaiTue, et la faire pénétrer à différentes profondeurs. Quant à la haie,
( Charrue grecque. )
qu'on appelle aussi âge, flèche, perclie, etc., et à l'extrémité antérieure de laquelle on attelle les animaux, elle n'est que le côté supérieur du crochet prolongé pour leur donner plus de lil)erté dans leurs mouvemens, et affaiblir l'effet de leurs saccades. Une fois la perche jirolongée, et elle le fut vrai- snnblablemeut de bonne heure, il fut facile de la faire tra- verser par un rouleau ou coutre qui précédât le soc, et fen- dit la terre que celui-ci devait soulever. On dut aussi être ounduh assez tôt à la forme triangulaire qu'ont généralement k'SSfx»; le fer dont les guerriers munissaient le bout de leur
lance en donne l'idée {(Ig. 3). Mais on n'a imaginé que fort tard cette pièce latérale qui renverse sur le côté la terre sou- levée par le soc, et qu'on nomme oreiUe, rersoir, épaulard:
[Clianuc romaine. )
c'est même de nos jours seulement qu'on s'est avisé de lui donner une courbure particulière, au lieu de lui laisser la forme d'un plan qui se dirige tout droit en arrière en s' écar- tant du corps de Ui charme. Enfin, i\ plus forte raison, n'a- t-on pu inventer que récemment, soit le régulateur ou cré- maillère en fer, qui, suivant qu'on fait passer la corde d'at- telage par telle ou telle de ses entailles, change la direction du soc, soit la réunion de plusieurs socs placés sur la même ligne ou sur des plans différens, soit le double versoir ou le versoir mobile, c'est-à-dire susceptible d'être adapté alterna- tivement aux deux côtés de la charme, etc. A chaque in- stant, et dans tous les pays, on fait subir des modifications à la machine agricole par excellence ; on cherche surtout à remplacer, dans sa construction, le bois par le fer, qui, en Angleterre, commence à y être exclusivement employé. Ou s'occupe aussi des moyens d'y appliquer un moteur qui a opéré des prodiges dans l'industrie manufacturièie , je veux parler de la puissance mécani(iue de la vapeur d'eau : si l'on y parvient, et ce sujet de reclierclies a été mis au concours chez nos voisins, il en résultera pour l'agriculture une révo- lution comparable à celle qui s'y accomplit depuis l'intro- duciioii des assolemens.
^r7\0Ui,
{ Charrue perfectionnée. )
Terminons par quelques mots sur la charrue perfection- née par M. Rosé, et représentée par la fig. 4. Ce qui la caractérise, c'est un corps en fonte formé de trois pièces seulement : le soc , le versoir et le sep , combinés suivant cer- tains principes de mécanique. Elle peut fonctionner avec ou sans avaut-traiii. Lorsqu'elle est montée sur des roues, on règle le degré de profondeur où l'on veut faire entrer le soc dans la terre, au moyen d'une sellette sur laquelle repose la haie, et qui se lève ou se baisse par l'effet d'une vis verti- cale ; si au contraire on l'emploie sans avant-train , on donne le degré d'entrure convenable en faisant tourner une autre vis placée à l'extrémité antérieure de Vage, et qui fait mon- ter ou descendre une tringle en fer terminée en bas par un crochet auquel s'attache la corde d'attelage. Cette charrue a déjà été éprouvée dans différens concours où elle a remporté onze fois le prix; aussi plusieurs cultivateurs l'ont-ils déjà adoptée.
LïS EhREAOX n'ABOHNEMfUT ET DE VEHTE
sont rue du Colombier, n" 3o , près de la rue des Putils-AugustiDS*
In«primerie de Lachevaudiere , rue du Colombier, n" 30
s.]
MAGASIN PITTORESQUE.
LE BOUCLIER D'ACHILLE.
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(Le Bouclier d'Achille, d'après le texte grec.)
La description du bouclier d'Achille , qui lacilite beniicouii l'éluilc des mœurs primitives de l'arrlicpiilé !;iec(pie, se trouve dans le poème le plus célèlire d'Uiimère, VIliaile. — Les savans doiiteiit si jamais re bouclier a clé réelkMuout exécuté par quelque artiste, ou s'il n'a existé (jue dans l'ima- gination du ]>oète; aussi c'est .seulement d'après le te.\le grec que M. Quatremère de Quincy a inventé le dessin que nous avons reproduit. Boivin , membre de l'Académie des bclles-lellrcs, mort ù Paris en 1726, avait di'jà conçu cl proposé un dessin de ce geme, mais ii n'était pas parvenu à rendre si complètement les détails du |)a6sage d'Homère.
DESCRIPTION. —CHANT XVIII'^ DE I.'lLIAUE. (Traduction de M. Dui;as-Mombcl. )
Vulcain jette dans un brasier l'impénétrable airain, l'étain, l'argent, et l'or précieux; il place ensuite sur un tronc l'é- norme enclume; d'ime main il saisit im lourd marteau, et de l'autre ses fortes tenailles.
Il fait d'abord im botu'Iier large et solide, oi'i il déploie toute son adresse, l'environne de trois cercles radieux , aux- ([uels est suspendu le baudrier d'argent ; cinq lames épaisses tornient ce bouclier; sur la sinfacc, Vulcain, avec une di- vine intelligence, trace mille tableaux varies.
TUMK I
Dans le milieu, il représente la terre, les eieux, la mer, le soleil infatigable, la lune dan"; son plus bel éclat, et tous les astres dont se couronne le ciel ; les Pléiades, les llyades, le brillant Orion, l'Ourse, (pi'on appelle aussi le Cliariul, qui tourne toujours aux mêmes lieux en regardant l'Orion , et qui, seule de toutes les constellations, ne se plonge point dans les Ilots de l'Océan.
Sur les bords, il représente deux villes remplies de ci- toyens : dans l'une on célèbre des fêtes nuptiales et des fes- tins splenilides ; on conduit, de leins dcineure.s, les épouses l)ar la ville, à la clarté des llainbeaux. Tout retentit des chants d'hynienée; les jeunes gejis forment en rond les chœurs des ilanses ; parnû eux les llûtcs et les lyres imi.sseut leurs sons mélodieux, et les ftinmes, debout devant leurs portiques, admirent ces fêles. Près de là, le peuple est as- send)lé dans mic place publiipie oii s'élèvent de vifs débats : deux hommes plaident avec chaleur pour la rançon tl'un meurtre; l'im aflirme qu'il a payé toute la somme. l'autre nie l'avoir reçue ; tous les deux prodidscnt des témoins |)our ohlenir le succès, l.cs citoyens applaudissent, chaom à ses jiarlisans; les bérauls apaisent le peuple, et les vieillanls, dans ime emx'inle sacrée, sont assis .sur des pierres que le teiiu<s a polies. Les hérauts a la voix retentissante tiennent
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nn sceptre dans leurs mains, et le remettent aux plaideurs quand ils se lèvent pour défendre leur cause tour à tour. Au milieu de l'assemblée sont deux talens d'or, réservés à celui f|!ii aura prononcé un jugement équllable.
Sous les remparts d« l'aulie \ille paraissent deux armées resplendissantes d'airain. Réunies dans le conseil, elles agi- tent deux avis différens; les uns veulent délruire cette cité charmante, et les autres diviser également les trésors qu'elle renferme. Les assiégés, loin de réaliser cet espoir, dressent de secrètes embûches; ils confient la garde des murs à leurs épouses chéries, à leurs jeunes enfaiis, aux hommes que re- lient la vieillesse, et sortent de la ville. A leurs têtes on voit Mars et la fière Pallas, d'or tous les deux, et revêtus de tu- niques d'or; grands, superbes, et armés comme il convient à des divinités; tous deux répandent une vive lumière; les autres guerriers sont d'une taille bien moins élevée. Ils ar- rivent enfin daits un lieu propre à l'embuscade , sur les bords d'un fleuve où les troupeaux ont coutume de se désaltérer; c'est lu qu'ils se cachent, couverts de l'airain étincelani ; loin d'eux ils placent deux sentinelles pour épier l'inslanl où paraîtront les brebis et les Iwufs aux cornes recourWes. lîientol les lrou|)eaux arrivent conduits par deux bergers, qui, cliaimcs au son de leur flùle champêtre, ne soupçon- naient aucune embûche. A cette vue, les guerriers .se préci- pitent, enlèvent les Ixeufs, les riches troupeaux de blanches brebis, et immolent les pasteurs. Cependant les ennemis assis dans l'assemblée entendent le tumulte qui s'élève au- tour de leurs troupeaux; ils moment sur leins chars, s'é- lancent, et arrivent en un instant. On combat avec fureur sur les rives du fleuve, et les guerriers se déchirent de leurs lances aiguës. Parmi eux éclate la discorde el le carnage; l'impitoyable destinée, tantôt saisit un héros blessé qui res- pire encore, ou celui que le fer n'a pas atteint; tantôt tire un cadavre à travers les batailles; la robe qui couvre ses épaules est souillée du sang des mortels. Ils se pressent, ils combattent comme des hommes vivans, et tous à l'envi en- traînent les corps des soldats immolés.
Ici, Vulcain trace une vaste plaine, terrain gras et fertile que le soc a retourné trois fois ; de nombreux laboureurs hâtent les couples dociles; vont et reviennent sans cesse. Lorsqu'ils touchent à l'extrémité du champ, un serviteur met entre leurs mains une coupe pleine d'un vin délectable ; ils reprennent ensuite la charrue, impatiens d'arriver au terme du fertile sillon. Quoiqu'elle soit d'or, la terre se noir- cit derrière eux, comme en un champ nouvellement labouré; un dieu exécuta ce prodige.
Là, il grave aussi une terre couverte de riches épis, que moi.ssonnent des ouvriers armés de faucilles tranchantes. Le long des sillons les javelles nombreuses tombent sur la lerre ; on res.serre les gerbes dans des liens, el trois bonunes les réunissent en monceaux. Derrière eux, les enfans sans cesse leur présentent ces gerbes qu'ils apportent dans leurs bras. Le roi de ces champs, au milieu de^ moi.ssonneurs, lient son sceptre en sileuce; et, debout, à la vue de ses guérets, goûte une douce joie dans son cœur. Les hérauts, à l'écart, dressent le festin à l'ombre d'un cliêne; ils accôureiit après avoir immolé un grand taureau, et les femmes préparent avec abondance la blanche farine pour le repas des mois- sonneurs.
Il représente ensuite une vigne magnifique, dont les ra- meaux d'or sont chargés de raisins^ les grappes pourprées brillent à travers le feiullage ; elle est soutenue par des pieux d'argent. Il trace à l'enlour un fossé d'un métal bleuâtre et une baie d'élain; il ne laisse au milieu de la vigne qu'un seul sentier où passent les ouvriers qui travaillent aux ven- danges. Les jeunes gens et les vierges, animés d'une joie vive, portent dans des corbeilles de jonc ce fruit délectable. Parmi eux est un enfant, qui, avec douceur, fait retentir
une lyre mélodieuse, et le son des cordes s'unit à sa voix en- core tendre; les travailleurs répondent par des chants à ses divins accords , le suivent , et de leurs pieds frappent la terie en cadence.
Près de là est un troupeau de bœufs au front superbe, el formés d'or et d'étain ; ils sortent en mugissant de l'élable, et se rendent aux pâturages, près d'un fleuve retentissant, dont le rapide cours est bordé de roseaux; quatre bergers d'or les conduisent, et .sont suivis par neuf chiens aux pieds agiles. Tout-à-coup, deux lions furieux fondent sur les pre- miers rangs des génisses, et saisissent un taureau, (pu pousse d'affreux beuglemens. Les chiens et les pasteurs volent à son secours; mais les lions déchirent leur proie, se repaissent de son .sang el de ses entrailles; les bergers les poursuivent en vain, et en vain excitent leurs chiens vigoureux : ceux-ci n'osent attaquer les lions; ils aboient auprès d'eux, mais évitent leur courroux.
Dans un vallon délicieux , l'illustre 'Vulcain représente un immense pâturage de blanches brebis. Là sont aussi des étables, des parcs, et des cabanes couvertes de leur toit.
Le dieu grave encore sur ce bouclier une danse semblable à celle que, dans la fertile Gnosse, inventa Dédale pour Ariane à la blonde chevelure. Là, de jeunes hommes et des vierges charmantes forment des danses en se tenant par la main ; celles-ci sont couvertes de voiles légers ; ceux-là de tuniques élégantes qui brillent d'un doux éclat. Les jeunes filles sont couroimées de fraîches guirlandes; les hommes portent des glaives suspendus à un baudrier d'argent. Tan- tôt, d'un pied docile, ils tournent en rond aussi vite que la roue lorsque le potier essaie si elle vole aisément pour se- conder l'adresse de ses mains; tantôt ils rompent le cercle, et dansent par groupes qui se succèdent tour à tour. La foule, enchantée admire ces oliœurs pleins de charmes; parmi eux un homme, en s'accompagnant de la lyre, cliante les hymnes des Dieux; là, paraissent aussi deux sauteurs habiles; il* conduisent les danses, et font mille tours variés au sein de l'assemblée.
FRAIS D'ÉTABLISSEMENT DES PETITS MÉTIERS
DANS PAUIS.
Le cordonnier en vieux. — Le chiffonnier. — La marchande de friture.
Lorsqu'un paysan breton a prélevé, sur le prix de son travail de 565 jours, ce qu'il doit aux impôts, il ne lui reste que 20 francs au plus à dépenser pendant toute l'amiée pour se nourrir et se vêtir.
« Vingt francs ! s'écriait l'écrivain qui établissait dernière- » ment ce fait sur des calculs rigoureux ; vingt francs ! c'est » ce que coûte un dîner d'une heure chez les Frères Proven- » çaux ! »
«"Vingt francs! peuvent dire de leur côié ceux que les » circonstances ont amenés à connaître dans les détails in- » tinies de leurs mœurs les plus [)auvres habitans de la capi- » laie ; vingt francs ! c'est juste la somme nécessaire aux » frais d'élablissement les plus considérables de chacun des «petits commerces, des petites professions ([ui fout vivre » presfjue un luiitième de la population de Paiis. »
A Paris, en effet, il est une classe laborieuse dniommes et de femmes, vieillards, jeunes filles, enfans, dont toute l'existence repose uniquement sur un gain quoi!<h'en qui ne s'élève pas toujours à dix sous, et qui atteint larement trente sous.
Encore leur faut-il, au commencement, des inslriirocns de travail, un capital, un fonds, qu'ils pcrdetîl jiarfois eu
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quelques joiirnces; car ils sont exposes, aussi bien que les gianils conimeiçniis, aux faillites. Il suffit , pour consommer leur ruine, d'une maladie qui a duré |)liis d'une semaine; d'une amende que par imprudence ils ont encourue; d'une partie de [ilaisir qui a commencé trop lot le dimanclie et a fini trop tard le hmdi ; ou même d'un prêt généreux à quel- que maliieureux plus malheureux qu'eux-mêmes, et qu'ils n'ont pu secourir qu'en engageant au Mont-de-Piélé tout ce qu'ils [lossédaienl.
A défaut d'outils, de marchandises ou de provisions, ils seraient réduits à la mendicité; mais, habitués au travail et à une sorte d'indé[)endance au milieu de cette grande ville, dont ils sont les habitans nomades, ils ne se résigneraient qu'à la dernière extrémité à vivre d'aumônes; ils préfèrent em|)rimter ù de [lauvres gens qu'ils ont pe<it-être aides autie- fais, ou, s'ils demandent à des personnes riches de leur coii- naissunre, c'est à titre d'iivance seulement; ils exigent même souvent alors qu'on aille acheter avec eux les objets qui leur sont nécessaires p;iur travailler, soit qu'ils ne veuillent pas être soupçonnés d'un mauvais emploi de l'argent, soit qu'ils redoutent eux-mêmes la tentaiion , toujours prête à les saisir au milieu de leurs privations continuelles.
Il y a une variété infinie de ces petits métiers, et ils néces- sitent en général plus d'aptitude et d'expérience qu'on ne saurait l'imaginer.
Les uns peuvent êlre considérés comme fixes et durables, par exemple ceux des écrivains publics, barbiers sans bou- tique, j)etites couturières à la journée, etc. , marchandes des quatre saisons , marchandes de fiiture , de gaufres , de petits gûteaux, dejouels, commissionnaires, porteurs d'eau, mar- chands d'habits, joueurs d'orgue, marchands de feri-aille, de bric - à - brac , de verres cassés, chiffonniers, décrot- tenrs, etc., etc., etc.; d'autres, au contraire, sont passa- gers, ehangeans , et souvent sont sujets au cumul, par exemple ceux des marchands de tisane, scieurs de bois, ébar- beuses de socques, colporteurs d'almanachs, crieurs d'évè- nemens remarquables et de jugemens célèbres, marchands de marrons, pêcheurs à la ligne, etc. , etc. ; mais tous, sans exception, peuvent êlre ciitreprisau moyen d'ur.e première mise de fonds, qui n'est, suivant leur itnportance, que de 20 fr. , de 10 fr. , et pour quelques uas même de 3 fi'.
Des renseignemens minutieux, en grande partie extraits des procès-verbaux et des pièces de couqitabililé d'un comité de secours institué vers 1820 par quelques jeunes' gens dans lu rue 'l'aranne, nous permettront de donner successiver.icnt les notes siatislicpies des fiais indispensables d'élablissemenl de ces différentes professions; avant tout, nous croyons né- cessaire de faire [irécéder cette sorte d'inventaire d'une seule remarque générale. La plupart des étals dont il sera question s'exercent en plein air, ou à peu près; il est donc une dé- pense qui doit prudenunenl précéder toutes les autres, c'est le paiement du loyer d'un réduit pendant la durée du pre- mier mois de travail. Le [irix le plus élevé, chez les princi- paux logeurs, est lixé à A francs, du moins aux environs du Panthéon, de Notre-Dame et de ril6telde-\ ille.
Corrfoiniier en t'ien.r. — Il n'est personne qui n'ait souri devant une caricature qui représente un savetier fort en co- lère contre sa fenune, ^t s'éciianl , je crois, dans son indi- gnation : «Malheureuse! tu oses insulter iiii homme éta- bli ! »
Celte exclamation est très naturelle et très juste. Celui qui a le bonheur de posséder quelques outils, des formes qu'il a façonnées lui-môme, un mauvais siège et un toit de bois large d'un pied et demi , à uiie place fixe, est A l'cni des premiers rangs des iietits métici-s. S'il est économe, assidu , range, s'il lient parole à ses pruti(|ncs, qui .--ont en général Les servantes de la rue, il parviendra, à force d'cconoiiiies.
à se faire pour la mauvaise saison un enclos de planches peintes avec des croisées vitrées , ou bien à sous-louer ini in- térieur de porte bàlarde, qui , avec le temps, pourra s'agran- dir en boutique; et même, qui sait s'il n'obtiendra pgs un jour une place de portier !
Voici lu' liste et le prix des outils qui lui sont le plus néces- saires :
Une paire de pinces 5f. ne.
Un marteau 2 2.'j
Deux tranchets à 1 fr. 50 c 5 »
Une demi-douzaine de mancbes d'alênes à 13 c. . » 90
Une paire de tenailles i 30
Un a.stic çn buis » 73
Idem en os. . . ". » 50
Un plastron » 50
Deux liiseigics .î 75 c i 50
Un fusil » 75
Une mailloche 1 25
Un fer à jointures 1 iO
Idem k piqûre i »
Une roulette » Y.S
Un fer à coulisse I 50
/f/em à pa.sse-poil i 20
Planches, bois pour les formes, et un siège. ... 3 « •
Total.
. . 24f.4Sc.
Chiffonnier. — Le chiffonnage est un métier difficile. L'ap[)rentissage est long et pénible [lour s'ouvrir un chemin paisible à travers la concurrence, pour arriver à diviser lia- hilement le travail de chaque semaine, de chaque jour, de chaque nuit; pour connaître les heures favorables, les bons endroits, les débris les plus précieux à enlever, os, verres cassés, chiffons, papier, carton, bourres de crin, produits chimiques, etc.; pour se faire bien venir des portières; enfin pour avoir, dans différens quartiers, des maisons, comme on dit, attitrées. L'état est assuré quand on n'a plus à crain- dre de s'attirer par inexpérience les (pierelles et les coups des confrères, quand on est suffisannnent connu des agens de police, quand on a une casquette chaude, des guêtres de cuir, un dos de cuir, une lanterne garnie de son verre , et qu'on a pu se laisser pousser la barbe, de manière à poser au besoin daiis les ateliers. Les chiffonniers habiles savent amé- liorer sensiblement leur métier : ils parviennent à s'associer, à louer un coin de grenier, et à emmagasiner les matièi'cs de choix , de manière à être en état d'al tendre des offres de plus en plus avaHtageuses des inârcliands et dêsTabricans.
Une médaille de chiffonnier £ f. » c.
Un manne(piin. . . , 3 »
Un crochet » 50
Une lanterne « 75 '
TOTAt..
Cf.;
Marchande de friture. — Les premiers fiais de ce métier, lorsqu'il ne s'exerce que dans les rues et Sur les ponis , ne s'élèvent pas au-delà de 10 à 12 francs. Il suffit aloi-s d'un éventaire qui s'attache à la ceinture, d'urte hollc, d'un pa- nier, d'une poêle à main , d'un petit réchaud , et de quehpies provisions en charcuterie et en pommes de terre. Dès (ju'il cesse d'être ambulant, la dépense est plus considérable, les provisions sont plus variées; il •,: l besoin d'un assortiment de poissons: soles, limandes, cartels , fretin, etc. r.nfin lors- que l'on commence à avoir besoin de plusieurs fourneaux à la fois , do s'approvisionner à la Halle à la volaille, la profes- sion est de premier orvlre, cl son nom se transforme en cc«»i de rôtisseur.
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Un fourneau 4f. «c.
Un baquet 2 50
Un seau I »
Deux tréteaux et une plaiiclie S n
Un chevalet \ »
Deux panier.'; I 50
Plat et assiettes ) 50
Une poêle à frire i 50
Une hotte 3 »
Une pelle et une [lincctie \ n
Un soufllet i »
lieux pots de grès ^ »
Premières provisions 5 «
'JOTAL 2"f. »
{La Suite ii une prochaine livraison.)
L'HIRONDELLE.
de deux especes d ilinondelles. — le merle rose, l'hirondelle rilpublicaine.
Parmi les oiseaux que les naturalistes nomment hiron- delles , nous choisirons les espèces les plus intéressantes pour nous, riiirontlelle des cheminées et celle des fenêtres.
Ces deux espèces qui fréquentent nos cités durant la belle .<iaison sont très souvent confondues, quoiqu'elles diffèrent l'une de l'autre , tant à l'extérieur que par les liabitudes. L'hirondelle des cheminées est un peu plus grande que l'au- tre; son plumage a moins de hianc, surtout sur le croupion, en sorte qu'on ne lui a point appliqué, comme à l'hirondelle des fenêtres, le sobricpiet de cul blanc. La première choisit nos hahitations pour y placer son nid, et les préfère à tout autre lieu; pour la seconde, nos fenêtres ne sont qu'un pis- aller, lorsque des rochers à pic ne lui offrent pas un empla- cement plus de son goût. Elle vient plus tard au printemps, et nous quitte plus tôt; l'hirondelle de cheminée e,st le pre- mier messager qui nous annonce la fin de l'hiver, et le réveil de la nature. C'est elle qui parait avoir le plus de droits à notre affection ; ces oiseaux nous délivrent des nuées d'in- sectes dont nos demeures, nos champs, l'air que nous respi- rons, seraient remplis, sans la guerre d'extermination qu'ils
(L'Hirondelle.)
leur font durant tout le jour. Malheureusement , la prudence ni la justice ne règlent pas toujours nos procédés à leur égard. Lfts chasseurs les ahatlent à coups de fusil, les enfans n'é- pnr{;u6iit pas leur nid ; tandis (|ue des peuples moins policés que nous se montrent beaucoup plus raisonnables dans des
circonstances analogues. Ainsi , par exemple , la vie et le re- pos du merle rose, grand exterminateur des sauterelles , sont sous la protection spéciale des lois, dans les contrées de l'Asie infestées par ces insectes. Des peines sévères y atteindraient les malavisés qui auraient tué le plus chélif individu de cette précieuse espèce. Le merle rose y arrive au printemps, comme riiirondelle dans nos climats. Si quelques causes accidenlellcs ont retardé sa venue , on lui expédie des am- bassadeurs chargés de lui exprimer le vœu du pays, de lui prodiguer les témoignages d'affection, les promesses de bon accueil , etc.
L'hirondelle construit son nid avec une habilelé très re« niaripiahle. Celle construction est ù peu près la même dans les deux espèces : au dehors, une maçonnerie solide; au de- dans, une enveloppe molle, douce, chaude, telle (pi'il la faut pour le jeune oiseau sorti de l'œuf. Ces nids , d'un volume considérable, imposent un travail bien pénible à des oiseaux qui n'ont pas un moment à perdre, et qui, dans l'intervalle de six mois . doivent élever jusqu'à trois couvées. Les se- cours mutuels et les avantages de l'association ne sont pas inconnus parmi les hirondelles. Un nid est-il endommagé on détruit par quelque accident; aux cris douloureux du couple désolé, on accourt de toutes parts; une multitude de becs apporte les matériaux, et les met en œuvre au milieu d'un gazouillement confus qui retentit au loin; c'est un mouve- ment comparable à celui d'une fourmilière ou d'une mclie. La foule, non moins laborieuse que loquace, a promptement achevé son travail ; elle refait quelquefois en moins d'une heure un édifice que les deux propriétaires n'auraient pu ter- miner en moins de quinze jours.
Les espèces d'hirondelle que nous avons sous les yeux ne sont pas celles où l'instinct social se manifeste au plus haut degré. Que penserons-nous de l'hirondelle républicaine de la Louisiane? Des nids toujours réunis en très grand nom- bre, et distribués avec ordre sur la surface d'iuie haute et large muraille, ou sur une roche unie et d'aplomb, forment, en effet, une sorte de ville aérienne; des gardes y veillent à la sùrelé commune; dans le tumulte apparent d'une circu- lation extrêmement active, on croit reconnaître des actes d'une autorité publique , des jugemens", des condamna- tions.
Dans les contrées où l'homme fait ses premiers établisse- mens, ces oiseaux paraissent doués de facultés qu'ils ne mani- festent plus dans les pays couverts de villes, de villages, et de culture. Ainsi, par exemple, l'hirondelle de fenêtres semble sans défiance pour la sûreté de ses petits quand elle place son nid dans nos cités; mais en Sibérie, on a remarqué que la mère attache ses pelils par une patte, au moyen d'un crin assez lâche pour ne pas gêner leurs mouvemens , en sorte que si quelque effort les jetait par-dessus le bord, ils reste- raient suspendus jusqu'à ce que le père ou la mère vint à leur secours.
On a dit que les hirondelles reviennent tous les ans aux mêmes demeures, et reprennent possession de leurs anciens nids, si elles les trouvent en bon état. Des observations plus attentives ont dissipé l'illusion. Il est très rare que les hiron- delles adoptent la même maison dans tout le cours de leurs visites annuelles, et parmi celles qui ne choisissent point de nouveaux hôtes, il en est peu qui se dispensent de recon- struire im nid.
GROTTE DU FAUSILIPPE.'
SON ANTIQUITÉ. — SES DIMENSIONS. — ASPECT Qtl'ELI.B PRÉSENTE LE JOUR ET LA NOIT. — TOMBE DE VIRGILE.
Le Pausilippe est un promontoire qui s'élève auprès de Naples. Il sépare cette ville de la campagne fabuleuse
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où l'imagination des anciens plaçait l'enfer mythologique. La grotte est une grande route taillée de temps immé- morial dans le tuf volcanique. Le célèbre géographe et his- torien grec, Strahon, mort sous Tibère , vers l'an 2o de l'ère chrétienne, et Sénèque le philosophe , mort vers l'an (i!i sous Néron , en parlent dans leurs écrits. Elle a environ mi mille
(Grotte du Pausllippe.)
de longueur, 28 pieds de large , et , suivant les endroits que l'on mesure, de 30 à 80 pieds de hauteur. Trois voitures peu- vent y passer de front. Des dalles de lave en forment le pavé. Elle conduit de Naples au.x villes de Pozzuoli , Baïa , Ciimes et autres.
Pendant la nuit, des lampes suspendues de dislance en dislance à son plafond grossièrement taillé, répandent une assez grande clarté. !\Liis dans le jour la lumière y pénètre à peine. Deux fois l'an seulement, aux mois de février et d'oc- tobre, les derniers rayons du soleil la traversent tout entière. Le reste de l'aimée , c'est un spectacle étrange de voir au milieu d'une obscurité faiblement transparente, l'agilatlon qui règne sans resse dans cette longue galerie ; on ne sainait. sans éprouver d'abord quelque effroi , entendre ensemble les roulemens des voitures de toute sorte , venant de côtés oppo- sés, le trot et le hennissement des chevaux, les troupeaux bélans ou mugissans , les voix , les cris des passans et dos voyageurs, tous ces cris confondus, rebondissant surla voi'ile, et se multipliant enéclios dans les enfoncemens qui s'ouvrent de distance en distance des deux côtés et fuient sons le pro- montoire.
A l'entrée de la grotte, en venant de la ville, se trouve nnc tombe romaine creusée dans le roc: c'est celle de Vir- gile. On a voulu contester l'authenticité de ce monument , mais les indications précises données |)ar les anciens auteurs, des témoi:,'n;igi's (pii foinunit nue rliaiue pr<-sqiie non inter- rompue depuis la mort de l'illustre poète juscpi'à nos joins, ne permettent guère de conserver de doute à cet égard.
Beaucoup de faits historiques qui sont regardés comme cer- tains , sont loin d'être entourés d'autant de preuves.
Autrefois, un laurier fleurissait sur cette tombe. Il n'existe plus: mais le peuple, en passant, se signe et s'agenouille, comme devant les restes de quelqucsaint inconnu; les étran- gers s'arrêtent devant la pierre pour y graver leurs noms ou pour rêver au génie dont elle consacre la mémoire.
EVALUATIONS DES VOLS
COMMIS A LONDBES EN \85i .
i" Par les domestiques n,T50,000 fr.
2" Sur la Tamise et sur les quais. . . . 42,500,000 5" Dans lesdocks et surla voie publique. 13,000,000
4" Par la fausse monnaie 5,000,000
5° Par les faux billets de banque .... 4,230,000
Total.
. 52,000,000
Londres étant habité par 1 ,200,000 personnes, sans comp- ter celles dont nous allons parler, c'est un impôt de 43 f. 75 c. par tête que prélève chaque année la misère ou le crime sur l'opulence on sur le commerce.
Ce tableau, emprunté à la Revue hritannique , qui ie donne comme dressé d'après les ordres du lord-maire, parait exagéré au premier abord ; mais, quand on apprend qu'à la même époque il se trouvait dans cette ville 20,000 personnes sans moyens d'existence, 20,000 voleurs, escros, filous ou résurrecteurs , \6,600 mendians,et 8,000 individus reçus dans les salles de la Société d'asile ; quand ou se rappelle que Londres est la capitale d'un royaume dévoré par le paupé- risme , où les propriétés territoriales sont accumulées dans un petit nombre de familles par les substitutions et par les majorais, où les douanes maintiennent les grains à un taux élevé, où l'opposition continuelle du luxe et de la misère fait naître des tentations sans cesse renaissantes, on ne sait ce qui doit le plus étonner, la grandeur du mal ou la difficulté que le gouvernement semble trouver pour y porter remède.
SAINTE MADELEINE.
Cette figure , qu'on trouve re- produite avec de légers change- nicns dans plusieurs cathédrales de l'Europe, et notamment dans celle de Rouen , a été le sujet de beau- coup de commentaires. Plusieurs auteurs de légendes, chroniqueurs ou artistes , ont agité entre eux la (pieslion de savoir si les sculpteurs du moyen âge avaient voulu repré- senter , soit la Vierge Marie , soit telle ou telle sainte.
Il nous parait démontré que la ine dans le ro- aume , en Pro- vence , a fourni le sujet de celte nnivre, dont le caractère e.st em- preint d'une délicatesse si mysté- rieuse.
Nous pouvons en donner pour preuves, entre autres citations , les deux extraits suivans :
Pétrarque a dit en vers latins :
" VolAEii.Tiromcnt rcnformoe d.ins «me gratte, clli' v psjM troii •• fois dix hivers, n'.iv.Tiit d'.mtres «èlcmens que la longue cheve» • lure. Là, loin de la vue des bommes, entourée d'une troupe
)/| Il nous parait item
:^/l| retraite de la Madeleiu
A! cher de la Sainte-Beau
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■'d'auges, clic élait cnicvce en extase iiendaiit scpl heures du • jour, etc. ■■
On lii dans un poème composé au xvi'' siècle p;u- BjilUiazar (le la Buile, poète provençal , valet de clianibre du cardinal de Bourbon :
*» Revenant toit jour loits nngn !<i poitavon « Ben plus hauît que Ion roc.
" Jamay, pcr mauvais temps que fessa , nifrcihira , « Aultre abit mm av'ta que la sion caOe/Iura, " Que comvio un mantel J'nr, laat eram bels et blonds, " La coubrin de la testa fin al bas des talions, etr. ••
- Au retuur du jour, les anjjes l'enlevaient bien au-dessus du roc.
■■ Dans les plus mauvais temps et le froi;l le plus ripourtux, "jamais elle ne portait d autre \ctemcut que sa belle et blonde » chevelure, qui la couvrait de lu tète au bas des talons ainsi "(ju'un uuiuleaii d'or.»
LA SEMAINE. CALENDRIER HISÏORiguE.
Biographies. — Armées. — Faits remarquables.
23I'évrier 1 766.— LecziiiskiSlanisla.s l", roi de Pologne, né à Léopold , meurt à l'âge de quatre-vingt-neuf ans des suites d'une ciiiite dans un feu de clieniinée. Il avait été couronné roi en I7().S à Varsovie ; mais pins tard il fut obligé de fuir. Sa tête fut ini.se à prix par le général des Moscovites. Le traité de Paris de 1756 le mit en possession du duché de Lor- raine et de Bar. Son règne en Lorraitie a laissé de beaux souvenirs sur son caractère.
Par ses .soins , un grand nombre d'élablissemens de bien- faisance , d'arls, (l'éducalion , d'industrie, furent fondés. C'està lui que Icsvillesde Nancyet de Ltniéville doivent une partie de leurs (•dilices. Plusieurs ouvrages de Stanislas sur des sujets de polilique et de morale ont été imprimés sous Ce titre: OEuvres (lupJiitosophe bienfaisant.
2-î Février 1-505. — Pic de la Mirandole meurt à l'âge de trenle-deu.x ans. 11 savaii à dix-huit ans vingt-deux langues et à vingt-quatre ans il lit afliclierà Rome et soutint publi- quement une thèse qui comprenait quatorze cents pioposi- tions sur tous les objets des sciences.
Il était pritice souverain de la Mirandole, en Italie, et il renonça à sa souveraineté en faveur de son neveu.
2."; Février 179!». — L'armée d'Orient, coiniriandce par les généraux Kléber et Lannes, après avoir parcouru soixante lieues d'un désert aride et bri-ilaiit, ai-rive aux terres fertiles qui précèdent la Palestine, s'empare en peu d'itislans de Gazait , ancienne capitale des Philistins , et jette l'épouvanie dans des troupes innonibrajjles d'ennemis, qui prennent aussitôt la fuite.
26 Février l7Ci. — Mort d'Edotiai d de Corserabieii Des- mabis, poète français, auteur de la comédie intitulée l'Im- perlineut: Ses vers sont a.ssez harinoiM'eux et faciles, et ses pensées [)rouvent un cœur liotmête. Il a dit : « Lorsipie mon ami rit , c'est à lui à m'apprendre le sujet de sa joie. Pleure- l-ii , c'est à moi de décoitvrir les causes de son chagrin. »
27 Février 1594. — Henri IV est .sacré roi de France, non pas à Picims, qui louait encore pour la ligue, mais à Cliar- Ires; non pas avec la .sainte ampoule de saint Rémi, mais avec celle de saint Martin, qu'on lit venir de Noiimouliers.
On sait que Henri IV dit à l'occasion de sa conversion au catholicisme : «La France vaut bien une messe. »
28 Février 015. — Supplice de la reine Brunehaut ou Bnmicliilde, épouse de Sigeberl I", roi d'Austrasie, et mère de Cliildebert II. Clotaire l'accusa, dans une assemblée de Fi ançais, de crimes infâmes, et d'avoir fait mourir dix rois. Plusieurs iiisloires présentent ces accusations cosnme eiiliè- remenl fau.s.ses, et |)roclarnent la vertu et l'innocence de Brtî- neliaid. Sa mort fut terrible : après l'avoir torturée pendant trois jours et l'avoir promenée au milieu des .soldats sur un chameau, on l'attacha aux crifis d'un cheval sauvage qui l'entraîna à tiavers les cailloux et les ronces. Les lambeaux de son corps furent èrtsuite rassemblés et rédtiits en cendres.
I''" Mars 1793. — Situation militaire de la France, huit armées sont sur le pied de guerre : armée du Nord , général Moreau ; de Samtte-et-Meu.se, Jourdan ; de Rhin-et-Mosellej Picbegru; des Alpes et d'Italie, kellermanh; des Pyrénées Orientales, Schérer; des Pyrénées Occidentales , Moncey; des Cotes de l'Ouest, Canclutix; des Côtes de Brest et de Cherbourg , Hoche.
i" Mars 1790. — Bourse de Palis. Le louis d'or cofile sept mille deux cents francs en assignats.
!""■ Mars 1815: — Na[)oléon sort de l'île d'Eilie, et, suivi de neufs cents liô'mmes,ses anciens soldats, début que au golfe de Jouan près Cannes (Var).
UN AMA-rËUR lïB POINTS DE VUE. Pendant mcii séjour à Bevergen, un soir, me pr6rheiiar.t dans. un bois voisin de la ville, j'aperçus un gioit(ie de pay- sans occupés à abatti e un taillis et à scier des troncs d'arbres. Je ne sais pourquoi je m'avisai de leur demander si c'ëlaii qu'on voulait percer une nouvelle route en cet eiidroii . Aprèd s'être regardés les uns les autres en riant, ils m'engagèi-èili à colilinuèr mon cliehiin et à répéter ma question à un mon- sieur que je verrais debout sur une petite élévation en face de la forêt. En effet , je rencontrai quelques instaiis après un petit vieillard, d'une figure pâle, en redingote boutonnée, ayant .sur la tête tin bonnet de voyage, et une sorie de car- tiassière sur le dos. Il élait armé d'une longue vue qu'il di- rigeait fixement vers le lieu ot'i j'avais laissé les paysans. En m'enleiitlanL approcher , il repoussa les tuyaux de sa lunette et me dit vivement : « Vous venez de la forêt, monsieur : où en est le travail ? » Je raco;itai ce que j'avais vu. « C'est bien, dit-il, c'est bien. Depuis trois heures du matin (il pouvait être alors environ six heures du soir) , je suis ici de fiiclion, et je commençais à craindre que la lenteur de ces imbéciles, quoique je les paye assez cher, ne fit tout manquer. Mais j'espère maintenant que, grâce à Dieu, la perspective s'ou- vrira à l'instant favorable. »
Alors, il alongea de nouveau sa longue vue, et la tourna vers la forêt avec une attention extrême.
Queltjues minutes après, une étendue considérable du bois tomba toul-à-coup, et uneperspeclive s'étant ouverte comme par enchantement , je découvris au loin un admirable am- phithéâtre de montagnes, et ait milieu les rtiines d'un vieux cbàteau, vivement éclairées parles dernières Itieursdu soleil coucbant. C'était vraiment un magnifique spectacle.
Le petit vieillard demeisra environ un (]uart d'heure en contemplation à la même place , exprimant son ravissement par quelques cris bizarres et par des irépignemens. Qiiajid le soleil eut tout -à-fait disparu, il replia de nouveau sa lunette, l'enfonça dans sa carnassière , et , sans me saluer, sans m'a- dresserune seule parole, sans paraître songer le moins du monde à moi, il s'enfuit à toutes jambes.
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J'ai su depuis (jue cet original de premier ordre était le baron de Reinsberg. Comme le fameux baron Groilius , il voyageait conlinuellement à pied et passait sa vie à faire la chasse aux belles perspectives avec une sorte de fureur. Ar- rivait-il dans une campagne où , pour se prociuer un point de vue pittoresque, il fallait abaisser une colline, abattre une foret, démolir des maisons, il ne s'effrayait d'aucune dépense, d'aucun obstacle, et employait aussitôt son or et son élocpience à faire servir à ses projets les propriétaires et les ouvriers maçons, bûcherons, mineurs ou autres. On raconte (pi'une fois il s'était mis en tête d'incendier une grande métairie du Tyrol, entièrement neuve; on avait eu beaucoup de peine à l'en dissuader.
Jamais on ne l'avait vu traverser deux fois le même pays.
Hoffmann.
— Vous autres lionmies , vous ne pouvez parler de rien sans décider aussitôt : Cela est fou, cela est censé , cela est bon, cela est mauvais. Et pounpioi? Avez- vous cherché ilans tous ses détails le vrai motif d'une action? Savez-vous démêler avec précision les causes qui l'ont produite et qui la rendaient inévitable? Si vous le saviez, vous ne seriez pas si prompts à juger.
Goethe, Werther.
SOUVERAINETES PRINCIPALES
DE i.'asie et de l'afrique.
L'Orient et l'Europe ne pouvant plus être indifférens l'iui à l'autre, nous pensons ipi'on lira avec intérêt la liste sui- vante des principaux souverains actuels de ces deux grandes parliesdu monde; elleest extraite de la notice publiée enI833 par la Société asiatique de Paris.
EMPIiVE OTTOMAN.— Sultan MahmoddII (surnommé Àdli , le Juste) , fils du sultan Abd'oulhamid , né le 20 juil let 1783, et proclamé à la place de son frère MouslafalV, q;!i fut détrôné le 28 juillet 1808. — Egypte : Mohammed- Aly, né à Cavala en Romélie , en I7G9 (1 182 de l'hégire) , fds d'Ibraliim-Agha ; proclamé pacha lel-î mai 1803, à la phi£e de Kliorschid-pacha ; cpnlirnié par le sultan Sélim III , le!" avril 1800.
vassaux I)e l'empire ottoman. — Tripoli : Sidi Yod- souF Kiiramanli, pacha. — Tunis : Sidi Hasan , bey. — Le schérif de la Mehke : Yaiiya , fils de Sourour. — L'imam deriViiifiiqui réside à Sanaa. — Roi de Sennaar: Badv VII, lils (le TabI , vingt-neuvième roi de la race des Foundjis, tribu pallie .le l'intérieur de l'Afrique, et (pu vint s'établir à Sennaar vers la lin du xv<^ siècle. En juin <82l , Ismaîl, fils du padia d'Egypte, le coutraiijt i^e ff^anailre la supié- matie du sultan Mahmoud.
EMPIIUÎ DE MAHOC. — Moui.ey- ABP-khraiiman , sultan , (ils abié de Moulcy-Hescliam , succède à son oncle Mouley-Souléiman , le 28 lujvcndne 1822.
I\OyAUME P'ABYSSINIi:. — Itsa Taklpv Porges succède avant 18)7 i Ilsa Giuulou , de la race de Salomon, fds de David , dynastie qui règne sans interruption depiûs l'an 1208 de notre ère, et qui réside à Gondar : il jouit de beaucoup de considération , mais n'a aucun pouvoir, et ne possède en revenus que ce que les gouvernoui s iudépcudans des provinces veulent bien lui accorder.
PERSE. — Fetii-ali-Cii au , né en I7C8 ; succède à .son oncle Agba Mohammed Khan, fondateur de la dynastie; Abbas-MIrza , héritier prt'somptif do la couronne, est né en 178S. Ce prince, qui règne depuis trente-six ans, a beau- coup emprunté à la civilisation einopéennc pour l'adminis- tration de ses états.
ASS ,\M. — Ce pays contient le bassin du Brahma-poutra. !.c litre royal esS svarga-radja (monarque céleste), parce
que la dynastie prétend descendre de deux frères, Khunlai et Khimtai , ipii , avec le dieu Chang, vinrent des contrées du nord s'établir dans ce pays. Les Anglais s'en sont empa- rés en 1823.
ETATS AU-DELA DU GANGE. — Empire Birman : popidalion 3,500,000 âmes. Depuis la paix de Yandabon (le 23 février 1820) , ce rpyagnje ne. se compose [ilus que d'Ava et de Pégu. Genf yingt-bfjit fruinarques ont régné de- puis le commencemei|l de la n»onarchie. On ignore le nom du roi actuel. — Sioiu : Ce pays con)preiuJ le bassin du fleuve Ménam. Kroma-Mon-Tchil , ;k'é de quarante-neuf ans, est maintenant sur le trône; il a fait prisonnier et fait exécute* le roi de Laos et sa famille en 1829. — Cocliinchine : Etat tributaire de l'empire chinois. iMinrj-miny (destin illustre) est le titre des années du monarque. — Java : 4,660,000 habitans. Le sultan réside à Yugya-Karla. Mangkp-Bouvana- Sepou, couronné parles Hollandais en 1826, est mort le 2 janvier 1828 ; le jeune sultan est s^^» Iff f«tje||ie de Paudje- rang-Mangko-Kotoumo.
CHINE. — Le nom de la dynastie régnante, d'urigine mandchoue , est Tai-isiMj ( la très pure). En (Chine , on ne connaît pas le nom de l'empereur régnant ; celui qui orcu[ie actuellement le trône est le fds aîné de son prédécesseur , mort le 2 septembre 1820, et il portait au[)aravant le nom de Mian-Ming. Il donna à son père le titre posthume de Jijt- tsoung-joui-hoang-ti , c'est-à-dire, l'auguste et sage empe- reur, le compatissant prédécesseur. Il est âgé maintenant de quarante-huit ans.
JAPON. — Le OHfri (empereur) actuel est le ISl"" suc- cesseur de Zinmou ; il règne depuis 1817 ; le public ignore son nom durant sa vie. Sa résidence est Miyaho ou Kio (ces deux noms signifient résidence). Le Kou hô ou Seogoun est le chef militaire généralLssime de l'empire : il réside à Yédo; c'est, par le fait, lui (jui ri^gne ; cependant il affecte toujours une espèce de dépendance du Dairi, descendant de l'antique dynastie japonaise qui a commencé par Zinmou , 060 ans avant notre ère. Le mot Daïri (en chinois IS'aï H) signifie proprement ViniMeiir (du palais impérial). On .s'en sert pour désigner l'empereur, puisqu'il n'est [)as permis de proférer son nom pendant qu'il est en vio. La même chose a lieu à l'égard du Seogowi et du prince son successeur.
MOLIERE.
.SON PORTRAIT. — SOUVENIRS DE SA VIE ET DE SES ŒUVRES. — MAISONS qu'il A HABITÉES. — SON TOMBEAU.
Le portrait de Molière tpie nous donnons est une esquisse fidèle du tableau original peint par Mignard . et possédé au- jourd'hui par M. Alexandre Lenoir, ancien conservateur du Musée des PeiJls-Aiigustins.
La rassemblance de noire premier poêle comique paraîtra parfaite, si l'on croit le tt'inoignage des contemporains. « lAlolière, a dit un rédacteur du iVerrure de France, n'était » ni trop gras ni trop maigre ; il avait l'air très sérieux, le nez » gros, la bouche grande , les lèvres épais.scs, le teint brun . » les sourcils noirs et forts, et les divers mouvemens qu'il «leur donnait lui rendaient la physionomie extrêmement » comique. »
L'altitude de sa tête et l'expicwion générale de sa figure .sont d'ailleurs entièrement d'accord avec ce que l'on rapporte de son caractère et avec l'histoire des évènemcus de .sa vie.
On ne s'étonne point de la préoccupation triste et rêveuse répandue sur ses IraUs, lorsqu'on se rappelle qu'il lui fallut, connue Shakspeare, affronter l'opposition de .sa famille, et changer son véritable nom de Voqnclin pour suivre sa vo- cation ; lorscpi'on songe que ni l'admiration ni la protection de Louis XIV , ni l'amitié des deux Corneille, de La Fon- taine , de Roileau , de Racine et de La Chai>el!e , n'ont pu le Muslraire aux jalouses pcrscculioiisdcs liuursauli.des Colin.
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des Ménage, des MoiiUleiny, aux dédains ignoians des mar- quis , et aux culoinnies infâmes des faux dévots ; lorsque l'on réfléchit snrloul qu'il eut le malheur d'épouser une femme coquette, lé.!,'ère, incapable de comprendre ce qu'il y avait de sensibilité et de délicatesse sous ce regard fort et péiic- Iranl , et ce ([u'elle devait de respect à son génie.
(Molière.)
Mais on est satisfait de retrouver sous ce voile de mélan- colie le sentiment de bienveillance el de bonté qui était em- preint dans toute sa conduite , soit quand il encourageait de son argent et de ses conseils Racine jeune el inconnu , quand il obligeait si ingénieusement ses camarades malheureux à recevoir ses secours, soit quand il refusait une place à l'A- cadémie, parce que son talent d'actem- et sa direction im- portaient à l'existence de sa troupe, soit anssi lorsqu'à force de bienfaits il faisait oublier les anathèmes religieux prodi- gués contre sa l)rofession à ces pauvres sœurs de la charité , qui ne lui manquèrent pas à sa dernière lieure , et , pen- chées vers lui , encore à moitié déguisé sous son costume à'.lryan, reçurent avec douleur son dernier soupir.
Volontiers, à le voir ainsi distrait, on serait tenté de lui demander ce qu'il pensait tandis qu'il abandonnait complai- samment ses traits au pinceau de son ami , et quels secrets mystères du cœur sa puissante rêverie poursuivait en silence. Etaient-ce , par hasard , les malencontreuses vanités de ces bourgeois honteux de leur franche et honnête roture, igno- rant la pente oii se préci[iilait la noblesse, et descendant en croyant monter? M.. Jourdain , l'infortuné Georges Dandui, mesdemoiselles Gorgibus? Etaient-ce les conseils intéressés de l'orfèvre Josse,les angoisses et les ruses maladroites de l'Avare, riionnéte indignation d'Alcesle, les prétentions de Trissotin, ou la singulière contrainte de cet imprudent créan- cier de don Juan, M. Dimanche? ou plutôt, méditait-il d'exposer sur la scène, pour lui imprimer au front son éter- nelle sentence de réprobation, le plus détestable et le plus dangereux des vices, l'hypocrisie religieuse?
C'est un événement rare que l'apparition de ces génies dont on ne peut prononcer le nom sans ((u'aussitol l'imagi- nation se [leuple de mille personnages vivans, animés, jouant avec une admirable précision toutes les aventures du grand drame de la vie.
Chaque siècle a des généraux habiles à battre en ruine des forteresses ou à vaincre des armées , des savaiis d'une vaste el silencieuse patience , des philosophes d'une étrange vigueur d'abstraction ; mais il send)le(iue ce serait trop pour
un siècle d'un de ces lalens privilégiés qui savent eiweigner la vérité , la vertu , en faisant épanouir les visages et baltfe les Cd'urs de joie , de même que ce serait trop sans doute pour chaque jour d'avoir une seule heure de plaisir sans mélange et de bonne el digne gaieté.
A la vérité , les génies du genre comique , Cervantes , l'Ariosle, Shakspeare, Molière, Le Sage, Fielding, exercent une iniluence qui s'altère difficilement, et qui semble plus durable, plus étendue, parce qu'elle se mêle plus intime- ment à toutes les circonstances de la vie ordinaire, et qu'elle est aisément sentie par le grand nombre des hommes.
Ainsi plus de deux cents ans se sont écoidés depuis la naissance de Blolièrc ( 15 janvier 1C22) ; el malgré la diffé- rence du langage el du style qu'il a contribué à former, mal- gré la différence des vices el des mœurs qu'il a contribué à réfininer, ses comédies sont toujours le plus riche attrait de notre théâtre.
Les moins lettrés- d'entre les classes laborieuses savent sa réputation , el se servent énergiquement de ceux d'entre les noms de ses persoimages qui sont devenus des types de ca- ractères. Les jiassans s'arrêtent el montrent dans la rue des Piliers-des-IIalles la maison où l'on a cru long -temps qu'a était né. IMalheureusement celle maison a été rebâtie [ilu- sieurs fois depuis cent ans, et dernièrement encore une nou- velle reconstruction en a été faite sous la direction de l'ar- chitecte Périaux, qui, respectant la tradition populaire, a décoré la façade d'un buste et d'une inscription.
Les autres maisons que Molière a habitées, celles de la rue Saint-Honoré , vis-à-vis le Palais-Royal, de la rue Saint- Thomas du Louvre , et celle de la rue Richelieu , n" 58, ou il mourut, ne conservent pas davantage de traces de leur anciernie apparence. La pierre tumulaire que sa veuve avait fait placer sur la fosse du cimetière Saint- Joseph, où il fut enterré aux llamheaux le soir du 21 février 1075, n'existe plus. Il est même incertain si ce sont réellement sesdéiiouilles funèbres qui, transportées, le 7 mai i'[)9, par les soins de
(Tombeau de Molière.)
M. Alexandre Lenoir, au Musée des Petits-Auguslius , ont été depuis déposées au cimetière du Père-Lachaise, près de la londie de La Fontaine, sous le petit monument dont nous donnons le dessin.
Les Boréaux d'aeohuement et de vente sont rue du Colombier, n" 3o, près de la rue des Petits-Augustinj.
Imprimerie de Lacuevaudiere, rue du Colombier, n»30.
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LE CHIEN DE TERRE-NEUVE.
( Vile (lu chien de Terre-Nciivc.
ANiicuorua.
Celle race de chiens est une des plus intéiessantes par les onnes ([nalités dont elle est (■miiicnunenl pomvue, et (|ui semblent lui êlie lellenienl i)ailiculicics, ([ne l'un Ironve ra- rement des individus (|ui ne les manifestent point d'une ma- nière assez reniaïquable. Il y a peut-titre encore, au noid de l'ancien continent, des chiens de plus grande taille ; on pour- rait aussi essayer de rcgtintjrer la race ;j:ij;antes(pie des chiens d'Epire, dont Pline a fait une description si poéli(|uc; mais ce (pii est v(;rilablenicnt pri;cienx pour l'honnne, c'est un conipai;nop. qui lui soit entièrement dcvouo, luii le défende contre lesbrii^ands, le relire du fond des eaux lorsqu'il y est tombé, partage ses fatigues et ses périls, et (larvieune sou- vent à lui sauver la vie. Le chien de Terre-Neuve est peut- tître plus ((u'aucun autre de son espèce, ce compagnon, cet ami dans les circonslanccs les plus difliciles; on peut comp- ter sur son coiunge et sur son intelligence, dont il donne quelquefois des preuves auxipielles on élail loin de s'at- tendre. Ciions (|uelipies faits oi'i ces belles ([ualiles ont excite à la fois l'ii'.terèt et la curiosité. TdMr i_
Le Durhiim , pa(piel)ut tle Sunderland, avait fait naufrage sur les C(jtes de la province de Norfolk, près de Clay. L'é- quipage et lis passagers ne pouvaient être sauves qu'en éla- lilissant luie amarre entre le bâtiment et la terre ; mais la (■(jle élait beaucoup trop éloignée pour qu'on pi'it y lancer un eordage, et la tempête trop violente pour qu'aucun matelot osât rendre à ses compagnons d'inforlime le pérUleux ser- vice de porter ce corilage à terre. Heureusement pour ces naufragés , il y avait à bord un chien de Terre-Neuve ; ce fut i cet animal que l'on confia l'aventureuse commissioN. On lui mit dans la gueule le bout de la corde de sauvetage, et il s'(lan(;a au milieu de l'cpouvantable fracas des lames (lui se brisaient l'inie contre l'autre. Il avait di^à fait une grande partie du trajet , lors(pie ses forces commencèrent à l'abandonner, sans que pom tant il làcb.it le Unit du cordage. Deux marins intrépides, qui se trouvaient alors sur la aile, avaient admiré les persévérans efforts de ce chien ; ils virent sa délresse, et ne balancèrent point à s'expo.ser cux-nH)me4> pour le secourir. Ils l'atleignirenl en effet an mumenl où il allait succomber, prirent la corde qui était entre ses dents, r«idéreiil à gagner le rivage, et alors on pul sauver les neuf
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personnes, qui, dorant toute celle manœuvre, avaient dés- espéré de leur vie. Si le chien n'eûl pas épargné aux deux braves marins la plus jrande partie du trajet, il leur eût clé impossible de le fane deux fois, en allant et reveuani, et ré<piipage eiii péri.
Lorsipi'un jeune cliien de Terre-Neuve appartient à un jeune njallre, il s'établit quelquefois enUe les deux une fa- miliarité qui fuit disparaître les distances ; l'animal n'est plus le serviteur, mais le camarade de l'iiouime. Cette inli- miié expose ù quelques inconvéniens , comme on le verra par le fait suivant.
Uu jeune marin anglais, très habile nageur, était embar- qué sur un vaisseau de guerre; il avait un très lieau chien de Terre-Neuve, qui s'élail concilié les bonnes grâces de tout l'équipage. Durant une station que le vaisseau fut chargé d'occuper d:uis une colonie lointaine, le maître et le chien se livraient très fréquennuent à leiu- exercice de prédilec- tion, nageant cote à cote, attirant par leurs jeux de nom- breux spectateurs. Un jour, le maître s'avisa de poser ses deux mains sur la tête de son chien , et lui donnant une forte impulsion, il le fit i)longer à une assez grande profondeiu', d'oii il le vit revenir quelques niomens après. Ce passe-temps ne déplut nullement au chien, qui bientôt, changeant de rôle, mit à son tour ses deux pattes sur la tête du jeune homme. Celui-ci disparait sous l'eau , y séjourne un peu plus long-temps que le chien n'avait fait ; dès qu'il reparait , nou- velle imposition de pattes, nouvelle immersion. Le jeu fut répété si souvent, qu'à la (in l'homme ne reparut plus. L'a- nimal désespéré fait entendre les gcmissemens les plws la- mentables, plonge, vient à la surface de l'eau pour renou- veler ses plaintes, et disparaît encore pour continuer sa recherche. Enfin, on vient au secours de tous les deux, et une chaloupe reçoit les aventureux |)longeins. Le chien avait enfin trouvé sou maître, et le saisi.ssant avec sa gueule, il l'avait ramené à la surface de l'enu. Le jeune homme avoua depuis qu'il s'attendait à la mort , et se disait en lui-même : Je ne reverrai donc plus la vieille Ancjleterrel
Pressentiment îles Turcs. — Le plus grand cimetière des Turcs de Conslantiiiople est situé sur le rivage de l'Asie; les habitans de cette capitale étant persiimlés qu'ils seront foicés de se retirer en Asie, d'où ils sont venus, veuletit (pie leins corps reposent dans uu lieu où les infidèles chréliews ne viennent point les troubler.
Cette impression dans leur esjirit est confirmée par d'an- ciennes prophéties, et [)ar des coïncidences de noms qui se trouvent dans l'histoire de Conslantinople, et qui sont a.ssez curieuses.
Cette ville fut agrandie et choisie poin- être le siège de l'empire grec par un Constantin, fils d'Hélène, sous le p.i- triarchat d'iui Grégoire, en 328; elle fut prise, et l'cmiiire des Grecs délrint, sons uu Constantin , fils d'Hélène, sous le pairlarchal d'un (jiégoiie. Les Lutins .s'en einfiarèrent sous un Beaudoidn, en 1204, et ils en furent chassés sous un autre Bcatidouin, en 1201 . Les Turcs s'en emparèrent .sous un Ma- homet, en l'<53, et sont |>eisuadés qu'ils la perdront sous un Mahomet , qui est le nom du sultan actuel ; enfin , à l'époque où l'insurrection des Grecs éclata , un Constantin était l'hé- ritier apparent du trône de Russie, et le patriarche de Cons- lantinople se nommaii^ Grégoire; ce dernier fut pendu, et Constantin est mort depuis; mais les 'J'urcs .sont persuadés que la fatale combinaison des noms de Mahomet, Grégoire et Constantin, présidera à la destruction ie leur puissance en Europe.
K Walsh, Voyaye en Turquie.
entre deux rochers, et fut entièrement submergé, sauf la partie la plus élevée de l'arrière. On vit l'équipage se jeter . dans la chaloupe et s'efforcer de gagner la côle; mais une vague fit tout dis[)araître. Huit jours .se passèrent avant que le temps permit aux pèilieurs de meltre une embarcation à la mer; et à la visite du navire, ils trouvèrent une fonime l'.iale jeune étendue morte , et tenant encore une petit • fille sur sa [loitrine. Elle avait au-dessous du sein une blessure ' qtu paraissait avoir été faite avec une grosse épingle; il en sortait encore cpielque peu de sang que l'enfant suçait avec avidité. Le lait de la mère ayant tari , elle avait usé de la der- nière ressource que lui laissait sa situation déplorable. Un portrait fit connaître la famille à qui l'on devait rendre l'en- fant; les pêcheurs auraient bien voulu l'adopter. Ces Iwnucs gens avaient vu beaucoup de scènes de désolation, mais ja- mais encore ils n'avaient pleuré. Lor.'scia'on vint leur re- prendre celle pauvre petite créature <pi'ils avaient recueillie, ils la portèrent sur le heu où sa mère était enterrée, et ôtant leur chapeau, ils promirent naïvement de recevoir comme leur fille toute orplieline qui viendrait s'agenouiller sur cette tombe.
Le couragj a sa contagion ; un dévouement en enfante d'autres.
Rien ne me met hors des gonds, comme de me voir oppo- .scr une maxime insignifiante et triviale, lorsque mes raisons sortent du fond de mon cœur.
Gœthe.
Une mère. — Vn naviic qui luttait contre la tempête, en vue de lu côte seplenlrionale de l'Ecosse, finit par s'échouer
DES MAUVAIS PAUVRES. En publiant le morceau suivant, dont l'intérêt est surtout historiiiue, nous sommes loin de vouloir ajouter une nouvelle force au sentiment de réprobation générale qu'excitenl au- jourd'hui les mendiiins oisifs, les mauvais pavrres. Ce sen- liuient esl juste, et il est bon qu'il soit enté profondément dans l'opinion publique; mais on s'exposerait, en l'exagé- rant, à devenir impitoyable envers la véritable pauvreté, et à autoriser trop facilement l'oubli de la charité chez beau- coup de personnes.
UNE COUR DES MIRACLES.
DliSCRIPTIO.N I)I5S COUKS DES MIRACLES. — LEDR POPULA- TION. — lÎTVMOLOGlE DE LEDR NOM.— DÉFINITION DES DIVERSES CLASSES DE MENDIANS.
« Celle Cour est située en une place d'une grandeur très considérable et en un très grand cul-de-sac puant, beaucoup irrégulier, et ciui n'est pas pavé. Pour y venir, il se faut sou- vent égarer dans de petites rues vilaines ei détournées ; pour y entrer, il faut descendre une a.ssez longue penle torlue, raboteuse et inégale. J'y ai vu une maison de boue à demi enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pomriture, qui n'a pas ijuatre toises en carré, et où logent néanmoins plus de cinciuante ménages, chargés d'une infinité de petits enfuns légitimes, naUirels, ou dérobés. On m'a assuré qu'en cette cour habitaient jikis de cinq ceuLs familles entassées les unes sur les autres. Elle était autrefois encore plus grande; et lA, on se nourrissait de brigandage, on s'engraissait dans l'oisiveié, dans la gourmandi.se, et dans toutes sorles de vices et de crimes. Là, sans aucun soin de l'avenir, chacun joui.ssait à son aise du (irésenl, et mangeait le soir avec plaisir ce qu'avec bien tic la peine et souvent avec bien des cou[)s il avait gagné pendant le jour; car on y appelait gagner ce qu'ailleurs ou appelle dérober: et c'était mie des lois fonda- mentales de la Cour des Miracles, de ne rien garder pour le lendemain. Chacun y vivait dans une grande licence: per- sonne n'y avait ni foi ni loi. On n'y connaissait ni bupiCnne, ni mariage, ni sacremens. »
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Il n'y a rien d'exagéré clans cette description de Sauvai (vers 1660); c'est la vérité tout entière et toute nue: on comptait douze Cours de Miracles dans Paris au commence- ment du dernier siècle , et on en trouvait une au moins dans chacune des grandes villes de France. Jusipie là aussi nul o-il profane n'avait pénétré dans ces retraites redoutées; le men- diant était certain d'y échapper à toute surveillance; là il était avec les siens , seulement avec les siens, et il s'y dé- pouillait sans crainte du masque imposteur (pi'il avait purlé toute la journée pour tromper les passans. Là, une fois en- tré, le boNeux marchait droit , le paralyti([ue dansait , l'aveu- gle voyait, le sourd entendait, les vieillards même étaient rajeunis. C'est à ces subites ei nombreuses métamorphoses de chaque jour que ces cours devaient leur nom. Qui ii'eiM , en effet, cru aux miracles, à la vue de tant de merveilleux changemens? Ces mêmes hommes, si accablés de souffiauces et de maux, qu'on voit le soir regagner leur gile à grand' peine; ces misérables, à qui les plaies, les fractures, les ul- cères, les fièvres, les paralysies laissent à peine la force de se traîner le long des- murailles en s'accrocliant les uns aux autres, comme s'ils allaient succomber; toutes ces ombres humaines qui se glissent au dehors silencieuses et tristes comme la mort, tous ces êtres qui sendilcnt accablés par l'âge, par les maladies et par la faim, à peine ont louché le seuil de ce monde si nouveau, que, frappés soudain par la baguette d'un enchanteur, ils en reçoivent une vie nouvelle. La porte franchie, et tous les maux ont disparu avec leur appareil désolant; la porte franchie, et les années même ne se font plus sentir : femmes, enfans, vieillards, jeunes hommes, semblent s'être renconti-és soudain dans un âge de force, de mouvement, de santé. Cette cohue qui se préci- pite a remplacé le silence par les cris, les larmes par les rires, la tristesse par la joie, le désespoir par l'espérance; impa- licnle de jouir, elle craint de perdre un instant, el court avec une effroyable vitesse s'engloutir dans les nombreux détours de son repaire, et s'y livrer avec impunité à tontes les turpitudes du vice, à tous les excès de la débauche.
Eh ! qui formait ce peuple à la fois si misérable et si favo- risé, si pauvre et si riche, si puissant et si faible, si craintif et si redouté; ce peuple qui se comptait par milliers, qui obéissait à ini roi, qui avait ses lois, sa justice, sa moralité. et même .ses exécutions sanglantes? Ce peuple était si nom- breux , qu'on avait été aussi forcé de le diviser en classes , <pii toutes n'étaient pas également privilégiées. Ces cla.ses, auxquelles nous laisserons les noms qu'elles portent dans la langue d'argot , étaient :
Les Coxtriauds de lioiitamje, semi-mendians qui n'avaient le droit de mendier et de filouter que pendant l'hiver.
Les Capons, chargés de mendier dans les cabarets et dans les lieux publics et de rasscinblcinenl ; d'engager les pa.ssans au jeu en feignant de perdre leur argent contre quehpics camarades à qui ils servaient de compères.
Les /'>r()ir.9-i)ii(oii.r, qui conlreraisaienl les malades, et liortaient l'art de se trouver mal dans les rues à un tel degré lie perfection, qu'ils trompaient même les médecins qui se présentaient pour les secourir.
Les UuhaUis. Ils étaient tous porteurs d'un certificat con- statant qu'ils avaient été guéris de la rage par l'intercession de saint lltd)evt,doîit la puissance à cet égard était si grande, (pie, du temps de llciui Etienne, nn moine ne craignait pas d'nfiiimcr que si le Saint-Esprit était mordu par nn chien enragé , il serait forcé de faire le pèlerinage de Saint-Hubert- des-.^rdennes pour cire guéri de la rage.
Les Mercniulicrs. C'étaient fe,5 grands pendards qui al- laient d'ordinaire par les rues deux à deux, vêtus d'un bon poiMpoiut el de miiivaises chausses, criant qu'ils élaienl de bons niarcliaiuls ruinés par les guerres, par le feu, ou par d'antres acridciis.
Les MaHit(jreuT. C'étaient encore des malades simulés; ils se disaient bydropiques, ou se couvraient les bras, les jambes et le corps d'ulcères faclices. Ils demandaient l'au- mône dans les églises, afin, disaient-ils, de réunir la petite .somme nécessaire pour entreprendre le pèlerinage qui devait les guérir.
Les ililhrds. Ils étaient nunds d'un grand bissac dans lequel ils niellaient les provisions qu'arrachaient leurs ini- porlunilés. C'étaient les pouiToyeurs de la société.
Les Marjaiuls. C'étaient d'autres gueui dont les femmes se décoraient du titre de marquises.
Les A'arijuoîs ou Drilles. Ils se recrutaient parmi les sol- dats, et demandaient, l'épée au côté, une aumône, qu'il pouvait être dangereux de leur refuser.
Les Orphelins. C'étaient déjeunes garçons pres<iue nus, chargés de paraître gelés et de trembler de froid, même en été.
Les Pièttes. Ils contrefaisaient les estropiés, et marchaient toujours avec des béquilles.
Les PoJissoiis. Ils marchaient quatre à quatre , vêtus d'un pourpoint, mais sans chemise, avec un chapeau sans fond et une bouteille sur le coté.
Les Hifodés. Ceux-là étaient toujours accompagnés de fennnes et d'enfans. Ils portaient nn cerlificat qisi attestait que le feu du ciel avait détruit leur maison, leur mobilier, qui , bien entendu , n'avaient jamais existé.
Les Coquilhirds. C'étaient des pMerins couverts de co- quilles, qui demandaient l'aumône, afin, disaient-ils, de pou- voir continuer leur voyage.
Les Callots étaient des espèces de pèlerins sédentaires, choisis parmi ceux qui avaient de belles chevelures, et qui passaient pour avoir été guéris de la teigne en se rendant à Flevigny, en Bo;ugogne, où .sainte Reine opérait Jes pro- diges.
Les CcKjous ou Archi-Suppots, On donnait ce nom aux |)rofesseurs chargés d'enseigner Vanjot, et d'instinire les novices dans l'art de coiqier les bourses, de faire le mou- choir, de créer des plaies faclices , elc.
l'.nfin les Sabouleux. Ces mcndians se roulaient à terre comme .s'ils étaient épilepliqucs, el jetaient de l'écmne au moyen d'un morceau de savon qu'ils gardaient dans la bouche.
LE PARTHENON OD TEMPLE LE MINERVE.
Les ruines de la Grèce nous donnent une haule idée de ce peuple qui a subi lanlde vicissitudes, el dont les descen- dans, bien qu'abrutis par le despotisme des Turcs, viennent de reconquérir leur liberté. Les aiieiens llrecs, qui avaient reçu des Egyptiens Ic'i premières notions des sciences et des arts, ne tardèrenl pas à surpasser lenr.s maitre-s, et quelques uns de leurs monumens, échappés à la lail«rie el aux ra- vages des siècles, serveul encore de nio<lèles aux peuples civilisés.
Leur architecture, à la fois noble et élécantc, pré.-ciite les pruporiions les plus heureuses, el atteste le gi-nie de leurs artistes. .Au milieu d'une nature riche, et sous un ciel tou- jours pur, la lK\nuté des .sites el surloul celle des formes hu- niaines, dut épurei" leur goiit, et nourrir el féconder leur inspiration.
Entre tous les Grecs, les- .\ihéniens se distinguèrent par la grandeur et la magnificence de lein-s monumens.
LcParlliénon, dont nous représentons ici les i-estcs, fut
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( Le Pail
construit du temps de Périclès, il y a environ vingi-tletix siècles. Phidias, sctilpleur célèbre, était alors chargé de la direction des embellisseiiiens d'Athènes. Ce temple, dédié à Minerve, dominait la ville et la citadelle. L'exécution en fut confiée à Ictinus et ù Callicrate. Il apparlienl à l'ordre do- rique, et le beau marbre blanc qu'on tirait du Pentéliqne, montagne voisine, servit à. sa consiruclion. Sa hauteur était de soi.\ante-neuf pieds, sa longueur d'environ deux cent vingt-sept, et sa largeur de cent. Le portique était double aux deux façades, et simple latéralement.
C'est dans ce temple que les étrangers venaient admirer la «tatue de Minerve, chef-d'œuvre de l^bidias, et qu'il avait construite en or et en ivoire.
Soit indifférence, soit oubli, le Parthénon avait été res- pecté par 1rs 'J'iucs; seulement de temps à autre, les hahi- tans broyaient quelques fragmens de marbre pour en faire du ciment. En 1085, l'artillerie des Vénitiens, alors en guerre avec la Turquie, dégrada ce précieux reste de la grandeur d'Athènes.
Dans les contrées septentrionales, l'action de l'air et l'in- tempérie des saisons dégradent en peu d'années les monu- mens publics ; mais le climat de la Grèce a respecté plusieurs de ses ruines jusqu'à nos jours; et ces mutilations déplora- bles sont bien phis l'ouvrage de l'Iiomme ou des convul- sions politiques que le résultat d'une longue succession de siècles.
De tous les musées d'Europe, celui de Londres s'est le plus enrichi des débris du Parthénon. Lord Elgin, qui était ambassadeur à Constantiuople vers 1799, obtint en <801 du gouvernement tuic un firman qui l'autorisa à « élever im » échafaudage autour de l'ancien temple des Idoles pour » mouler en iilàtre et en gypse les ornemens et le« ligures, » et de plus, o à enlever les pierres où se trouvaient des in- • scriptions, ainsi que les statues conservées. » On assure qu'il eu coula 7/i,(XK) livres sterling (1,850,000 fi.), intérêts coiupiis, à lord Elgin, pour s'approprier les belles parties
K'non.)
du monument qu'il fut possible de transporter à Londres. En 1816, la colleclion entière fut achetée à lord Elgin, par acie du parlement, au prix de 55,000 livres sterling (873,000 fr.).
Serpent apprivoisé. — Un lalwureur habitant près de Whitc-Cross , à environ un mille de Ilereford, et occupant une chaumière de M. Thomas Weed, observa plusieurs fois, dans le mois de mai dernier, un de ses enfans, petite fille de moins de deux ans, qui, à chaque repas, réservait une partie de sa nouniture, et la portait dans un coin de la chambre. La curiosité porta le père à épier son enfant , et l'on peut juger de sa surprise quand il vit, à un certain briut fait par la petite fille, un serpent sortir d'un trou du mur, et prendre sans crainte le repas qui lui était offert.
MUSEE DU LOUVRE.
SALON DE 1853.
Aujourd'hui nous avons voulu seulement annoncer l'ou- verture du Salon, et nous avons choisi à la hâte pour celte annonce une des plus jolies statues de la galerie des sculp- tures, comme on place une vignette sous le titre d'un nou- veau livre. Nous donnerons successivement quelques es- quisses des œuvres du Musée de 1833 les plus remarquables dans divers genres ; ce sera une introduction naturelle à la suite de gravures et d'articles que nos lecteurs trouveront çà et là dans nos livraisons, et qui feront connaître les mu- sées antiques et modernes, soil de Paris, soit des principales villes de France et d'Europe, et l'histoire des beaux-art5, ainsi que leur influence sur l'éducation publique. Nous ne pouvons représenter et décrire que peu de choses à la fois; mais qu'on preiuie patience, et nous espérons qu'il viendra un inoi'isni. où l'on s'apercevra peut-être que nous avons su
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assez profiter de ce que nous avions d'espace et de temps pour niniitier et dire beaucoup de elioses.
EXPOSITION DE SCULPTDRES.
PiicHEdR NAPOLITAIN DANSANT LA TARENTELLE, PAR M. DUUET.
(Pêcheur napolitain dansant.)
M. Duret était déjà connu par sa statue de Vlnvcntioii ûc la lyre, exposée en 1830 au Musée des Petiis-Augustiiis , et ensuite au Louvre.
Le pfcheur napoUtain séduit le regard par une légèreté et une vivacité d'expression qui invitent ù la musique et à la danse. La statue ne perd rien A être étudiée de prè>:; les dé- tails sont gracieux sans aucinie mollesse. L'artiste u'a pas ennobli et idéalise la ligure plus qu'il n'était conveuahle. Outre la composition et l'exécution, ou doit louer rexcelleiil goût dont M. Duret a fait preuve dans le choix du sujet , qui lui a permis de conserver le iiii , et de se réserver ainsi les privilèges de l'art antique sans être obligé de se réfugier dans des mœurs éloignées pour produire une statue de genre.
La tarentelle est une danse napolitaine qui , suivant toute apparence, doit son nom à cette tradition de la piqûre de la tarentule (sorte d'araignée), dont on ne pouvait guérirqu'i n dansant au son de la niusi(pie avec une rapiililé exticme jusqu'à ce (pi'on tombât A terre baigné de sueur et épuisé de fatigue. Il est une autre danse , moins vive que la tarentelle , également en faveur chez les Naplilains, c'est la sullarelle. On a figuré cette danse an grand Opéra, au troisième acte de la Muette rie Voitiei , dans la scène du niarclié qui pré- cède la révolte du peuple rouduit par Masanitllo. Ou la voit de même exécutée b diilcmeul dans plusieurs mélodrames de VAmbi(ju et delà Caieté.
MAHOGOM. — BOIS D'ACAJOU.
Le bois auquel on donne en France le nom d'acajou , est celiM de l'arbre que les Américains et les Anglais nomment malio(juni. C'est une esiiéce du genre suieteuia des bota- ni.stes qui lui ont au.ssi conservé le nom spécifique de malio- goni. Il serait convenable de se conformer à cette nomen- clature, d'autant plus que le mot d'acajou désigne, en Amé- rique, un arbre tonl-à-fait différent de celui-ci , tant par la fructification que par l'usage que l'on fait de son bois.
Le mahogoni est un très grand arbre de l'Amérique; il parait confiné entre les tropiques, sans affecter cependant auciuie prédilection pour les contrées les plus voisines de l'équaleur. On en trouve plusieurs dont le tronc n'a pas moins de dix-huit pieds de tour, parfaitement sains dans l'intérieur, et de la plus belle végétation; on admire d'au- tant plus les dimensions de ce géant des forêts, qu'il semble affecter de croître dans des terrains d'une apparente stéri- lité. C'est dans les montagnes de roches feuilletées, fendues, en décomposition, que le mahogoni abonde: ses longues racines se plongent dans les crevasses , où elles s'étendent et grossissent au point qu'elle écartent les pierres qui les emprisonnent, et causent des éboulemens; la roche même est forcée de céder à l'action continue et prolongée du végé- tal , exemple remarquable du pouvoir que les corps vivans exercent sur ceux qui sont privés du principe de la vie.
Ileureu.sement pour nos arts, le mahogoni croit très rapi- dement. Si dans les exploitations de cet arbre on avait soin de réserver assez de sujets propres à la reproduction, et pla- cés de manière à la répandre uniformément , on ne serait
(I.c Mahogoni ou l'iirliri' af-aji ii.)
jamais exposé à la rareté et au renchérissement do ce Un» si précieux pour nos arts. Mais la prévoyance ne dirige pas ces exploitalious. Mêmeavant 1789, le^s forêts de Saint-Domingue et de la .lamaique ne fournis-saient plus de l^ois d'acajou, et tout<' l'Europe allait .se pomvoirilans l'Amérique espagnole. Leslnirberons nesont pas plus économes que prevoyans; ils ite déracinent point les arbres, eialumionnfjit tout ce qui est
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cadié liaiis la terre. Ainsi le tronc uoiimix et les volumi- neuses racines ihi nialiogoni sont perdus jujur l'cbénislerie, qui en tirerait un si bon p;u'ti. Ou doit donc s'attendre à un renchérissement inévitable, si la mode des meubles eu aca- jou continue, ce qui est au moins très probable. Pour faire juger de l'énorme importation que l'on fait de ce bois en Europe, il suffira de dire ([n'en 1820, l'Angleterre en reçut prî)s de viugt-quaire mille mètres cubes, l'énorme charge- ment de 19,353 tonneaux (le tonneau pèse 1,000 kil.).
L'exploitation du mahogoni,dans les forêtsde l'Amérique, est conduite avec une assez faraude habileté. Un explorateur est envoyé à la découverte; il doit avoir fait une étude spé- ciale (In terrain propre à cet arbre , et, dans les forêts vierges où il pénètre, l'inspection des roches le conduit plus silre- mcntque la boussole. Quand il a fait mie (h'couvcrte con- forme aux vues de ceux qui l'ont envoyé, il redouble de précautions pom- la tenir secrète , dérobe jusqu'au traces de. ses pas aux concurrens (pn pourraient l'épier, et revient par uneautre route que celle qu'il avait suivie en partant poiusa mission. Lorsque la .saison convenable est arrivée, les tra- vailleurs se mettent en marche, au nombre de vingt au moins, et quelquefois de cinquante on soixante. A leur ar- rivée sur le terrain, ils commencent par se loger, placent leurs buttes au bord d'un ruisseau , et les munissent de tout ce qu'exige un séjour de plusieurs mois. Ils préparent ensuite, par des abattis, le chemin par lequel on transporterais ar- bres abattus, et partagés en blocs à peu près égaux en poids. Le feu les débarrasse de tout ce que ce travail préparatoire fait tomber sous la haclie; à moins <pie la proximité d'une rivière navigable ne les détermine à réserver ipielques pièces de bois [)ropres à la teinture et aux constructions. Ou met aussi à part les matériaux (pii pourrorit servir à confection- ner le clieniin , les pouls à jeter sur les ruisseaux, des écha- faudages qui serviront à franchir des escarpemens, etc. Les arbres abattus sont divisés en blocs par les scieurs, et livrés ensuite aux charpentiers qui les équarri.ssent. Aprèsque celte opération est terminée, les grandes difficultés commencent, car il s'agit d'eftècluer le transjmrt de ces niasses, dont le poids excède le plus souvent eint| mille kilogrammes; on a même tiré de la iirovince des Honduras, dans la république de Gua- temala,un bloc pesant I,'i,0(i0 kilogrammes. Pour transporter d'aussi lourdes charges, il faut des chariots solides, un sol bien ferme et bien uni , de lions attelaires et des conducteurs habiles. C'est de bn^nfs que l'on fait u^age pour ce travail pénible, et on a soin lie ne les faire inareher que la nuil, ;din d'épargner à ces paliens animaux l'ardeur excessive du soleil de la zone torride.
Ces détails si:flisent ceriainemcnt pour justifier le prix élevé du bois <l'ac;you en Europe. Chaipic exploitation exige (|ue l'on ouvre une nouvelîe roule; et (pielqnefois un arbre dont on ne lire pas plus d'un bloc a cofllé plus de (ravail ([u'il n'en faudrait, en Europe, (lOiu' quehiues centaines d'arbres de ir.ènio iirossenr. On ne peut donc espérer ipie rc hiis ainéi ieain soit quelque jour be«|UPOup moins cher qu'il ne l'est aujourd'lmi, et (pi'on ne soit plus n-duit à l'employer en ndnee placage. Nous sommes donc intéressés à lui cher- cher un remplaeani , el à le choisir parmi les arl.res dont notre sol peut se couvrir. Cette voie est déjà ouverte : des n;eiihlcs faits en bois indigènes ont paru aux dernières expo- sitions des produits de l'industrie, et peuvent rivaliser d'éclat avec ceux qu'on fabrique en bois étrangers. C'est au temps (jii'il ap[iartient d'en confirmer la durée et la solidité, c'est de l'émulation des fabricans et de la prévoy.ince des a^çri- cultems cpi'on peut attendre la diminution de leur prix. Nous ronsacrerons quelque article au sujet important de nos Imîs indigènes.
valait la peine d'aucun effort. Il est assez singulier que celte impression .se soit affaiblie précisément à' mesure que les années se sont accumulées sur moi. Serait-ce paice qu'il y a dans l'espérance quelque cho-e de douleu.>, et que, lors- qu'elle se retire de la carrière de l'homme, celle carrière prend un caractère plus sévère, mais plus positif? Benjamin Constant', Adolphe.
La plupart des hommes médiocres sont au service de l'é- vènemcnl; ils n'ont pas la force de penser plus haut qu'un fait; et quand un oppresseur a triomphé ou qu'une vicloire est perdue , ils se hâtent de justifier, non pas précisément le tyran, mais la destinée dont il est riiistriitnent. Il y a dans l'homme un cerlain besoin de donner raison au sort quel (ju'il soit , comme si c'était une manière de vivre en paix avec lui.
Madame de Staël, Dix années i'exil.
... Je lisais de préférence dans !e.s poètes ce qui rappelait la brièveté de la vie humaine. Je trouvais qu'aucun but ne
PUITS DE FEU.
SOUVENIRS DE CHINE
Il est bien peu de gens maintenant qui n'aient entendu parler des puits artésiens. Chacun .sait qu'en creusant un Irou profond dans certains lieux oit l'homme n'eût jadis re- connu aucun indice de source , on peut parvenir à une cou- che de lerrain qui recèle de l'eau en abondance. Quelquefois même cette eau s'échappe de .-a prison avec une telle force qu'elle s'élève en fontaine jaillissante à plusieurs pieds au- dessus du sol : la nature fournissant ainsi ù ses frais unescèue du brillant speciacle qui coûta tant de raillions à la prodiga- lité de Louis XIV. Les puits artésiens se multiplient depuis (|uelques années; il suffit à un Parisien qui veut en voir d'aller à Saint-Denis ou à Saint-Ouen.
Ce phénomène, déjà passablement curieux par lui-même, le devieniliait bien davantage, si, au lieiidn jet d'eau qu'at- tendent les ingénieurs, c'était un jet de feu qui s'élevât en gerbe comme un artifice. On irait au puits faire sa provision (la lumière pour la soirée; le gaz infiammable circulerait d:ins les fanaux qui éclairent nos rues comme l'eau des ré- servoirs se rend dans nos fontaines; de grandes salles bâties pour les pauvres gens, pendant l'hiver, seraient chauffées aux frais du volcan en miniature. Qui pourrait coraplerles changeniens qu'une si heureuse aubaine introduirait dans notre économie domestique : éclairage, chaiiffiige , feu des cuisines , feu des forges , feu d'artifice , le tout gratis! ! !
Eli bien ! il est un coin de notre globe où se réalise loiilc cette féerie : c'est en Chine. Il est bon de faire connai.ssance avec les Chinois , car ils sont a; sez mal dans noi re esprit , cl gagneront sans doute à être mieux connus. H .semblait autre- fois que l'on voulait otivrir une fenêtre du palais des magi- ciens et des fées quand on racontait quelques unts des mer- veilles chinoises. A beau mentir qui vient de loin , criait-on an conteur. Aujourd'hui on a pu reconnaître la vérité d'une foule d'anciens récits qui passaient pour mensongers. Les détails siiivans sur les puits de feu sont extraits d'une lettre écrite par un missionnaire français résidant encore en Chine, cl cités l'.ar M. Klaproth à la suite d'une description de plu- sieurs phénomènes du même genre reconnus par M. Hum- boldt. ( Fragmens de Géologie. )
« Dans le département de Kia ting-Tau (à 2S0 lieues dans le N.-E. de Canton ) , plusieurs milliers de puits salans se trouvent dans un espace d'environ dix lieues de long sur quatre ou cinq lieues de large. Chaque particulier un peu riche .se cherche quelque a.s.socié, et creuse un ou plusieurs puits : c'est une dépen.'ic de 7 à 3,000 fr. Leur manière de
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creuser ces puits n'est pas la nôtre. Ce peuple vient à bout (le ses desseins avec le temps et la patience , et avec bien moins de dt;i)ense que nous; il n'a pas l'art d'ouvrir les ro- cbers par la mine, et tous les puilâsonl dans le rocher. Ces puits ont ordinaii émeut \ ,300 à i ,800 jjjeds fi ançais de pro- , fondeur, et n'ont que S ou 0 pouces de largeur. »
(Ici le missionnaire décrit la manière de percer les puits, qui est analogue à celle qu'emploient les ingénieurs euro- jiéens pour creuser les puits arUsiens ; ceux-ci oui donc été pratiqués par les Chinois bien îles siècles avant nos essais; la consolai ion de notre amour-propre est d'avoir en quel- ques années porté à un haut degré de |ierfectio!i ce que les Cliinois exécutent encore aussi naïvement que leurs aïeux.)
« On reste au moins trois ans pour faire un puits. Pour tirer l'eau, on descend dans le [)uits un tube de bambou long de vingt-(pialre pieds, à l'exlrémilé duquel il y a une soupape; lorsqu'il est arrivé an fond, un homme fort s'as- sied sin- la corde et donne des secousses ; chaipie secousse fait ouvrir la soupape et mouler l'eau ; l'eau donne à l'éva- poration un cinquième et plus, quelquefois un quart de sel. Ce sel est très acre; il contient beaucoup de nitre. L'air qui sort de ces puits est très inflammable. Si l'on présentait une torche à l'ouverluredu puits, quand le tube plein d'eau est près d'y arriver, il s'enflammerait en une grande gerbe de feu de vingt à trente pieds de haut. Cela arrive quelque- fois par l'imprudence ou fiar la malice d'un ouvrier.
» Il est de ces puits dont on ne retire point de sel , mais seulement du feu ; on les appelle jmits de feu. En \oici la description : un petit tube en bambou ferme l'enibouchure du puits, et conduit l'air inflammable où l'on veut; on l'al- lume avec une bougie, et il brûle continuelleraeni. La flanmie est bleuâtre, ayant irois à quatre pouces de haut et un pouce île diamètre. Le gaz est imprégné de bitume, fort puant, et donne une fumée noire et épaisse ; son feu est plus violent que le feu ordinaire.
«Les grands puits de feu sont à Tsee-IIeou-lsing, bour- gade située dans les montagnes, au bord d'une petite rivière. Dans une vallée voisine il s'en trouve quatre qui donnent du feu en une quantité vraiment eftVoyabIc , et point d'eau. Ces puits, dans le principe, ont donné de l'eau salée : l'eau ayant tari, on creusa, il y a environ quatorze ans, jusqu'à trois mille pieds et |ilu8 de profondeur, pour trouver de l'eau en altondance : ce fut en vain ; mais il sortit soudainenieiil une énorme colonne d'air qui s'exhala en grosses particules noi- râtres. Cela ne ressemble pas à la fumée, mais liicn à la va- peur d'une fournaise ardente : eet air s'échappe avec un bruissement et un ronflement affi eux qu'on entend fort loin. L'orilice du puits est surmonté d'une caisse de pierre de taille qui à six ou sept pieds de hauteur, de crainte que, par jnadverlai'.ce ou par malice, quelqu'un ne melie le feu à ronibonrbure du puits : re malheur est arrivé il y a quelques années. Dès que le feu fut à la surface, il .se fit une explosion affreuse et im assez fort irendilement de terre, la flaunne, qui avait environ deux pieds de hauteur, voltigeait sans rien brûler. Quatre biunmes se dévonèreni et portèrejit une énorme i>ierre sin- l'orilice du puits; aussitôt elle vola eu l'air; trois honunes furent brûlés, le qnalrième échappa au danger ; ni l'eau ni la boue ne purent éteindre le feu. Enlin , après quinze jours de travaux opiniiïtres, on porta de l'eau en quantité sur une hauteur voisine, ou y forma un petit lac, et on le laissa s'écouler lout-à-cou|) ; il éteigiut le feu. Ce fut une dépense d'environ 30,000 francs , somme considé- rable en Chine. f
» A un pied sous terre, stu- les quatre faces du puiis, sont entés quatre énormes luhcs de bambou qui conduisent le gaz sous les chaudières. Chaque chaudière a un lubo do bam- Imu ou conducteur du fuu , à la tilc duquel est un tube de
[ terre glaise, haut de six pouces, ayant au centre un trou ; d'un pouce de diamètre. Cette terre empêche le feu de brû- I 1er le bambou. D'autres band)ous mis en deliors éclairent les I cours et les grandes halles ou usines. On ne peut employer tout le fen, l'excédant est conduit hors de l'enceinte de la saline, et y forme trois cheminées ou énormes gerbes de feu, flottant et voltigeant à deux pieds de hauteur au-ilcssus de la cheminée. La surface du terjain de la cour est extrême- ment chaude, et brûle sons les pieds ; en janvier même, tous les ouviers sont à demi nus , n'ayant qn'un petit caleçon pour se couvrir.
» Le feu de ce gaz ne produit presque pas de fumée, mais une vapeur très forte de hitume qu'on sent à deux lieues à la ronde. La flamme est rougeâtie comme celle du charbon ; elle n'est pas attachée et enracinée à l'orifice du tube, comme le serait celle d'une lampe; mais elle voltige à deux pouces au-dessus de cet orifice, et elle s'élève à peu [)rès de deux[)ieds. Dans l'hiver, les pauvres, [lour se chauffer, creu- sent en rond le sable à un pied de profondeur, une ilizaine de malheureux s'asseieut autour ; avec une poignée de paille, ils enflamment ce creux, et ils se chauffent de celle manière aussi long-temps que bon leur semble, ensuite ils comblent le trou avec du sable, et le feu s'éteint. »
Voilà ce qui .se passe en Chine , dans ce pays mystérieux. Mais des phénomènes analogues se retrouvent en plusieurs autres contrées; ils méritent d'être connus. Nous auroi^s occasion d'y revenir.
LA SEMAINE.
CALENDRIER HISTORIQUE.
Supplices et morts illustres. — Décrets de l'Assemblée Nationale. — Sièges et ruses de (juerre.
2 Mars A\i>. — Hypatie , jeune païenne d'une rare heaulé et d'une grande science, est assassinée à Alexandrie, où elie professait publiquement la philosophie. Une tioupc de chrétiens, furieuse contre son idolâtrie, et excitée jiar un lecteur nonmié Pierre, se précipite dans la salle de .son cours, l'arrache de sa chaire, et la trains à l'église Césaréc. Elle est dépouillée de tous .ses vétemens, tuée, à cou[)s de pots cassés, mise en pièces, et brûlée au Cinarion.
2 Mars 1791 . — L'Assemblée nationale décrète l'abolition de tons les droils d'aides, des corporations de métiers, des maiirises, des jurandes, et de tous les privilèges des profes- sions mécaniques ou industrielles. La conlribution des pa- tentes est établie.
2 Mars 1798. — Invasion de la Suisse; combat et prise de Frihourg; ocenpaliou de Soleure et de Moral. Deux ba- taillons de la Côte-d'Or et de l'Yomie détruisent le monu- ment t'onstrnit par les Suisses à Jloral , avec les ossemens des Bourguignons vaincus en 1476.
5 Slars L')i)0. — La ville de Bréda (Hollande) était au pouvoir des Espagnols ; de Ilaranguière^; , natif de Cambrai , capitaine de gendarmes au service du prince Maurice de ISassau, lit cacher un cerlain nondire de .soldats dans un bateau de tourbes, qui jeta l'ancre, le 3 mars, dans le fos.sc du château de Bréila. Un caporal descendil dans un esquif pour visiter le bateau ; il cuira dans la chand>rc de la poupe, où il ouvrit une fenêtre, et regarda en dedans. Les soldais cachés, qui étaient la plup;ul attaqués do rlunnos viulens, .se mordaient les bras et les lualns pour se fermer la Iniuclie. Le caporal ayant enfoncé ra pique à travers les tourbes, un soldat en eut le bras percé, mais ne poussa aucun cri. Bien- tôt , à la faveur de la mnl , la petite troupe pénétra dans le cliâtcati , et força la garnison à .se rendre au prince de Nas- sau , qui était dans les environs avec un corps iFarmée.
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4 Mars 1 195. — Mort de Saladin , souverain d'Egyple , de Syrie, d'Arabie el de Mésopotamie. Ou sail quelle longue sui prise la sagesse el la valeur de ce prince excilirenl parmi les Croisés, alors conduits par Richard Ctfur-de-Lion et riiilippe-Aususle. L'Europe n'avait à celle époiiue que du mépris pour l'Orienl, qu'on supposait uniiinemeut peuplé de liarliares. Un des plus grands bienfuits des Croisades a élé de briser la barrière (pn séparait ainsi ces deux mondes, d'enlever à la clnélieuté sa prétention exclusive à la civili saiiou, et d'ouvrir devant elle un cliamp immense de poé- sie , de science et de lichesses.
5 Mars 4687. — Un écliafaud est dressé par l'ordre de l'empereur Léopold I''', sur la place d'Epéries , ville de Hon- grie; el, jusqu'à la fin de l'année, [lendanl neuf mois, sans interruption, les nobles Hongrois qui avaient pris part à la révolution y sont décapités. Les bourreaux, accables de fa- ligue et découragés, refusèrent plusieurs fois de continuer les exécutions.
0 Mars 1018. — Incendie du Palais de Justice de Paris.
0 Mars 1078. — Mort de Jean de Launois, célèbre doc- teur de Sorbonne, surnommé le dénicheur de suiiUs, parce (pi'il s'attacliait à prouver la fausseté d'un grand nombre de traditions el de légendes. Le curé de S-Eustaclie lui faisait, dit-on , de grandes politesses quand il le rencontrait , de peur qu'il ne lui otât le patron de son église.
7 Mars \'di). — Siège de Jaffa, en Syrie, par l'armée d'Orient, sous la conduite du général en chef Bonaparte. Cette ville est emportée d'assaut. Le pillage dure deux Jours. La peste se déclare dans l'armée française.
8 .Mars 1700. — L'Assemblée Nationale, sur le rappoit de Barnave, rend un décret qui autorise chaque colonie à faire connaître son vœu sur la constitution , la législation el l'administration qtii conviennent à sa prospérité et au bon- heur de ses habitans. Il est décidé que les assemblées colo- niales seront maintenues d'après de nouvelles inslructions , et (pi'elles énonceront leur vœu sur les modifications au ré- gime prohibitif entre les colonies et la métropole.
LUTTE DE L'AIGLE A TÊTE BLANCHE
ET DU FAUCON PÈCIIEUK.
An bord de la cataracte du Niagara, sur le sable el dans les creux des rochers, de nombreux oiseaux de proie épient au courant de l'eau les |)oissons qui jouent à la surface, ou les corps des écureuils, des daims et des ours, qui, ayant voulu traverser le lleuve au-dessus de sa chute, ont été en- traînés par la rapidité du torrent, et précipités dans le gouffre.
Lu , tous les oiseaux trouvent sans [leine une riche pàtui c ; mais les plus habiles et les plus forls d'entre eux ont souvent un ennemi plus habile el plus fort dont le regard veille sur leurs mouveniens et les lient dans une continuelle terreur ; cet einiemi, c'est l'aigle à tète blanche.
L'aigle à léte blanche vit indifféremment à toutes les lati- tudes. Il rapine en tous lieux, (pioiqu'il soit plus souvent attiré par son goût pour les poissons aux rivages de la mer.
Il supporte également les froids les plus rigoureux et les plus grandes ardeurs du scjleil. On l'a vu planer au milieu de nuages d'où jaillissaient des éclairs. Des hautes régions de l'atmosphère éternellement glacées, il embrasse d'un re- gard les immenses étendues de nos forêts, de nos campagnes, de nos lac-s, de noire océan; il choisit un but à sa course, et , en un instant , il descend à son gré à l'une des extrémités du globe, au milieu d'un été ou d'un hiver.
S'il s'est arrêté sur le sommet de quelque arbre gigan- tesque (jui domine au loin la terre el l'eau, fier et calme, il ohser\e en bas les divers mouvemens des oiseaux de proie de second ordre : les mouettes, les iringa, les grues, les cor- beaux ; mais , s'il a découvert le faucon pécheur, son œil s'a- nime, son cou s'alonge el se hérisse, ses ailes se déploient à demi , et frémissent d'attente.
Le bruissement du vol du faucon pêcheur, qui descend avec la rapidité de la flèche , frappe son oreille. Il le voit faire jaillir l'écume de la mer, et bientôt s'élever en portant, avec un cri de joie et de triomphe, un poisson, qui se débat en vain entre ses ongles.
Ce cri de joie, c'est le signal qu'attendait l'aigle à tète blanche : il s'élance, il poursuit, il touche le faucon, (jui, plein d'effroi, redouble de vitesse. L'im et l'autre montent dans l'air, brisent leur course par mille détours subits, tra- cent des cercles, des nœuds, des spirales infinis entre le ciel et la terre, jus(iu'au moment où le faucon, fatigué de sa proie, la laisse échapper avec un cri de désespoir.
Mais l'aigle demeure un instant immobile; il recueille ses forces; il se précipite en ligne droite, et ressaisit le paisson ensanglanté avant qu'il ait encore effleuré l'eau.
Cette lutte de l'aigle et du faucon est un spectacle très or- dinaire , non seulement au bord du Niagara , mais sur toutes les côtes escarpées ou désertes. La rapidité, la force et l'a- dresse des deux ennemis excitent toujours un hitérêt puis-
( L'Aigle à tète blanclie cl le Faucon pécheur.)
.sant : on ressent à la fin une sorte de regret et d'indignation à voir triompher l'aigle; on réprouve cette injuste oppres- sion de l'industrie du faucon ; mais il est remarquable (pic presque jamais on ne songe au rôle que le malheureux poisson a joué dans le combat.
Les Rureacx u'adonwement et de vente sont rue du Colombier, n" 3o, près de la rue des Pelils-Auguslins.
Imprimerie de Laciievaudieue, rue du Colombier, a°30-
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lîOEUFS SAUVAGES DANS LA MAREMME.
(Bœufs saiiviiges daus la Maremme. )
Dans les ouvrages de géographie, on désigne sons !e nom de !\la)enime relie conlrce du grand-diiclié de l'oscaiie qui borde la nier Méditerranée; mais, eu réalité, ou doit aussi comprendre sous ce nom la campagne de Rome , car c'est [lartoul la même nature.
Pendant la moitié de l'année , cette vaste étendue de cô- tes, qui se dévelopfie sur une longueur de cent lieues, est déserte, frappée de ce cruel lléau qu'on appelle mal aria. Les voyageurs qui l'ont traversée à celte époipie n'y ont vu qu'une plaine abandonnée; ils ont pris pour des friches les grandes terres qu'on laisse reposer pendant plusieurs années; et si parfois, de loin en loin, queNpies pâtres leur ont ap- paru , c'était pour leur offrir les profondes empreintes de l'inlluence funeste du climat.
Cependant la Maremme nourrit la moitié de l'Italie; le sol est riche et productif. Pendant que les lièvres sont cmloiniies, ou se hûte de dérober au sol les richesses qu'il recèle. « On y voit alors, dit M. Didier, voyageur qui vient de décrire cette contrée pittoresque , cent charrues attelées à la fois de deux , trois, jusqu'à quatre paires de bœufs sauvages , labou- rant de front un champ de deux à trois lieues. Telles semail- les, telles moissons : déchirées par de si puissans moyens, les terres saturniennes ne sont ni rebelles ni ingrates, et leur sein fécond ne s'ouvre pas en vain. Quand vient l'heure de la récolte, le fleuve des moissomicurs descendus des moula- gnes les inonde, et la soliludeest tout-ù-couppeu|ilée comme par enchantement. C'est là une des singularités de ces champs illustres, que tout y est brusque, subil , cl (pie l'arl des transitions y est pour ainsi dire inconnu : le mat n une jachère immense, le .soir im champ cidlivé; aujourd'hui un champ blond d'épis, demain encore une jachère aride. »
En été, tandis que les propriétaires des fermes se sau- vent après la moisson faite dans l'intérieur des montagnes . les pasteurs , pour résister aux maladies (pu régnent dans les plaines ouvertes, se réfugient dans les forèu, où il est plus facile d'échapper à la mort. Là se rencontrent aussi des cri- minels , qid , pour soustraire leur tète à la poursuite des lois, la livrent à une atmosphère meurtrière, cl acceptent des fermiers du voisinage quelque em[)loi.
La Maremme de Toscane et la Campagne de Rome sont les endroits de l'Italie les plus favoraliles pour élever les buf- fles, qui, tout en conservant leur férocité naturelle, y vi- vent néanmoins en troupeaux. La physionomie de ces ani- maux, la longueur formidable de leurs cornes, leurs formes Toiiï I.
massives et la rapidité de leur course , tout cet aspect .sau- vage contraste singidièrenient avec l'ordre et la régularité qui régnent au milieu des troupeaux; là se manifeste à xn\ haut degré l'empire de l'inlelligence sur la force brutale. Ecoutez encore M. Didier : « Ce qu'il y a de plus grandiose avec la moisson dans l'agriculture des Maremmes , c'est le gouvernement des troupeaux. Pas plus que le moissonneur, le paire n'est indigène; descendu comme lui des montagnes dans la saison des neiges , il y remonte au printemps , et se« troiqieaux avec lui. Roi du désert, le paire se promène eu roi dans sou euqjire A cheval et la lance au poing, il me- sure d'im œil ardent l'horizon sans bornes, et rien n'échappe à sa vigilance. Malheur au taureau rebelle, à l'étalon révulié qui jettent le désordre au sein du troupeau ! le fer aigu se teint de leur .saug enllammé ; ils rentrent confus dans le rang, et la brute indocile et vaincue reconnaît dans riionuiie son maître : elle subit son joug en silence.
La gravure qui est en tête de cet article représente deujt bœufs qui couraient à la maraude, et que les pasteurs ra- mènent; celle qui suit iiionlre quatre de ces animaux atta-
(llonifs suus le joug.)
chés sous un même joug , et conduits à la ville. Peut- être devrait on en Kraiice adupier une méthotlo aitalogii
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pour mener les troupeaux de bœufs qui circulenl sur nus graildes roules, et qui traversent quelquefois nos villes en toule liberté. Bien (juc notre bœuf soit d'un caractère assez doux , il xeasione parfois des acoideiis et des dégâts. On se rappelle en avoir vu un, à Paris, entrer dans la boutii;!!e d'un niiruiiier, et là, se croyanl au milieu de son trouii.';;u, vouloir passer au travers de tbaque glace. Les glaces où se mirait l'animal furent mises en |)ièces, et ses cornes, mille fois répétées, lireut croire, à quelque distance, que trente bœufs s'étaient logés chez le niiruiiier.
Quoique les buflles d'Italie présenienl un aspect formida- ble, ils sont loiu de donner une idée de ceux (pii liabileiU les Indes Orientales , dans les forêts cl les marais du Bengale.
Ceux-ci .sont surloul à craindre lorsqu'ils deviennent vieux, parce qu'alors ils recherchent la solilude, et ne redoutent aucun danger pour punir l'imiHudent (pii les trouble dans leur retraite. A pied, la fuite esl impossible; elle est même, diflicile à cheval, si l'on n'est bien monte, et si le terrain est marécageux.
Il y a de vieux mâles de celle espèce qui ont lusiiu'ù six pieds de haut, et que les chnsseiM\s redoulenl aulanl que le tigre. On ne peut les abattre qu'avec une carabine sembla- ble à celle dont on se sert contre ce dernier animal; encore faut-il, [lour les avrèler, les frapper dans le poitrail ou près de l'épaule.
On voit souvent un vieux bufile, rendu furieux par une blessure, s'élancer vers l'éléiihanl qui porte le chasseur; mais cette témérité lui devient toujours fatale, dit le voya- geur qui raconte ce fait : clouer le bufile à terre en pous- sant uii rugissement épouvantable, est l'affaire d'un instant pour un éléphant aguerri.
VOYAGES.
L'Etal de la Virginie, le plus étendu de l'Union améii- caine, et qui pendant long-temps a joué le premier lôle par sa poliii(pie et ses grands hommes, présente les beautés su- blimes d'une nature à la fois fertile et sauvage. On aimera à lire le morceau suivant, dans leipie! niLslress Trollope dé- crit un des spectacles les plus magniliques de cette conhée pitloresque.
CATARACTE DU POTOWMAK.. Nous fîmes la partie d'aller voir la grande cataracte du Po- towmak. Le chemin (pii y conduit de Tonington traverse des paysages auxqiiels on ]»eul à peine donner le nom de fo- rêt , de parc ou de jardin , mais qui réiniissent ces trois ca- ractères. De-s cèdres, des tidiiiiers, des platanes, des sumacs, des genévriers, et des cliènes de diverses espèces ombra- geaient le chemin; des vignes sauvages avec leurs belles et grandes feuilles, et leurs fleurs dont le parfinn égale celui du réséda, .s'entrelaçaient aux branches de ces arbres. Des fraisiers, des violettes, des anémones , des peiisées, des œil- lets sauvages, et une foule d'autres Heurs encore piiis jolies, couvraient, littéralement, la terre. L'arbre de Judée, le cor- nouiller dans toute sa gloire de fleurs en étoile , i'azalca et le rosier sauvage éblouissaient nos yeux , de quelijiie côté que nous pussions les tourner.
L'accroissement graduel du bruit de cette cataracte est un des Irail.s les plus agiéables de cette promenade délicieuse. Je ne sais poinquoi le bruit d'une cliule d'eau plail tellement à l'oreille! Tous les autres sous monotones ont quelque chose qui fatigue l'esprit, mais je n'ai jamais rencontré per- sonne (jui n'aimât à écouler le bruit d'une cascade. Après avoir traversé une rivière rapide nommée Branch-creek , nous continuâmes à marcher pendant quehpics minutes à l'ombre d'arb; es verts , et toul-ù-coiip nous vîmes un spec- tacle qui nous arraclia à tous un cri de surprise et de plaisir.
Les profondeurs rocailleuses d'une rivière immense s'ouvri- rent à nos yeux.
Le lit de la rivière est en cet endroit d'une grande lai^ geur. D'énormes masses de rochers noirs , de toutes les for- mes imaginables, l'encaissent de toutes parts. L'eau qui tombe parmi eux avec un bruit de tonnerre ne se montre que [lar iulervalles. Ici c'est une grancie nappe d'eau , verte et limpide, tombant en ligue droite et sans interruption; là elle se précipite dans un canal étroit, avec une violence qui fait (pi'on ne [)eut ni voir, ni écouter, sans éprouver des ver- tiges : dans un endroit, c'est un étang sans fond dont la sur face est un miroir noir cunime de l'encre; dans un autre, l'eau, tourinenlée et divisée , forme en se précipitant une douzaine de lorrens à demi cachés par le brouillard de rasée qui en rejaillit , et qui s'élève à une grande hauteur. En dé- pit de tout ce fracas, les arbres les plus délicats et les plus eharmans se montrent au milieu de ces rochers hideux, connue des enfans sotnianl au sein même du dauger. Tandis que nous rega: dions cette scène imposante , un de nos amis nous lit retnaïquer que la vigne véu-éueuse étendait avec grâce ses branches perfides sur tous les rochers , et nous as- sura qu'une foule nombreuse de serjiens y trouvaient leur sombre demeure.
Donner à cette scène l'épithète de belle serait un étrange abus de termes, car tout ce qu'elle offiie à l'oeil et à l'oreille inspire la terreur. La cataracte de Polowmak a quelque chose d'horrible et d'imposant. Le gouffre sombre et profojid qui esl ouvert devant vous , les mugissemeiis de la cascade écumante, le tourbillon rapide des eaux, la hauteur ef- frayante des rochers, tout semble menacer la vie et épou- vanter les sens. C'était pourtant un grand plaisir que d'être assis sur une pointe de rocher en saillie , de voir et d'écou- ter.
On s'éloigne de ce spectacle plus calme, plus silencieux qu'on n'y est arrivé; mais la fraîcheur de l'air, le doux colo- ris de quelques fleurs épanouies , les pélales des autres qui se ferment , le bourdonnement sourd des insectes , la douce ro- sée (pii empêche le pied de se fatiguer au retour, tout cela semble en harmonie avec cet état mixte d'e.xalialion et de fatigue qu'une semblable excursion ne manque jamais de procurer.
LA MONNAIE DE DEUX SOUS.
Les écoliers renouvellent souvent un de leurs tours , qui est pour eux plein de charmes. S'ils rencontrent sur leur passage une échoppe avec des vitres en papier, un des ma- lins se dévoue , et , passant à la fuis la têie et les deux bras par trois des vitres économiques, il demande an savetier la monnaie de deux sous en pièces de six francs.
L'effroi du savelier au tonnerre du papier qui crève, à la menace de ces deux poings armés de deux gros sous, à la soudaine ajiparition de celle tète illuminée de malice el en- cadrée dans les lambeaux de sa vitre , forme un spectacle dé- licieux poiu' le gamin. Mais ce qu'il faut surloul admirer, c'est la proposition sensée qui constitue la légende et l'assai- sonnement de cette méchaucelé d'écolier :
« Donnez-moi, s'il vous plaît, la monnaie de deux sous en pièces de six francs. »
C'est en effet la proposition abrégée que , dans la vie hu- maine, chacun adresse à ses voisins.
Lorsque, sorti d'un coin de la Grèce, Alexandre-Ie-Grand ravageait la Perse et tuait ses habilaus , que demandait-il à l'Asie, si ce n'est la monnaie de sa province en royaumes? Avec un capital de trente mille hommes, il en voulait béné- ficier plusieurs millions. — a Domiez-moi , s'il vousplait, la monnaie de mes deux sous en pièces de six francs, u
Le banquier qui joue à la Bourse, le haut savant uuiparle
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à rinslilut, dispersent journellement leur, argent et leur menue science pour en avoir la nioniiaie en or ou en tiiéories générales , et ainsi des antres.
La cleqiande de l'écolier est donc dans la bouche de tout le momie; mais (oiit le monde n'a pas un royaume en ca- [lilal, 1111 coffre-fort , ni un arsenal scieiilifi(|iie; nombre de gens n'ont que deux sous, comme l'écolier, et, cinnnie l'é- colier, seraient repoussés par tous ceux aiixipicis ils adresse- raient leur naïve ([ueslion : c'est pour ceux-là qu'est ouvert noire Mucjasin. Aven deux sous (pourquoi le timbre nous force-t-il à dire aussi avec trois sous?) ils y trouveront ù choisir beaucou() de choses qui sont dans de gros livres, et qui leur coûteraient six fratics.
Tel qui bâtirait un Panthéon n'a jamais vu que l'é^çlise de son village; tel qui deviendrait nmiral ne connaît pas môme lui étang; tel qui ferait des fermes-modèles n'est jamais sorti des murs de Paris. Dans notre Marjusin h deux soti.î, nous etifermerous tout ce qui est capable de pitpicr la ciiriosilé, et nous ferons ainsi promener parmi les faits les plus pitto- resques ceux qui savent peu de choses et n'ont que les me- nus plaisirs A deux et frois sous. S'ils y font la conquête d'une idée qui développe leur imasiiiation ; s'ils découvrent dans les tableaux varies qui leur sont mis sous les yeux quoi- que fait original et saillant, (pielqiie sentiment capable de réveiller chez eux un goût naturel, et de les arracher à l'or- nière habituelle de leur vie monotone, c'est une carrière nouvelle qu'ils se seront ouverte; et, sans (aire tort à per- sonne, ils auront changé leurs deux sous eu monuaie de six francs.
PROCES, CONDAMNATIONS,
EXCOMMUNICATIONS CONTRE DES ANIMAUX.
Il fut un temps en France où des tribunaux [irononçaient des condamnations contre des animaux prévenus de cerlains délits, et où l'autorité ecclésiastique lançait les foudres de l'exconimunicalion contre des insectes nuisibles. Cet usage de la justice divine et humaine a paru si monstrueux aux g nérations nouvelles, qu'elles n'ont point voulu d'alwrd y ajouter foi; mais des documens authentiques ne permelteut plus de conserver aucun doute. Ainsi, plusieurs manuscrits conservés à la Bibliothèque royale ou possédés par des sa- vans, contiennent les dispositifs de ces jiigemens, et jus- qu'aux mémoires de frais et dépenses faits pour rcxérulion des .sentence.s prononcées. Pendant une assez longue période du moyen âge, la pensée de soumettre h l'action de la jus- tice tous les faits condamnables, de (pielque être qu'ils pro- vinssent, loin d'être ridicule, a été généralemeiil répandue.
Cliassaîiée, célèbre juiiscoiisulle du xvf siècle, a com- posé plusieurs conseils; et dans le premier, après avoir exa- miné les ninyeiis de citer en justice certains animaux, il re- cherche qui peut légalement les défendre, et devant quel juge ils doivent être amenés.
L'extrait suivant donne, avec l'indication des écrivains qui sont nos autorités, l'cprupiedes |irocèset jugemens pronon- cés dans les affaires les plus singulières, le nom des animaux, le motif qui les a fait trailuire en justice, ainsi que la date de plusieurs auallièmes erelésiastiques.
i 120. — Mulots et chenilles e.xcomnmniés par l'évoque de Laon. {Sainte-Voix.)
l.'îSO. — Truie mutilée à la jamlie, ;\ la tête, et pendue, pour avoir déchiré et tué tin enfant, suivant sentence dn juge de Falaise. {Statistique de Fnfnixr.)
I594. — Porc pendu pour avoir meurtri et !ué un enfant, en la paroisse de Roumaigne, vicomte de Mortaiug. (Sfii- ience manuscrite.)
1474. — Coq condamné A être brûlé, par sentence du magistrat de liAle, pour avoir fait un œuf. {Promenade à
l-iSS. — Beemares (sorte de charançons) : les graml»- vicaires d'Autun mandent aux curés des paroisses environ- nantes de leur enjoindi-e, penilanl les oflices et les proces- sions , de cesser leut-s ravages et de les excommunier. {Chassanèe.)
IA'.>9. — Taureau ddndannié â la potence, par jugement du bailliage de l'abbaye de Beaupré (Beau vais), pour avoir, en fureur, occis un jeune garçon. {DD. Durand et Martenne.)
Commencement rlii xvr siècle. .— Sentence de l'Offieial coiiire les bemiares cl les .sauterelles qui désolaient le leiTi- loire de Minière (Coteiitin). {Ihfoph. Hàinaud.)
looi. — Sangsues excommiiiiiée.s par l'évêque de Lau- zanne, parce qu'elles dél misaient les poissons. (/IWroraiirfe.)
iUSS. — Le grand-vicairè de Valence fait citer les che- nilles devant lui , leur donne un procureur pour se défendre, et finalement les condamne à quitter le diocè.se. {Chorier.)
{690. — En Auvergne, le juge d'un canton nomme aux chenilles un curateur; la cause est coutraflictoireraent plai- dée. Il leur est enjoint de se retirer dans un petit teiTain (indiqué par l'arrêt) pour y finir leur misérable vie. {Ves- cription de la France.)
Un relevé de ces jugemens, présenté à la Société royale des Antiquaires par M. Berriat Saint-Prix , en élève le nom- bre ù près de quatre-vin;,'t-dix, dont trente-.sept appartien- nent an xvii'" siècle ; et un seui a été rendu dans le siècla suivant, en \~A I , contre une vache.
NICOLAS POUSSIN.
SA VIE. — MAISON OC'iL IIAIÎITAIT AU MILIEU DU JAUDI.'* DES TUILERIES. — .SES TAIiLEAUX AU MUSÉE DU LOUVRE. — EXTR,UT UE SES LETTRES. — SES RÉFLEXIONS SUR LA PEINTrSE.
Nicolas Pou.ssin est né aux A ndelys , en Normandie. Il fut dirigé dans ses premières études de peinture par Varin , peintre assez habile. A dix-huit ans il sortit de la maison paiernelle, et vint à Paris pour mieux étudier un art dont il reconnais.sait déjà les diflicultés, mais qu'il aimait avec passion.
Un jeune seigneur du Poitou l'accueillit chez lui. Après avoir changé <le maitre deux fois, il fit connaissance avec (liiel(|ues personnes (pii lui prêtèrent plusieurs estampes de l'wiphaël et de Jules Bomaiii. Il prit la résolution de partir pour Rome; mais son voyage fut interrompu à Florence par quelque accident. Un second projet de voyage ayant encore échoue, il se remit à l'o-uvrc : et déjà, en 162." , loi-sqne les jésuites de Paris célélirèrent la canonisation de saint Ignace et de saint François Xavier, et que les écoliers de leur col- lège, pour rendre cette cérémonie plus solennelle, voulurent faire peindre les miracles de ces deux saints, le Pou.ssin fut clioisi pour faire .six tableaux en détrempe. Il avait une si grande pratique dans ce genre de travail, qu'il ne fut guère plus de six jours à les faire. Ses tableaux furent plus estimés que ceux de tous les auiirs peintres (pii avaient aussi travaille pour l'ornement de cette fêle.
Une troisième fois il partit pour Rome, et y arriva eu lin an printemps de l'année IGSS. Il y lit en peu de temps de rapides progrès, et son nom devint bientûl célèbre en Eu- rope. M. Desnoyers, secrétaire d'Eiat et surintendant des bàlimcns de Louis XIII, résolut de le faire revenir à Paris.
Après plusieurs hésitations, Poussin fut obligé de céiler aux ordres du roi et aux invitations pressantes du surinten- dant.
.\ son arrivée, il fut présenté au cardinal de Richelieu, qui le r?çiit avec un air fort engageant. On le condiiisii en- suite dans un logis qu'on lui .".vail destiné dans le janlin des Tuileries,
Voici ce que Nicolas Poussin t'crivit à celte é|>oniio "i Culo
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( Nicolas Poiissiu. )
Aiilonio ilel Pozzo, archevêque de Pise, cl frère du clieva- lier Cassiano del Pozzo, sou protecteur et son ami :
«Je fus conduit le soir dans l'apparienieiu que M. Dcs- noyers m'avait destiné. C'est un petit palais, car il faut l'ap- peler ainsi. Il est situé au milieu du jiirilin des Tuileiies. 11 est composé de neuf pièces à trois étages , sans les a|)[>ar- lemens d'en lias , qui sont séparés : ils consistent en une cui- sine, la loge du portier, une écurie, une serre pour l'hiver, et plusieurs autres petits endroits oti l'on peut placer mille choses nécessaires. Il y a , en outre , un beau et grand jar- din, rempli d'arbres à fruits, avec une grande quantité de Heurs, d'herbes et de légumes; trois petites fontaines, un puits, une belle cour, dans laquelle il y a quekiues arbres fruitiers. J'ai des points de vue de tous cotés, et je crois que c'est un paradis pendant l'été. En entrant dans ce lieu, je trouvai le premier étage rangé et meublé noblement, avec toutes les provisions dont on a besoin , niOme jusqu'à du Iwis et un tonneau de bon vin vieux de deux ans. J'ai été fort bien traité pendant trois jours, avec mes amis, aux dépens du roi. Le jour suivant je fus conduit par M. Desnoyers chez le cardinal de Richelieu, lequel, avec une bonté extraordi- naire, ni'endirassa, et, me prenant par la main, me témoi- gna d'avoir un grand plaisir de me voir. »
Kientôt après, Louis XIII lui accorda le brevet de son [iremier peintre ordinaire, avec 3,000 livres de gages, dit le brevet , et l'usage de cette même maison du milieu du jardin des Tuileries, où Menou avait demeuré aupara- vant.
Mais Poussin languissait loin de Rome; il voyait d'ailleins [lartout des envieux. Une circonstance vint mettre le comble à ses chagrins. Leniercier, architecte du roi, avait com- mencé à faire travailler à la belle galerie du Louvre; Pous- sin fit changer dans la voûte les coinpartimens, couunc trop massifs et tiop pesaus pour ses dessins ; Leniercier .s'en of- fensa, et les peintres méconlens se joignirent à lui contre Poussin, qtd demanda à retourner à Rome pom- chercher sa femme et mettre ordre à ses affaires. Il obtint un congé. Peu après le cardinal de Richelieu mourut, le roi suivit de près son premier ministre; M. Desnoyers se retira de la cour, et Poussin resta en Italie, suivant .son désir.
Le travail, la maladie avaient épuisé ses forces; il expira le 49 novembre 1665, âgé de soixante-onze ans.
Celle année-là même, il écrivit encore de« lettres oii il
jeta, avec une grande simplicité, çà et là, les réflexions les plus justes et les plus élevées sur l'art.
La France possède, dans son musée du Louvre, trente- neuf tableaux de Poussin, qui sont numérotés, depuis 196 jusqu'au n" 23 i , dans le catalogue de 1832. Les dessins que l'on a conservés sont au nombre de vingt-deux. Entre les plus remanpiables de ses tableaux sont les bergers d'Arca- die, et le délucje.
Nous avons de Poussin un recueil de lettres qui a paru en 1824.
On y trouve le passage suivant qu'il écrivait dans l'année de sa mort à M. de Chambrai : « Définition : la peinture est une imitation faite avec lignes et couleurs, en quelque su- perficie, de tout ce qui se voit sous le soleil. Sa fin est la dé- lectation. Il ne se donne point de visible sans lumière, sans forme, sans couleur, sans distance, sans instrument. Pour ce qui est de la matière (ou sujet), elle doit être noble; cl pour dunner lieu au peintre de montrer son esprit, il faut l.i prendre capable de recevoir la plus excellente forme. Il faut commencer par la disposition , puis par l'ornement , le décor, la beauté, la grâce, la vivacité, le foshiiiic, la vraisem- blance et le jugement pailout; ces dernières parties sont du peintre, et ne peuvent s'enseigner. C'est le rameau d'or de Virgile, que nul ne peut cueillir s'il n'est conduit par le destin. »
On prétendait qu'il avait aussi composé un Traité des lu- mières et des ombres; mais Du Ghet, .son beau-frère, dans une lettre à M. de Chanteloup, prouve que ce n'est ([u'iui extrait de Malteo, auteur italien, (pie lui-même avait f.nt pour l'usage de Poussin.
GROTTE BASALTIQUE DE VILE DE S'J'AFFA,
EN ECOSSE.
(Yuederilcclo Sl..ff:i.)
Slaffa est l'ime des îles Hébrides; elle est située par le 57'= degré de latitude nord, à quinze milles de l'ile de Midi.
On assme que Joseph Banks, célèbre compagnon de Cook, est le premier naturaliste qui ait abordé cette île (août 1772), et en ait donné la description. M. Panckoucke l'a visitée il y a peu d'années, et a publié, en 1831, une re- lation de son voyage, où nous trouvons les détails les plus curieux et les plus intéressans que nous puissions offrir a nos lecteurs.
Le nom celtique de la grotte de l'ile de Siaffa est An-Ua- Vinc ou Fine. Staffa est un terme norse, qui veut dire hdtons ou eolonnes: an-ua-vine ou fine signifie la grotte
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harmonieuse, ou, suivant une autre traduction, /« rjroite (le Fimjal; ces deux noms conviennent éKalemeiU ù l'ile. Souvent l'agitation de la mer et les tourbillons de vent, eu se perdant au fond de la grotte , à travers les colonnes de basalte disposées en biiffels d'orgues, produisent des sons
d'une merveilleuse iiarmonie. « Ce sont les harpes coliennes des ombres Fingaliennes, » disent les GaCls, qui allaclient l'idée de Fingal, le père d'Ossian, à tout ce qui parait sur- naturel. L'ile de Slaffa n'est qu'une masse de lave et de basalte.
(CruUcdi
Les bords sont escarpés et inaccessibles dans toute sa cir- conférence, à l'excepiion d'un petit espace, au-dessus de la prescpi'ile de Boo-Slia-La.
D'immenses colonnades basaltiques régnent tout autour , et au premier aspect on a la conviction qu'elles ont surgi tout-à-cou|) du sein de la mer.
La régularité de tout ce que l'on voit est telle , qu'il est dif- ficile de ne pas croire d'abord que l'on entre dans un édifice taillé par la main de l'iiounne. Une longue voûte (pu s'élève dans une proportion élégante, des colonnes droites , des an-